Pologne 2010-2011  

Georges Mink 
Mise en ligne : septembre 2011

Changements dans le paysage politique

La vie politique polonaise a été dominée depuis le 10 avril 2010 par le débat sur les responsabilités dans le crash de l’avion présidentiel dans la région de Smolensk, qui s’est produit alors que la délégation conduite par le président Lech Kaczynski se rendait à Katyn pour y commémorer le 70e anniversaire du massacre des cadres de l’armée polonaise par le NKVD (police politique soviétique). La vacance du pouvoir, suite à la mort du président, a contraint à une élection anticipée. Le 4 juillet 2010, le second tour a opposé le frère du président défunt et chef du parti Droit et justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, au maréchal de la Diète, président par intérim en vertu de la Constitution et candidat désigné du parti Plateforme civique (PO), Bronislaw Komorowski. La campagne électorale a été marquée à la fois par les effets de la catastrophe de Smolensk et par d’importantes inondations. J. Kaczynski a abandonné pendant la campagne la stratégie d’affrontement pour tenir un discours modéré, ce qui lui a permis d’attirer un électorat du centre, touché par le drame qu’il vivait. Mais c’est finalement B. Komorowski qui a été élu, avec 53,01 % de suffrages.

Une fois la période électorale passée, J. Kaczynski a changé radicalement de comportement, attaquant le nouveau président et le Premier ministre Donald Tusk, et les rendant coupables de la mort de son frère. Il les a accusés de multiples négligences et d’une attitude trop soumise vis-à-vis des Russes, avec lesquels des négociations étaient engagées depuis 2007 afin d’améliorer les relations entre les deux pays. Il est vrai que ces derniers ont sous-estimé, dans leur rapport d’enquête sur les causes de l’accident, la part des responsabilités du personnel au sol à l’aéroport de Smolensk. Ils n’ont pas rendu non plus les boîtes noires de l’avion accidenté mais uniquement des retranscriptions de leur contenu. Tout cela a laissé libre cours aux supputations sur un attentat voulu par les Russes. Aussi le camp de Kaczynski s’est radicalisé et a demandé une enquête internationale contradictoire.

Cette stratégie a été contestée par les artisans de la remontée électorale du frère du président défunt, qui ont quitté le PiS pour former un nouveau parti : La Pologne d’abord (Polska Jest Najwazniejsza, PjN). À la radicalisation des sympathisants de J. Kaczynski a aussi répondu la formation d’un parti issu des rangs de PO : Pologne moderne, de Janusz Palikot, spécialiste des attaques sans merci contre le chef du PiS. La Pologne apparaissait profondément divisée entre ceux qui faisaient du président défunt un martyr et ceux qui considéraient que sa mort ne changeait rien au fait qu’il s’agissait d’un chef d’État conservateur, nationaliste, eurosceptique, russophobe et germanophobe – et somme toute médiocre.

Toutefois, une amélioration du fonctionnement des institutions s’est fait sentir après que l’élection présidentielle a mis un terme à une cohabitation hostile. La majorité PO et son allié, le Parti agrarien (PSL), se sont efforcés d’en finir avec le jeu des ressentiments pratiqué par le PiS. Un des premiers actes du nouveau président a été la signature du budget pour 2011 prévoyant des dépenses publiques à hauteur de 313,4 milliards de zlotys (80 milliards d’euros), pour des recettes de 273,2 milliards de zlotys (70 milliards d’euros), dont 15 milliards proviendraient des privatisations. Ce budget tablait sur une croissance du PIB de 3,5 %, une inflation de 2,3 % et un chômage de 9,9 % à la fin de 2011.

La principale réforme proposée par le Premier ministre concernait les retraites, pour rééquilibrer le régime mixte en faveur de la Sécurité sociale. Les Polonais versaient jusque-là 7,3 % de leurs revenus à des fonds de pension privés (OFE) et 12,29 % à la Sécurité sociale (ZUS), cette dernière ayant creusé un important déficit. Il s’agissait donc de baisser à 2,3 % la part versée à l’OFE pour augmenter d’autant celle qu’ils verseraient à la ZUS, avec pour objectif d’alléger la dette publique tout en garantissant le paiement des retraites aux générations futures. La nouvelle loi adoptée par les deux Chambres parlementaires et signée par le président est entrée en vigueur le 1er mai 2011, et ce malgré de multiples contestations.

Les autres événements ayant mobilisé les Polonais ont été la béatification de Jean Paul II le 1er mai 2011, les ultimes préparatifs de l’Euro 2012, la campagne pour les élections législatives de l’automne, et surtout la présidence polonaise de l’UE à partir du 1er juillet 2011.

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