![]() |
Retrouvez nos dernières parutions sur |
Élu en mai 2010 et officiellement au pouvoir depuis le 30 juin, le président Benigno « Noynoy » Aquino, fils de l’ancienne présidente Corazon Aquino et du sénateur Benigno « Ninoy » Aquino, assassiné durant la dictature de Ferdinand Marcos, a semblé diriger le pays à vue en 2010-2011, peinant à mettre en place un véritable programme de gouvernance et à lancer les nombreuses réformes dont le pays avait besoin, notamment dans l’administration publique. Il a par ailleurs été immédiatement confronté à de multiples défis.
Dès juillet, un ouragan saisonnier frappait Manille de plein fouet alors que les météorologues de l’agence responsable de la surveillance météorologique avaient prédit une trajectoire beaucoup plus au nord. Plus de 70 victimes et de nombreux pêcheurs disparus en mer étaient à déplorer, en plus des infrastructures détruites. Les pluies torrentielles se sont prolongées bien au-delà de la saison habituelle des pluies, frappant le centre des Visayas jusqu’à la fin février 2011 et entraînant de dangereux glissements de terrain.
En août 2010, un policier congédié suite à des accusations de corruption a pris en otage un car de touristes chinois et sino-canadiens, exigeant des compensations financières pour son renvoi. L’opération de sauvetage a tourné à la catastrophe : ce drame international diffusé en direct sur toutes les chaînes d’information dans le monde a fait la démonstration de l’incompétence des forces policières, avec un bilan dramatique (8 touristes dont des enfants tués en plus du preneur d’otage). La Chine a réprimandé les Philippines, tandis que « Noynoy » promettait de faire la lumière sur le déroulement de cette opération.
Manille a ensuite tenté d’amadouer son puissant voisin, entre autres en l’appuyant dans sa dénonciation de la remise du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo en octobre 2010. Cela n’a pas empêché Pékin d’exécuter en mars 2011 trois ressortissants philippins arrêtés pour trafic de drogue en 2008.
Tant pour la population que pour l’administration, ces deux drames étaient des sources d’embarras, encore accru par la fuite et la publication sur Internet des remarques désobligeantes sur les Vietnamiens faites par une membre de la délégation officielle des Philippines au sommet de l’ASEAN organisé à Hanoi fin 2010.
Ironiquement, « Noynoy », populaire mais peu charismatique, retenait constamment l’attention des médias pour ses fresques amoureuses, sa passion pour les armes et les voitures de sport, etc. Les efforts gouvernementaux, en particulier pour nettoyer l’administration publique d’une corruption omniprésente et la sortir d’une grande inertie, restaient en revanche bien discrets, malgré quelques nominations prometteuses à des postes clés comme le ministère des Affaires sociales, le département de l’Intérieur, l’Agence de lutte contre la pauvreté ou encore la Commission des droits de la personne.
Deux processus de négociation de paix ont toutefois été lancés : l’un avec le mouvement révolutionnaire armé d’inspiration maoïste dirigé par le Parti communiste des Philippines, et l’autre avec le Front de libération islamique Moro, présent sur l’île de Mindanao.
Enfin, le président Aquino a subi un revers politique majeur lorsque la Cour suprême a invalidé, en décembre 2010, la « commission Vérité » qu’il avait instituée pour faire la lumière sur les scandales financiers et les abus de pouvoir d’anciens officiels, en particulier de la présidente Gloria Macapagal-Arroyo (2001-2010).
Heureusement pour la nouvelle administration, l’économie se portait bien. Ce dynamisme était alimenté à la fois par une tendance régionale positive et par les transferts de la diaspora philippine (en particulier des 10 millions de travailleurs migrants), qui ont d’ailleurs atteint en 2010 un niveau record de plus de 21 milliards de dollars.
Au niveau national, trois secteurs d’activité contribuaient particulièrement à la croissance (7,8 % en 2010) : l’exploitation des ressources naturelles (en particuliers les mines) ; l’agriculture ; les services (essentiellement les multiples centres d’appel pour de grandes firmes transnationales). Grâce à sa main-d’œuvre qualifiée et dotée d’une bonne connaissance de l’anglais et de la culture occidentale (en particulier nord-américaine), les Philippines étaient en passe de ravir à l’Inde le titre de capitale du monde des « call centers ».
Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.