Taïwan 2010-2011  

Jules Nadeau 
Mise en ligne : septembre 2011

Relance économique sur fond d’élections

Signe d’un regain modéré de soutien au parti au pouvoir du président Ma Ying-jeou, le Kuomintang (KMT, parti nationaliste) a remporté la victoire aux municipales du 27 novembre 2010 à trois endroits : Taipei, Hsinpei et Taichung. L’opposition (Parti progressiste pour la démocratie, DPP) l’a emporté seulement dans le Sud, à Kaohsiung et Tainan, mais avec presque 50 % du total des votes exprimés, contre 45 % pour le KMT. La veille du scrutin, Lien Sheng-wen, fils de l’ex-vice-président Lien Chan, a été gravement blessé dans un attentat et un autre partisan du KMT a été tué. Le président Ma Ying-jeou, malgré une cote de popularité en souffrance, y a vu un signe d’approbation à la politique de rapprochement avec la Chine populaire qu’il menait depuis 2008 avec le slogan : « Pas d’unification, pas d’indépendance, pas d’usage de la force ».

La date du 14 janvier 2012 a été retenue pour la prochaine élection présidentielle, qui devait avoir lieu, pour la première fois, en même temps que les législatives. Ma Ying-jeou est demeuré le seul favori du KMT pour affronter le DPP, formation promouvant l’indépendance de la province insulaire. Fin avril, dans un sondage au sein du parti, Tsai Ing-wen l’a emporté sur l’ex-Premier ministre Su Tseng-chang, devenant la candidate officielle du DPP. Après la défaite du DPP aux élections de 2008, mettant fin à deux mandats du président Chen Shui-bian (2000-2008), Tsai Ing-wen avait procédé à plusieurs réformes intérieures et redoré l’image du parti. Juriste de formation, forte de son expérience dans l’enseignement et au gouvernement, elle jouissait d’une solide cote de popularité.

L’accord-cadre de coopération économique (ECFA) entre Taïwan et la Chine populaire, réduisant les droits de douane sur 539 produits exportés de Taïwan vers le continent et 267 produits vendus dans l’autre sens, est entré en vigueur en septembre 2010. Les deux parties en espéraient une augmentation du commerce bilatéral, qui atteignait déjà 110 milliards de dollars, et Taïwan, la création de 260 000 emplois. Pour leur part, les forces de l’opposition ont vivement dénoncé dans des manifestations de rue cet accord de libre-échange, soutenant que le marché de l’île allait être inondé de produits chinois bon marché et que l’économie allait être fragilisée parce que plus dépendante du géant voisin.

L’amélioration des rapports Taipei-Pékin et les vols directs ont amené une augmentation de 67 % des continentaux en visite à Taïwan en 2010, soit 1,63 million de personnes, désormais le premier contingent (devant les Japonais). Le nombre total de touristes est passé de 4,39 millions en 2009 à un sommet de 5,56 millions en 2010. Depuis juillet 2008, ces visiteurs y auraient dépensé plus de 3 milliards de dollars. Autre mesure de rapprochement, dès septembre 2011, un premier groupe de 2 000 jeunes du continent allait être autorisé à étudier dans des universités taïwanaises.

Sujet de controverse, neuf condamnés à mort ont été exécutés après la démission en mars 2010 de la ministre de la Justice Wang Ching-feng, qui s’opposait à la peine capitale. Le gouvernement essayait d’y substituer la prison à vie mais certains sondages disaient que 70 % de la population y restaient favorables. Début 2011, une quarantaine de condamnés à mort attendaient que soit réglé leur sort. Dans les décennies 1980 et 1990, il y a eu 505 exécutions, mais seulement 36 dans les années 2000.

Le 25 janvier 2011, le général Lo Hsien-che a été mis aux arrêts pour espionnage au profit de la Chine populaire. L’officier, responsable du Bureau militaire des communications, avait été en poste en Thaïlande (2002-2005), où il aurait été recruté par une agente à la solde de Pékin dès 2004 ; puis il aurait, selon les médias, livré des informations sur des systèmes de défense locaux provenant de Lockheed Martin aux États-Unis.

Après la désastreuse année de récession en 2009, l’économie a progressé de 10,82 % en 2010 (sa plus forte croissance en vingt-quatre ans) grâce à des échanges soutenus avec le continent chinois qui ont compensé le ralentissement du commerce avec les États-Unis et l’Europe. Les exportations de produits électroniques et de machinerie vers la Chine et Hong Kong ont atteint un niveau record de 114 milliards de dollars (41,8 % de ses exportations). Le chômage a baissé de 6,13 à 4,69 %. Avec un important surplus commercial, la 20économie mondiale est demeurée le 4détenteur de devises étrangères après la Chine, le Japon et la Russie.

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