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Malgré une manne pétrolière persistante (baril à 70,80 dollars en moyenne), le Vénézuela a été en 2010 le seul pays d’Amérique latine avec Haïti à être en récession pour la deuxième année consécutive (– 1,9 % d’après la Banque centrale du Vénézuela [BCV]), alors que la croissance moyenne des pays de la région atteignait 6 %, marquant la fin de la crise financière de 2009. Dans un contexte de détérioration des infrastructures et de déficit de logements (2 millions), l’industrie de la construction a chuté en 2010 de 7,2 %. L’inflation a atteint 27,2 % fin 2010, davantage que dans les pays voisins, qui ne disposaient pourtant pas d’instruments tels que le contrôle des prix des biens et services ou le contrôle des changes, deux mesures économiques clés de la Révolution bolivarienne. Récession économique et inflation ont entraîné une chute de la consommation, une progression des chiffres du chômage (8,7 % en janvier-novembre 2010) et une forte diminution du salaire réel dans le secteur public. Le transfert de ressources vers l’extérieur a également été le plus élevé de la région, PDVSA (Pétroles du Vénézuela) voyant sa dette publique dépasser les 100 milliards de dollars. Les circonstances ayant motivé la nouvelle politique économique du « Socialisme du xxie siècle » (crise de l’électricité, du secteur bancaire, du logement, catastrophes naturelles) mise en œuvre début 2010 ne suffisaient pas à expliquer cette dégradation.
La « maxidévaluation » du bolivar, passé de 2,15 bolivars/dollar à un taux flexible de 2,60 à 4,30 bolivars/dollar, n’a pas eu les effets macroéconomiques escomptés. La stagflation enregistrée malgré la hausse significative des prix du pétrole (+ 27 % par rapport à 2009) a sans doute été la conséquence d’un projet politique peu incitatif pour les investissements privés aussi bien nationaux qu’étrangers (nationalisation des terres, expropriations d’entreprises privées) et de l’absence d’investissements structurels dans le secteur pétrolier. Le pouvoir d’achat des Vénézuéliens a été affecté par la hausse des prix, 50 % du budget des ménages étant désormais consacrés à l’alimentation et seuls 9,46 % des foyers modestes pouvant bénéficier de l’aide gouvernementale.
Confronté à une popularité déclinante (50 % au lieu de 70 % à la veille de la présidentielle en 2006), et toujours dans un contexte de forte polarisation de l’opinion publique que le recours au culte bolivarien (exhumation des restes de Bolivar à l’été 2010) n’est guère parvenu à réunifier, le président Chavez a réaffirmé sa volonté de se présenter à l’élection de 2012. Mais à l’été 2011, son séjour prolongé à Cuba pour l’opération d’une tumeur cancéreuse puis un traitement par chimiothérapie, interrompu seulement par un bref retour à Caracas d’où il a annoncé sa maladie, suscitait bien des interrogations.
Malgré l’absence de leader unique, l’opposition a réapparu lors des législatives du 26 septembre 2010 (40 % des 165 sièges mais 45,48 % des suffrages), réunissant aussi bien la plateforme de partis d’opposition Coordination de l’union démocratique (MUD) que des dissidents du chavisme au sein de Patrie pour tous (PPT). Ce fut donc un revers électoral pour le Parti socialiste unifié (PSUV), certes victorieux dans 17 des 24 États du pays, mais sans majorité qualifiée (46,23 % des suffrages à l’échelle nationale) et affrontant non seulement la désaffection de son électorat populaire mais également une forte contestation interne. À l’encontre du verdict des urnes, Hugo Chavez s’est toutefois fait conférer, avant l’entrée en fonction du nouveau Parlement, des pouvoirs spéciaux pour une période de 18 mois (disposition contraire à la Charte démocratique interaméricaine selon le secrétaire de l’Organisation des États américains [OEA]), ne contribuant guère à réduire la violence politique, les atteintes aux droits humains et à la liberté d’expression (médias fermés ou expropriés), à l’autonomie universitaire, sans compter l’insécurité vécue au quotidien par la grande majorité de la population.
Sur le plan international, Caracas était perçu comme un allié de régimes non démocratiques (tel l’Iran, dont il défendait les projets de développement du nucléaire), ou accusé de prêter assistance à des militants de l’organisation séparatiste basque ETA et des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Peu soucieux d’améliorer les relations avec son voisin colombien, le Vénézuela était cependant contraint de partager avec lui le secrétariat général de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) créée en mars 2008. Avec Cuba, il était par ailleurs l’un des rares pays à afficher sa solidarité avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et à dénoncer un complot américain dans les « révolutions » qu’a connues le monde arabe début 2011.
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