Serbie 2010-2011  

Yves Tomić 
Mise en ligne : septembre 2011

Timide reprise économique

La Serbie sortait lentement de la récession économique et demeurait confrontée à de mauvaises tendances : pression inflationniste, persistance du chômage et dette extérieure en hausse. En 2010, elle a connu une croissance de son produit intérieur brut de 1,5 %. Toutefois, cette reprise de l’activité économique n’a pas permis d’enrayer la hausse du chômage dont le taux s’établissait à 19,2 % fin 2010. La production industrielle a enregistré une croissance de 3 %, tandis que le secteur de la construction était affecté par une baisse sérieuse de son activité (– 13,6 %), la production agricole subissant quant à elle une chute de 1,7 %. Contrairement à ses voisins, la Serbie n’est pas parvenue à maîtriser l’inflation, qui s’est élevée à 10,3 % en 2010. La dette extérieure s’est encore creusée, atteignant désormais 23,78 milliards d’euros. En outre, les investissements directs étrangers ont été beaucoup moindres que ceux attendus, soit 762 millions d’euros au lieu de deux milliards, ce qui ne permettait pas d’envisager une reprise soutenue de l’activité économique. De surcroît, la Serbie entrait dans une année électorale laissant craindre des dérives dans les dépenses publiques.

Si le pays a connu une certaine stabilité politique depuis les élections législatives de mai 2008, des tensions se sont néanmoins manifestées au sein du gouvernement de Mirko Cvetković (Parti démocrate [DS]), qui ont abouti à l’éviction du ministre de l’Économie, Mladjan Dinkić du parti G17 Plus le 14 février 2011. Ce dernier avait en effet exigé des changements politiques face à la crise économique et sociale à laquelle la Serbie était confrontée. Le G17 Plus ne s’est pas pour autant retiré de la coalition gouvernementale afin de ne pas créer une crise politique profonde qui aurait abouti à des élections anticipées. Affaibli par la crise et par la contestation de l’opposition, le chef de l’équipe gouvernementale et le président de la Serbie, Boris Tadić, ont entrepris un remaniement, passant de 24 à 17 ministères. Ce gouvernement a été approuvé par l’Assemblée nationale le 14 mars 2011 par une majorité de 129 voix sur 148 députés présents (sur un total de 250). Seuls les députés du Parti démocrate de Serbie (DSS) ont voté contre le nouveau gouvernement, les autres partis de l’opposition, le Parti progressiste serbe (SNS) et le Parti radical serbe (SRS), n’ayant pas pris part au vote. Le SNS a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de citoyens à Belgrade le 16 avril 2011 afin d’exiger la convocation d’élections anticipées, et son leader, Tomislav Nikolić, a entamé une grève de la faim à laquelle il a mis fin le 24 avril 2011. Déjà, le 5 février 2011, le SNS avait réuni entre 50 000 et 70 000 personnes dans la capitale pour dénoncer une situation économique et sociale très difficile et réclamer un scrutin anticipé.

L’objectif du gouvernement était d’obtenir le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne (UE) d’ici la fin 2011. Le Parlement européen a approuvé, le 19 janvier 2011, l’Accord de stabilisation et d’association (ASA), étape préliminaire à une candidature officielle, et a invité les États membres qui ne l’avaient pas encore fait à le ratifier. Le processus restait conditionné à l’arrestation par la Serbie des deux derniers fugitifs réclamés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Goran Hadžić (ancien chef des Serbes de Croatie, inculpé pour crimes de guerre et crime contre l’humanité) et Ratko Mladić (ancien chef militaire des Serbes de Bosnie inculpé de crimes de guerre, crime contre l’humanité et de génocide, en particulier pour le massacre de Srebrenica en 1995). Ce dernier fut opportunément arrêté le 26 mai 2011 à Lazarevo, petit village situé dans le nord du pays.

Le Parlement européen a par ailleurs incité Belgrade à entamer un dialogue avec Pristina et à adopter une position plus constructive dans ce domaine, lui demandant notamment de démanteler les institutions parallèles qu’elle contrôlait dans le nord du Kosovo et qui faisaient obstacle à l’intégration de la communauté serbe du pays.

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