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Le 10 octobre 2010, Hanoi a célébré solennellement le millénaire de sa fondation, avant d’accueillir, du 12 au 19 janvier 2011, le XIe congrès du Parti communiste vietnamien (PCV). À cette occasion, 1 377 délégués représentant les 3,6 millions de membres du Parti ont voté pour renouveler le Comité central qui, à l’issue de tractations conduites à huis clos, a élu le Bureau politique (BP) et le secrétaire général. Organe suprême du PCV, le BP remanié comprenait cinq nouveaux membres sur quatorze. Le nouveau secrétaire général, Nguyen Phu Trong, président sortant de l’Assemblée nationale, a succédé à Nong Duc Manh, arrivé au terme de deux mandats (avril 2001-janvier 2011) et atteint par la limite d’âge. Réélu au BP, Truong Tan Sang a remplacé Nguyen Minh Triet (2006-2011) au poste de président de l’État, dont les attributions sont essentiellement protocolaires. Également réélu au BP, Nguyen Tan Dung, Premier ministre depuis juin 2006, était en mesure de conserver son poste pour un second mandat quinquennal. Au sein d’un système décisionnel marqué par la collégialité, ce dernier apparaissait néanmoins comme l’homme fort du régime. Ces deux nominations à la tête de l’État restaient suspendues à l’approbation de l’Assemblée nationale renouvelée lors des élections législatives du 22 mai 2011 (13e législature).
Ce XIe congrès a établi que les propriétaires et cadres d’entreprises privées pourraient désormais être admis au sein du PCV, confirmant par là une stratégie de cooptation des élites économiques.
Si l’Assemblée nationale (12e législature) a pu repousser, le 19 juin 2010, un projet gouvernemental de ligne ferroviaire à grande vitesse entre Hanoi et Ho Chi Minh-Ville, le XIe congrès n’a pas marqué d’ouverture significative du régime (malgré le poids politique accru de l’Assemblée et la promotion des mécanismes électifs par la rhétorique officielle). Sur les 500 députés élus le 22 mai 2011, seuls 42 n’étaient pas membres du PCV. Le rejet du pluralisme politique s’est manifesté par une intensification de la répression de la dissidence à la veille du Congrès. Des arrestations ont eu lieu, dont celle de l’avocat Cu Huy Ha Vu, qui avait appelé au multipartisme dans les médias étrangers et sur Internet. Le 4 avril 2011, il a été condamné par le tribunal populaire de Hanoi à sept années de prison pour « propagande contre l’État ».
Le Congrès a établi un bilan positif du plan quinquennal de développement socioéconomique 2006-2010. En particulier, avec un PNB par habitant de 1 000 dollars fin 2009 (620 dollars en 2005), le Vietnam avait accédé en 2008 au statut de « pays à revenu intermédiaire ». Fin 2010, le taux de croissance du PIB atteignait 6,8 %. Pour autant, les dirigeants du PCV reconnaissaient que la conjoncture était critique, le pays étant confronté à une surchauffe et à des déséquilibres macroéconomiques persistants. En décembre 2010, Vinashin, constructeur naval et l’un des plus gros conglomérats publics du pays, directement rattaché au cabinet du Premier ministre, était dans l’incapacité d’honorer la première échéance d’un prêt syndiqué de 600 millions de dollars. Cette quasi-faillite était symptomatique des problèmes de corruption et de gouvernance liés à la gestion des entreprises d’État. Le taux d’inflation (9,2 % en 2010) était le plus élevé parmi les pays d’Asie du Sud-Est. Fin 2010, le déficit commercial atteignait 12,4 milliards de dollars. Dévalué à quatre reprises entre novembre 2009 et février 2011, le dong a perdu 20 % de sa valeur par rapport au dollar. La méfiance vis-à-vis de la monnaie nationale conduisait les Vietnamiens à se réfugier dans l’achat d’or et de devises. Fin 2010, le niveau des réserves de devises de la banque d’État du Vietnam était estimé à 12,4 milliards de dollars, un montant qui ne permettait de couvrir que moins de deux mois d’importations. La résolution 11 promulguée le 24 février 2011 par le gouvernement a défini des mesures d’austérité destinées à maîtriser l’inflation. Elle accordait la priorité à l’impératif de stabilité macroéconomique plutôt qu’à celui de croissance.
Le Vietnam a assumé en 2010 la présidence tournante de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN). Le 12 octobre 2010, Hanoi a ainsi accueilli la réunion inaugurale des ministres de la Défense, avec la participation des représentants des dix pays membres de l’ASEAN et de huit partenaires de dialogue (Australie, Chine, Corée du Sud, États-Unis, Inde, Japon, Nouvelle-Zélande et Russie). Le 17e sommet de l’ASEAN s’est tenu dans la capitale du 28 au 30 octobre 2010, et le forum de l’Asie orientale (30 octobre) a réuni les dirigeants de l’ASEAN, ceux des six partenaires habituels (Australie, Chine, Corée du Sud, Inde, Japon et Nouvelle-Zélande) et ceux des États-Unis et de la Russie, formellement conviés à rejoindre le forum régional en 2011. Les discussions se sont déroulées sur fond de tensions entre la Chine et ses voisins à propos de litiges frontaliers maritimes. Face aux ambitions chinoises en mer d’Orient, le Vietnam a valorisé un partenariat avec les États-Unis, par ailleurs premier marché d’exportation pour ses produits.
Le 31 octobre 2010, Hanoi a conclu des accords avec la Russie et le Japon pour la construction des deux premières centrales nucléaires du pays. Le Vietnam s’est également engagé à coopérer avec le Japon pour son approvisionnement en « terres rares », minéraux stratégiques utilisés dans les industries de pointe, afin de permettre à l’Archipel de desserrer une dépendance quasi exclusive vis-à-vis de la Chine (95 % de la production mondiale).
L’essor des échanges bilatéraux avec la Chine, premier partenaire commercial du pays, a été porté par un accord de libre-échange conclu entre Pékin et les pays de l’ASEAN, entré en vigueur le 1er janvier 2010. À la fin de l’année, le Vietnam avait importé pour 18 milliards de dollars de marchandises chinoises (+ 23 % par rapport à 2009), alors que ses exportations sur ce marché n’atteignaient que 6,3 milliards de dollars (+ 49 % par rapport à 2009).
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