Rwanda 2010-2011  

Emmanuel Viret 
Mise en ligne : septembre 2011

Rwanda : vers une nouvelle opposition ?

Les indicateurs économiques sont restés très positifs en 2010, avec une croissance de 6 % (4 % en 2009). L’aménagement du centre-ville de Kigali et l’ouverture d’une Bourse début 2011 témoignaient de cette prospérité mais en symbolisaient aussi la profonde inégalité : le régime concentrait ses financements sur les catégories urbaines aisées. Si le gouvernement a mis en avant le succès de la réforme des mutuelles de santé, la réforme agraire et la politique de natalité suscitaient des inquiétudes quant à leur impact sur le monde rural (80 % de la population) : le passage à la monoculture d’exportation bouleversait le système agraire, favorisant la constitution de grandes exploitations. Le prix de la terre était en constante augmentation. Initié en 2011, le programme de vasectomie des hommes, sur volontariat, suscitait des inquiétudes, et le ministère de la Santé a dû démentir l’existence d’un objectif chiffré de 700 000 opérations sur trois ans.

La campagne présidentielle, à l’issue de laquelle Paul Kagame a été réélu avec 93 % des voix en août 2010, a souligné le caractère autoritaire du régime : reprise des assassinats politiques (qui ont visé le rédacteur en chef d’Umuvugizi en juin et le vice-président du Parti Vert en juillet ), emprisonnement d’opposants (dont Victoire Ingabire et Déogratias Mushayidi), restriction de la liberté de la presse. La population restait extrêmement encadrée (travaux collectifs obligatoires dans les campagnes, camps et mouvements de jeunesse). L’existence de centres de rééducation accueillant une population mâle n’ayant pas commis de délit, mais considérée comme socialement indésirable à Kigali, a été rendue publique.

L’image du pays, préoccupation essentielle du gouvernement, a été écornée malgré d’intenses campagnes de communication et malgré la proximité du régime avec des personnalités telles que Bill Gates ou Tony Blair. L’Union européenne et le département d’État américain ont relevé les atteintes aux droits humains ainsi que le score unanimiste de P. Kagame à la présidentielle.

En outre, les auteurs d’une dizaine d’attentats à la grenade visant essentiellement des lieux publics à Kigali n’ont pas été retrouvés.

Les défections d’un nombre croissant de cadres du parti au pouvoir, tant civils que militaires, ont provoqué une réorganisation de l’opposition. Un nouveau mouvement politique, le Congrès national rwandais (RNC), a été créé en décembre 2010 pour fédérer l’ensemble des contradicteurs de P. Kagame, et a entamé un rapprochement avec le reste de l’opposition en exil.

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