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En l’absence d’une majorité absolue de sièges recueillie par l’un des partis, les élections législatives britanniques de mai 2010 ont abouti à la formation d’un gouvernement de coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates. Dès le 25 mai 2010, à l’occasion du discours du Trône présenté par la reine Elizabeth II, le nouveau Premier ministre conservateur David Cameron, qui avait fait campagne sur le projet controversé d’une « grande société » (Big Society), a dévoilé sa politique budgétaire sous la forme d’un plan d’austérité inégalé.
Dans le contexte de la crise financière, l’ambition du nouveau gouvernement était de réduire le déficit public de 11 % du PIB en 2010 à 2 % en 2015 sans enrayer la croissance économique du pays. À cette fin, le nouveau chancelier de l’Échiquier (ministres des Finances), George Osborne, a présenté à la Chambre des communes les détails de son plan de rigueur qui prévoyait la suppression de 490 000 emplois dans le secteur public, une réduction des dépenses sociales et le relèvement à 66 ans de l’âge du départ à la retraite, y compris pour les fonctionnaires. Le 11 novembre 2010, le Livre blanc sur la réforme des allocations chômage envisageait également un durcissement des sanctions pour les chômeurs qui refuseraient une ou plusieurs offres d’emploi, notamment une suspension des allocations proportionnelle au nombre d’offres refusées, et des travaux d’intérêt général. L’instauration d’une allocation universelle unique, prévue pour 2013, devait simplifier le dispositif et les procédures administratives.
Les principaux ministères, à l’exception de la Santé, de la Défense et du Développement international, devaient être affectés par ces réductions drastiques. À ces économies substantielles, estimées à 130 milliards d’euros en moins de cinq ans, devaient s’ajouter des recettes importantes grâce à l’augmentation de la TVA de 17,5 % à 20 % en janvier 2011, la hausse de l’impôt sur les plus-values de 18 % à 28 % pour les revenus les plus aisés, et le gel de la liste civile de la Reine (qui couvre les frais de représentation de la famille royale). Cette cure d’austérité sévère s’accompagnait d’une volonté de désengager l’État au profit du secteur privé ou des collectivités, désormais invitées à gérer elles-mêmes leurs écoles, leurs dispensaires ou leurs bibliothèques.
Des privatisations s’inscrivaient dans ce processus de désengagement étatique, comme celle des droits d’exploitation de la ligne ferroviaire à grande vitesse High Speed 1 qui relie Londres au tunnel sous la Manche, rendue publique le 21 juin 2010, et surtout celle de la Poste britannique, annoncée le 13 octobre 2010.
La gestion des effets de la crise passait aussi par une amélioration du fonctionnement des prêts octroyés par les banques et du système de rémunération des dirigeants bancaires. À l’instar du gouvernement qui, le 5 janvier 2011, a annoncé un ensemble de mesures pour venir en aide aux petites entreprises, les quatre principales banques du pays (Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group et Royal Bank of Scotland) ont été invitées à soutenir les entreprises en s’engageant en 2011 à leur prêter 6 % de plus qu’en 2010, soit 190 milliards de livres. Elles devraient également améliorer la transparence en matière de rémunération de leurs dirigeants en publiant le montant des primes et en s’engageant à les diminuer, sans pour autant se voir imposer un plafond.
Dans le cadre du plan d’austérité, qui prévoyait une réduction de 40 % du budget de l’enseignement supérieur, le Parlement a adopté, le 9 décembre 2010, une loi sur l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Le vote, acquis de justesse à la Chambre des communes, a introduit une brèche au sein du gouvernement de coalition, en particulier chez les libéraux-démocrates qui s’étaient engagés pendant la campagne électorale à diminuer les droits d’inscription. Des centaines d’étudiants ont manifesté à Londres le 10 novembre 2010. Les confrontations avec la police, qui ont blessé 14 manifestants et provoqué des dégâts matériels au siège du Parti conservateur, se sont propagées dans le reste du pays, où les universités d’Oxford, Cambridge, Bristol, Sheffield et Leeds ont été bloquées par des étudiants. La contestation s’est ensuite étendue à d’autres secteurs de la population. Le 26 mars 2011, plus de 200 000 personnes ont ainsi répondu à l’appel de la Confédération des syndicats britanniques (Trades Union Congress) pour organiser, en guise de protestation à la politique d’austérité prévue, une manifestation d’une ampleur inégalée depuis les mouvements d’opposition à la guerre en Irak en 2003.
