Somalie 2010-2011  

Roland Marchal 
Mise en ligne : septembre 2011

Vers la transition de la transition ?

La crise somalienne s’est intensifiée sans que les grands acteurs internationaux soient capables de l’infléchir par des moyens militaires ou politiques. Ce sentiment d’impasse était redoublé par de nouvelles inquiétudes liées à la situation au Yémen à partir de janvier 2011 et à une extension probable en Afrique de l’Est des réponses terroristes aux politiques occidentales en Somalie après l’attentat de Kampala de juillet 2010.

Le Gouvernement fédéral transitoire (GFT), dont le mandat s’achevait officiellement en août 2011, était incapable de tenir ses multiples promesses. Les rivalités au sommet de l’exécutif n’avaient de cesse. En septembre 2010, le Premier ministre Omar Abdirachid Charmarke a démissionné après des mois de polémiques. Son remplaçant, Mahamed Abdullahi Mahamed « Farmajo », a été nommé en octobre 2010 dans des conditions discutables. Le nouveau gouvernement n’a mis fin ni à la rivalité entre le président Cheikh Charif Cheikh Ahmed et le président du Parlement Charif Hasan Cheikh Aden, ni à la mauvaise volonté des parlementaires. Le Parlement, grâce au soutien de l’Éthiopie, s’est reconduit pour trois ans en février 2011 alors qu’aucun donateur ne souhaitait une extension sans engagement crédible sur des réformes institutionnelles et l’adoption d’une nouvelle Constitution. Cheikh Charif Cheikh Ahmed et Charif Hasan Cheikh Aden se sont entendus en juin 2011 pour proroger d'un an leurs mandats respectifs. Le président du Parlement ayant posé comme condition à cet accord la démission de « Farmajo », celui-ci a quitté son poste le 19 juin et a été remplacé par Abdiweli Mohamed Ali.

De tels errements étaient paradoxalement rendus possibles par des progrès – fragiles – sur le plan militaire. La grande offensive du mois de Ramadan 2010 (août-septembre) s’est conclue par d’importantes pertes pour le principal groupe d’opposition armée, Harakat al-Shabaab al-Mujaheddin (HSM), au point que des dissensions sont apparues en interne. Celles-ci se sont ensuite durcies à cause du refus de dirigeants de HSM d’accepter une aide internationale pour pallier la sécheresse dans les huit régions que le mouvement contrôlait dans le centre-sud de la Somalie. La fusion avec l’autre organisation de l’opposition armée, Hisbul Islaam, très affaiblie, n’a pas eu d’effets militaires significatifs. Fin février et début mars 2011, des opérations militaires d’envergure étaient menées à Mogadiscio et dans des zones frontalières avec l’Éthiopie et le Kénya. Si les acquis étaient fragiles, ils démontraient également une certaine faiblesse militaire de HSM.

La grande nouveauté a été l’émergence d’autorités locales indépendantes du GFT, hostiles à HSM et désireuses de reconnaissance internationale. Cet apparent succès devait plus aux promesses occidentales de soutien et à des entrepreneurs politiques de la diaspora qu’à de véritables transformations dans les régions somaliennes, à l’exception d’une confédération de milices soutenues par des religieux soufis (et par l’Éthiopie), Ahlu Sunnah wal Jaamah. Ces administrations locales pouvaient également fournir un moyen de déstabilisation d’entités plus anciennes établies dans le nord du pays, le Somaliland et le Puntland, qui soudain devaient faire face à des localismes instrumentalisés par les uns ou les autres.

Jamais la communauté internationale n’est si clairement apparue pompier et pyromane. La force de l’Union africaine (AMISOM) a accru ses gains à Mogadiscio mais a perdu des dizaines de soldats, alors que les dommages collatéraux de son action étaient de plus en plus critiqués. Contraints par leur reconnaissance du GFT, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Italie s’efforçaient d’en contenir les conflits internes tout en laissant un blanc-seing à l’Éthiopie pour agir à sa guise contre leurs propres politiques. L’Érythrée était une nouvelle fois tenue responsable de la vigueur de l’opposition armée, qui n’était pourtant forte que des multiples faiblesses du gouvernement et des forces supplétives de la diplomatie occidentale.

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