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Confronté à une révolte d’ampleur inédite dans son histoire récente, le régime syrien jouait en 2011 sa survie.
Depuis l’accession au pouvoir du président Bachar el-Assad en juin 2000, toute opposition au régime s’était soldée par une répression systématique, tandis que les services de sécurité intérieure contrôlaient étroitement la population dans un contexte de crise sociale et économique (30 % de la population sous le seuil de pauvreté ; un taux de chômage proche de 20 %).
Pourtant, début 2011, ayant repris un rôle central sur la scène régionale après une décennie difficile, le régime syrien avait tout lieu de se sentir consolidé et B. el-Assad affirmait dans une rare interview au Wall Street Journal (31 janvier) que son régime, « réformateur », n’était pas menacé par des révoltes similaires à celles observées en Tunisie et en Égypte.
Cependant, l’étincelle surgit à Deraa, une petite ville du Sud syrien, après que des enfants ayant écrit des slogans hostiles au régime ont été arrêtés et torturés. La population s’enflamme, la répression commence, sanglante, et, fin avril 2011, l’armée entoure la ville. La contestation est lancée : les cortèges pacifiques de manifestants appelant à l’instauration de la démocratie envahissent petites et grandes villes – y compris Damas et Alep, dans une moindre mesure cependant du fait du contrôle resserré qu’y exerce régime et de l’attentisme de leurs bourgeoisies. Certaines villes font l’objet de répressions particulièrement violentes, comme Deraa (encerclement et bombardement), entraînant des déplacements de populations, y compris vers les pays limitrophes (Liban et Turquie).
À l’été 2011, le mouvement d’opposition restait localement enraciné, tandis qu’une coordination nationale s’organisait autour de mots d’ordre appelant à l’instauration de la démocratie et à la fin du régime Assad.
Face à la contestation, le régime a choisi la répression brutale par les services de sécurité (arrestations arbitraires, emprisonnements, torture, meurtres) et par l’armée (encerclement de villes contestataires, cortèges dispersés par des gaz et des tirs à balles réelles, bombardements). Particulièrement active a été la 4e division des Forces armées, dirigée par Maher el-Assad, le frère cadet du président. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, le bilan s’élevait mi-juin 2011 à plus de 1 500 morts et 10 000 arrestations.
L’isolement formait le second volet de la répression : interdiction des journalistes étrangers sur le sol syrien ; coupures régulières d’Internet ; propagande d’État agitant le triple spectre d’un mouvement de déstabilisation venant d’« agents de l’étranger », de « groupes salafistes » ayant vocation à transformer la Syrie en État intégriste, ou encore celui d’une guerre civile sur fond d’affrontements interconfessionnels entre les différentes communautés du pays (à 75 % sunnite, la Syrie compte d’importantes minorités religieuses telles que les alaouites – environ 10 % de la population –, dont sont issus une partie importante des cadres du régime et de l’armée, ainsi que le clan Assad). Face à ce bilan et à l’extension de la contestation, et malgré des contre-manifestations de soutien au président, les mesures annoncées, telles la mise en place d’un nouveau gouvernement (14 avril), la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 1963 (21 avril), l’annonce (20 juin) de la tenue d’un « dialogue national » et d’élections (probablement en août), semblaient s’annuler d’elles-mêmes.
Sur la scène extérieure, la Syrie s’enfermait dans l’isolement malgré ses menaces de laisser se « réchauffer » la confrontation avec Israël. Elle a notamment perdu le soutien de son allié turc, tandis que l’Union européenne a suspendu sa coopération et mis en place des sanctions visant les principaux cadres du régime. Les États-Unis ont quant à eux renforcé leur régime de sanctions. Cependant, la communauté internationale peinait à définir une position commune, la possibilité d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre du régime de Damas se heurtant, en juin 2011, à l’opposition résolue de la Chine et de la Russie.
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