Tchad 2010-2011  

Thomas Hofnung 
Mise en ligne : septembre 2011

Stabilité apparente à la veille de l’élection présidentielle

Dans un environnement régional très troublé – guerre en Libye, menace terroriste croissante au Mali, partition du Soudan –, le Tchad a connu une période de remarquable stabilité. Depuis début 2010, aucun nouveau mouvement rebelle n’avait pris les armes pour tenter de déloger le président Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990.

Toutefois, cette apparente stabilité cachait une réelle fragilité. En mars 2011, trois des principaux rivaux du chef de l’État sortant à l’élection présidentielle prévue le mois suivant décidaient de boycotter le scrutin, accusant le régime d’avoir fraudé lors des législatives de février 2011. Le parti du président Déby, le Mouvement patriotique du Salut (MPS), avait remporté 113 sièges sur les 188 que compte l’Assemblée nationale, ne laissant que des miettes aux partis d’opposition. Ces derniers accusaient la Commission électorale indépendante (CENI) d’être inféodée au pouvoir.

Pourtant, ces élections législatives représentaient un progrès notable au Tchad. Ce scrutin était le premier à ne pas être boycotté par l’opposition depuis 2002. En 2007, pouvoir et opposition (non armée) avaient signé un accord politique censé favoriser la démocratisation du régime. Mais, dans les faits, personne n’imaginait que I. Déby puisse accepter de perdre le pouvoir, conquis lors d’un coup d’État en 1990 et défendu les armes à la main contre des vagues successives de rébellions, épaulées par Khartoum au plus fort du conflit au Darfour. Ce sentiment n’a pas été démenti par l’annonce des résultats de l’élection présidentielle le 9 mai 2011 par la CENI, qui a proclamé I. Déby vainqueur dès le premier tour avec 88,66 % des voix.

Autre menace potentielle pour ce pays convalescent, la crise en Libye. Le président Déby a toujours veillé à ménager les susceptibilités du colonel Kadhafi. En retour, il a pu bénéficier de son soutien, notamment en février 2008, lorsque les rebelles ont été à deux doigts de le chasser de son palais. Lorsque le colonel Kadhafi était bousculé par les insurgés dans son propre pays au printemps 2011, I. Déby s’est porté à son secours en favorisant le départ de combattants tchadiens vers le voisin du Nord et leur intégration dans les rangs des forces loyales au « Guide » de Tripoli.

Sur le plan économique, le Tchad a surtout renforcé ses relations avec la Chine en signant, en mars 2011, un contrat d’un montant de 7 milliards de dollars pour la construction du premier chemin de fer tchadien, long de 1 344 km. Depuis 2006, le Tchad a commencé à toucher les premiers dividendes de son exploitation pétrolière et s’est lancé en 2009 dans une politique très volontaire au niveau des grands travaux. Le régime tablait, pour 2011, sur une croissance de près de 7 %, dopée par l’envolée du prix du baril de brut.

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