Pérou 2010-2011  

Cécile Lavrard-Meyer 
Mise en ligne : septembre 2011

Pérou – À gauche toute !

Le 5 juin 2011, les Péruviens ont élu Ollanta Humala président de la République avec 51,5 % des voix. Candidat du Parti nationaliste péruvien (PNP), cet ancien militaire putschiste avait affronté sans succès Alan Garcia au second tour de l’élection présidentielle de 2006. Il bénéficiait alors du soutien d’Hugo Chavez. Il a gagné cette fois en modérant son discours et en cherchant à se rapprocher davantage de la figure de Lula. La gauche avait connu un succès prémonitoire en octobre 2010 avec la victoire de Susana Villarán à la mairie de Lima, qui n’avait plus connu de maire socialiste depuis 1986.

Ce tournant à gauche est intervenu alors que tous les autres candidats de poids à cette élection, et en premier lieu Keiko Fujimori, l’adversaire de O. Humala au second tour, se positionnaient dans la continuité du modèle économique dominant, après une décennie de forte croissance (8,7 % en 2010) alimentée par un boom minier (60 % des exportations).

Fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), emprisonné pour corruption et pour son rôle dans les exactions (massacres de civils, séquestrations, tortures) perpétrées contre les guérillas durant sa présidence, K. Fujimori a défendu le bilan de son père sans cacher sa détermination à obtenir sa libération. Cette filiation politique assumée a provoqué de vives réactions, alors que 21 anciens cadres militaires et l’ancien chef des services secrets considéré comme l’éminence grise du gouvernement Fujimori, Vladimiro Montesinos, ont été condamnés en octobre 2010 à des peines de 15 à 25 ans de prison.

Si la politique économique orthodoxe menée depuis les années 1990 s’est soldée par de bonnes performances macroéconomiques, une progression de la consommation et une baisse du chômage, la victoire de la gauche trouvait ses racines dans la répartition inégale des fruits de la croissance. La pauvreté et l’extrême pauvreté ont certes largement baissé, mais leur prégnance restait extrêmement variable entre Lima et les milieux ruraux. La croissance ne s’est pas non plus accompagnée d’une réduction significative des inégalités : les 10 % les plus riches détenaient en 2010 plus de 35 % de la richesse nationale, alors que les 10 % les plus pauvres s’en partageaient à peine plus de 1 %.

Les défis du nouveau gouvernement étaient nombreux. La corruption endémique persistait. Le Pérou, devenu en 2009 le premier producteur mondial de feuilles de coca, connaissait une recrudescence du narcotrafic et était en passe de devenir le premier producteur mondial de cocaïne. Les saisies de drogue (essentiellement de la cocaïne) ont augmenté de 30 % en 2010 et des opérations de police ont été menées fin 2010 contre la branche péruvienne du puissant cartel mexicain de Sinaloa.

Mais ce nouveau gouvernement pouvait aussi s’appuyer sur des avancées importantes : le Parlement a voté en mai 2010 une loi obligeant l’État à consulter les indigènes d’Amazonie à propos des projets les concernant directement, ce qui constituait un progrès en matière de gestion de l’exploitation des ressources naturelles. En mars 2010, le Pérou a signé avec l’Union européenne (UE) un accord de libre-échange prévoyant notamment une libéralisation totale des échanges de produits industriels et de la pêche. La signature en novembre 2010 d’un accord d’intégration entre les Bourses de Colombie, du Chili et du Pérou a donné naissance à la plus grande place d’Amérique latine en nombre d’entreprises cotées (près de 560).

Sur le plan culturel, le Pérou a eu la fierté de voir le prix Nobel de littérature 2010 attribué à Mario Vargas Llosa, né au Pérou en 1936 et naturalisé Espagnol en 1993.

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