Pour protester contre le revirement de leur parti, plusieurs milliers de militants libéraux-démocrates ont rendu leur carte d’adhérent, représentant un nouvel espoir pour le Parti travailliste (New Labour) qui cherchait à se reconstruire depuis sa défaite électorale et la démission de l’ancien Premier ministre Gordon Brown de la tête du parti. Le 25 septembre 2010, lors du congrès du parti à Manchester, l’élection d’Ed Miliband, âgé de 40 ans, avec 50,6 % des voix, grâce au soutien des syndicats, a ouvert la voie à un repositionnement du New Labour à la gauche de l’échiquier politique.
Malgré la parenthèse du mariage royal fastueusement célébré entre le prince William, petit-fils de la reine, et Kate Middleton le 29 avril 2011, le mécontentement de la population a culminé le 5 mai, lors des élections locales et du référendum sur la réforme du mode de scrutin en faveur du vote alternatif, soutenu par les libéraux-démocrates. Ces derniers ont été sanctionnés par les électeurs qui se sont opposés à la réforme électorale (par 67,9 % des voix contre 32,1 %). Le parti a aussi enregistré de lourdes pertes aux élections locales anglaises et aux élections à l’Assemblée galloise et au Parlement écossais, en perdant respectivement 1 et 12 sièges. Les grands vainqueurs de ces scrutins régionaux ont été les travaillistes au pays de Galles et les nationalistes écossais (Scottish National Party) en Écosse.
Le nouveau gouvernement britannique a cherché, dès les premiers mois de son mandat, à imprimer sa marque sur un certain nombre de dossiers sensibles. La résolution du conflit nord-irlandais par les gouvernements précédents a incité D. Cameron à s’inscrire historiquement dans le processus de paix. Le 14 juin 2010, le rapport de la commission Saville, mise en œuvre par Tony Blair en 1998 pour enquêter sur la répression menée par l’armée britannique au cours du « Dimanche sanglant » (Bloody Sunday) du 30 janvier 1972 (qui avait abouti à la mort de 14 catholiques lors d’une manifestation pacifique), a finalement conclu à la responsabilité des parachutistes britanniques qui avaient tiré sans prévenir. Le Premier ministre a saisi l’occasion de cette publication pour condamner le rôle de l’armée et présenter des excuses aux familles des victimes au nom du gouvernement.
Le 2 novembre 2010, D. Cameron a signé avec le président français Nicolas Sarkozy un traité de défense et de sécurité visant à sceller la coopération militaire entre les deux pays.
Le première visite officielle de D. Cameron aux États-Unis, le 20 juillet 2010, lui a permis d’évoquer avec le président américain Barack Obama de nombreux sujets dont l’Iran, le conflit palestino-israélien et l’Afghanistan, dont les troupes britanniques devaient se retirer avant 2015 – sujet de nouveau évoqué lors d’une rencontre officielle entre le Premier ministre britannique et le président afghan Hamid Karzaï les 1er et 2 mars 2011.
La situation du groupe britannique British Petroleum (BP) a également fait l’objet d’une discussion. D. Cameron et B. Obama ont critiqué la remise en liberté, en août 2009, d’Abdelbaset al-Megrahi, condamné en 2001 à la prison à vie pour l’attentat de 1988 contre un avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Écosse, qui avait fait 270 victimes. La presse accusait le géant pétrolier d’avoir exercé des pressions sur l’Écosse pour libérer al-Megrahi, en échange d’un contrat de 900 millions de dollars avec la Libye pour un forage en mer.
Sept jours plus tard, le 27 juillet, BP (qui aurait perdu 17 milliards de dollars au cours du 2e trimestre 2010) était une fois de plus au centre de l’attention avec le remplacement par l’Américain Bob Dudley du directeur général britannique Tony Hayward, critiqué pour la gestion catastrophique de l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon le 20 avril 2010, à l’origine d’une très grave pollution dans le golfe du Mexique.
Le 17 janvier 2011, BP a signé un accord historique, mais vivement critiqué par les associations écologiques, avec le groupe russe Rosneft pour l’exploitation du pétrole de l’Arctique. Dans le but de renforcer la coopération avec d’autres pays dans le domaine énergétique, un sommet organisé à Londres entre le Royaume-Uni et les pays scandinaves et baltes, le 20 janvier 2011, a prévu la formation d’une alliance entre le Royaume-Uni, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie pour l’exploitation du gaz et du pétrole en mer du Nord.
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