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Le président Emomali Rakhmon et son gouvernement ont poursuivi en 2010 une politique d’accaparement des pouvoirs et de mise à l’écart de toute opinion dissidente, faisant le lit de tendances politiques et religieuses clandestines. Quelques journaux critiques continuaient pourtant à paraître. Les élections législatives de février 2010 ont, comme toutes les précédentes, été entachées de multiples irrégularités. Le parti du président a remporté 52 des 63 sièges. Seuls 2 sièges sont revenus à une véritable opposition, les autres ayant été gagnés par des partis inféodés aux autorités. 2010 a aussi été marquée par une véritable offensive contre la religion (fermeture et contrôle de plus en plus étroit des mosquées). Les autorités cherchaient à marginaliser le Parti de la renaissance islamique, dont la popularité était croissante.
La vie politique tadjike restait concentrée autour du projet de construction de la centrale hydroélectrique de Rogun. Manquant des financements internationaux nécessaires, les autorités ont décidé d’organiser un système d’actions censées être achetées, volontairement ou non, par la population. Les familles qui ont tenté de résister ont été menacées de mesures de rétorsion. Le projet a par ailleurs eu de considérables conséquences régionales : l’Ouzbékistan, qui s’y opposait, a organisé le blocus ferroviaire de son voisin tadjik, ce qui a eu un impact négatif sur le prix des produits de première nécessité et a ralenti l’activité des entreprises.
L’audit de TALCO, la plus grosse entreprise du pays (productrice d’aluminium, comptant pour 70 % des exportations du pays mais dont les dettes grevaient le budget de l’État), a été rendu public à l’été 2010, confirmant d’immenses détournements de fonds vers des sociétés offshore. La découverte d’un gisement de gaz au sud de Douchanbé a toutefois suscité de nouveaux espoirs de développement. Une fois mis en exploitation, il pourrait assurer l’indépendance énergétique du pays pendant une cinquantaine d’années, et le libérer de l’influence de son principal fournisseur, l’Ouzbékistan.
Sur le plan sécuritaire, alors que les talibans gagnaient du terrain dans le nord de l’Afghanistan, la difficulté croissante du Tadjikistan à défendre la frontière inquiétait, et la déstabilisation interne se poursuivait. Le pays a été secoué par une reprise des violences : évasion en août 2010 de 25 prisonniers de l’une des prisons les plus surveillées de Douchanbé, visant à évacuer à l’étranger ceux qui parmi eux étaient liés au Mouvement islamique d’Ouzbékistan ; explosion d’une voiture piégée à Koudjand ; attaque de soldats par un groupe islamiste. Alors que les rares ressources du pays étaient de plus en plus accaparées par le cercle présidentiel, les tensions sociales ont d’autant plus crû que l’appauvrissement était de moins en moins perçu comme la conséquence de plusieurs années de guerre civile, mais plutôt comme le résultat de la corruption au plus haut niveau de l’État.
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