Suède 2010-2011  

Vincent Simoulin 
Mise en ligne : septembre 2011

Premières fois

En février 2011, le taux d’inflation était de 2,5 % en rythme annuel, tandis que celui du chômage s’élevait à 8,1 % en mars 2011, et à 26,6 % pour les 15-24 ans, un chiffre préoccupant. En 2010, la croissance économique a en revanche été de 7,3 %, les finances publiques se caractérisaient par un total équilibre et la dette publique a légèrement baissé, pour représenter 39,8 % du PIB. La situation économique apparaissait donc contrastée mais la bonne tenue de l’investissement (en progression de 6,3 % en 2010) laissait espérer une amélioration pour 2011.

Lors des législatives du 19 septembre 2010, l’opposition constituée par le Parti social-démocrate (30,7 % des voix), le Parti de l’environnement-Les Verts (7,34 %) et le Parti de la gauche (5,6 %) n’est pas parvenue, pour la première fois, à empêcher la reconduction d’une coalition « bourgeoise ». Le Parti social-démocrate était fragilisé par ce résultat très bas, mais aussi par la progression de son allié écologiste, qui a gagné six sièges et était désormais au cœur du jeu politique, ainsi que par l’échec de sa dirigeante, Mona Sahlin, à incarner la relève et à être la première femme à mener le gouvernement.

La coalition composée du Parti du rassemblement modéré (30,1 %), du Parti du peuple-Les libéraux (7,1 %), du Parti du centre (6,6 %) et du Parti chrétien-démocrate (5,6 %) l’a emporté mais a échoué de trois sièges à garder la majorité.

Les élections ont en fait été surtout marquées par la nette poussée des Démocrates de Suède (5,7 %, après 2,9 % en 2006), parti d’extrême droite qui, ayant obtenu 20 sièges, a pu entrer au Parlement, là aussi pour la première fois de l’histoire. Certains médias ont refusé de diffuser son clip de campagne en raison de sa tonalité hostile à l’immigration : il montrait une vieille dame en déambulateur qui cherchait à atteindre le guichet des aides sociales alors que des femmes voilées et tout en noir la rattrapaient, le message soulignant l’importance du choix politique à assurer par les électeurs. Malgré ce refus et malgré une participation forte (82,1 %) qui ne lui était a priori pas favorable, le succès de ce parti témoignait de l’enracinement du thème de l’immigration en Suède, comme dans le reste de la Scandinavie.

Le 19 juin 2010, la princesse Victoria a épousé Daniel Westling, son professeur de gymnastique. Le coût du mariage a certes alimenté les débats et les interrogations sur la permanence de l’institution monarchique dans un pays très attaché à l’égalité et confronté à des mesures de restriction économique. Mais les médias et les citoyens se sont aussi passionnés pour ce mariage princier, tout comme pour l’idée de créer une fédération nordique unie, vieille tentation réactualisée par l’historien suédois Gunnar Wetterberg dans un livre publié en novembre 2010 (« L’État fédéral du Norden ») avec le concours du Conseil nordique, et qui a gagné en audience avec la crise de l’euro et les difficultés économiques de plusieurs pays européens. Sous le couvert de la coopération nordique étaient déjà évoqués l’établissement par les cinq pays nordiques d’une défense commune et celui d’une chaîne de télévision sur le modèle d’Arte, là aussi des projets anciens qu’il était étonnant de voir soudain resurgir au premier plan.

Un mandat d’arrêt international a été déposé par la cour de Stockholm le 18 novembre 2010 à l’encontre de Julian Assange, le fondateur du site WikiLeaks, célèbre pour la diffusion de milliers de notes diplomatiques confidentielles et soupçonné de viol et agression sexuelle par la justice suédoise.

La Suède, comme l’ensemble des pays nordiques, s’est émue en novembre 2010 en découvrant que les ambassades américaines dans leurs capitales mettaient en œuvre depuis environ une décennie un programme de surveillance et de renseignement incluant notamment une collecte de photos et de données sur les personnes observées. La nature de ces données et l’absence d’information sur ce programme de surveillance ont irrité le gouvernement et les parlementaires, avant qu’ils ne découvrent que l’équipe au pouvoir en 2002 en avait alors été informée par les Américains. Le sujet était d’autant plus sensible en Suède qu’un débat très vif avait été nourri par l’adoption en juin 2008 d’une loi de surveillance électronique, qui devait autoriser à compter de janvier 2009 le contrôle des conversations téléphoniques et des courriels qui transitaient par le territoire suédois, et dont l’envergure avait été réduite en septembre 2008 aux cas de menace militaire extérieure.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.