Roumanie 2010-2011  

Antonela Capelle-Pogăcean  
Mise en ligne : septembre 2011

Une année sous pression

Politiques d’austérité

Après une récession spectaculaire en 2009 (– 7,1 % du PIB), effet de la crise globale et des fragilités structurelles locales obligeant les gouvernants à demander l’assistance du Fonds monétaire international (FMI), l’année 2010 a été placée sous le signe de politiques d’austérité sans précédent depuis 1989. Pour réduire les dépenses de l’État, le gouvernement d’Emil Boc (Parti démocrate-libéral [PD-L], droite) a diminué de 25 %, à partir du 1er juillet 2010, les salaires du secteur public, a supprimé les primes et revu à la baisse l’ensemble des aides sociales. La réduction de 15 % des retraites a dû être abandonnée, car jugée non conforme à la Loi fondamentale par la Cour constitutionnelle. Pour compenser ce manque, le gouvernement a augmenté la TVA, passée le 1er juillet 2010 de 19 % à 24 %. Les effectifs du secteur public (notamment l’administration, la santé et l’éducation), qui doivent être réduits de 20 % entre 2009 et 2011 selon les engagements pris auprès du FMI, sont passés de 1,38 million en décembre 2009 à 1,28 million en novembre 2010.

Ces mesures ont eu pour effet de ramener le déficit des finances publiques de 8,3 % du PIB en 2009 à 6,5 % fin 2010, sans aggraver le taux du chômage, établi à 7,4 % en 2010. En mars 2011, le bilan était jugé positif par le FMI qui a débloqué la dernière tranche des 12,95 milliards d’euros prévus par l’accord stand-by signé le 4 mai 2009 (à celui-ci avaient participé également la Commission européenne et la Banque mondiale, la somme totale s’élevant à 19,95 milliards d’euros).

En l’absence de mesures de relance, la Roumanie n’est pas parvenue à retrouver la croissance en 2010 (– 1,5 %). Outre la faiblesse des investissements directs étrangers (qui ont baissé de 50 % en 2009 et encore de 25 % en 2010) et le reflux des transferts des travailleurs migrants (qui ont diminué de 50 % en 2010), le recul de la consommation des ménages expliquait la contraction économique. Affaibli par les mesures d’austérité, le pouvoir d’achat des Roumains s’est dégradé également sous l’effet de l’inflation (7,9 % fin 2010), favorisée tant par la hausse de la TVA que par la montée des prix de l’énergie et des aliments.

Vie politique conflictuelle

Avec une équipe remaniée le 3 septembre 2010 et modifiée à nouveau en avril 2011 après la démission du ministre du Travail, accusé de faits de corruption, le très impopulaire Premier ministre E. Boc a réussi à survivre à des grèves à répétition et à cinq motions de censure.

Les principaux acteurs politiques, dont le chef de l’État Traian Băsescu (PD-L), réélu avec une courte majorité en décembre 2009, préparaient déjà les élections locales et législatives de 2012. Les trois partis d’opposition, le Parti social-démocrate (PSD, centre gauche), le Parti national libéral (PNL, centre droit) et le Parti conservateur (PC, centre droit), se sont systématiquement opposés aux mesures d’austérité et ont obligé le gouvernement à engager à treize reprises sa responsabilité pour faire passer les lois exigées par l’accord avec le FMI (sur l’éducation, sur les retraites, sur la grille unique des salaires dans le secteur public, le code du travail, etc.). En février 2011, ces trois formations se sont regroupées au sein d’une union politique, baptisée l’Union sociale-libérale (USL).

De son côté, la majorité réunissant le PD-L, l’Union démocratiques des Magyars de Roumanie (UDMR) et les représentants des minorités nationales a réussi à renforcer sa supériorité numérique au Parlement en obtenant le soutien des transfuges du PSD qui avaient quitté ce parti lors de son congrès extraordinaire du 21 février 2010. Ces derniers ont fondé une nouvelle formation de centre gauche, concurrente du PSD, l’Union nationale pour le progrès de la Roumanie (UNPR). Très bas dans les sondages, le principal parti de la majorité était quant à lui traversé par des tensions internes, visibles lors de sa Convention nationale du 15 mai 2011. Malgré les contestations, le Premier ministre est néanmoins parvenu à garder la présidence de cette formation.

Pressions de l’UE

Quatre ans après son entrée dans l’Union européenne (UE), la Roumanie n’a pas réussi à faire fructifier tous les avantages liés à son statut d’État membre. La capacité d’absorption des fonds européens est restée faible, seulement 8,6 % des fonds alloués pour le cycle budgétaire 2007-2013 étant utilisés. Nonobstant des améliorations législatives et institutionnelles dans le domaine de la justice et de la lutte contre la corruption, des insuffisances ont encore été signalées en février 2011 par la Commission européenne dans le cadre du mécanisme de suivi de la justice mis en place le 1er janvier 2007. L’absence de « progrès irréversibles » dans ce domaine a été invoquée dans une lettre adressée par les ministres de l’Intérieur allemand et français au commissaire européen aux Affaires intérieures le 21 décembre 2010, afin de justifier le report de l’adhésion de la Roumanie (et de la Bulgarie) à l’espace Schengen, initialement envisagée pour mars 2011. Cette décision a été qualifiée par le président Băsescu d’« acte de discrimination envers la Roumanie et les Roumains ». La lettre éclairait en même temps la dégradation des relations avec la France, du fait de désaccords sur la gestion des migrants roumains d’ethnicité rom, objets de « rapatriements volontaires » (en août 2010), sur la participation de GDF-Suez à la construction de deux nouveaux réacteurs de la centrale nucléaire de Cernavoda (janvier 2011) ou sur la résiliation par le gouvernement roumain d’un contrat de 200 millions d’euros avec le constructeur Colas (avril 2011).

Hésitante dans un premier temps, la Roumanie s’est jointe à l’intervention militaire en Libye (mars 2011) à partir du moment où celle-ci a été placée sous le commandement de l’OTAN. La Roumanie était par ailleurs présente en Afghanistan avec 800 militaires. Enfin, sous pression allemande et dans la perspective de l’entrée dans l’espace Schengen, la Roumanie a signé le 8 novembre 2010 le traité concernant le régime de frontière avec la Moldavie.

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