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Le Parti de la liberté (PVV) du ténor nationaliste et anti-islam Geert Wilders a de nouveau brillé aux élections provinciales de début mars 2011. Le Premier ministre libéral Mark Rutte, qui n’avait pas profité de son accession au pouvoir pour consolider son camp sur le plan électoral, manquait, dès lors, de marge de manœuvre. En mars 2011, son gouvernement de coalition formé avec les chrétiens-démocrates (sévèrement battus aux législatives de juin 2010) a perdu la majorité au Sénat, qui dispose d’un droit de veto. Cette situation, inédite depuis 1918, a illustré la fragilité politique de la coalition de droite soutenue par le PVV, qui avait choisi de ne pas participer aux affaires, et dont la posture populiste et islamophobe a de nouveau été couronnée par les urnes, puisqu’il a obtenu 69 sièges aux élections provinciales auxquelles il participait pour la première fois. Le PVV devrait aussi intégrer le gouvernement provincial du Limbourg. La majorité à la chambre basse du gouvernement Rutte était par ailleurs particulièrement étroite, avec 76 sièges sur 150, grâce aux voix du PVV.
Les Pays-Bas, décidément, restaient otages de Geert Wilders, dont le procès pour incitation à la haine raciale se poursuivait à Amsterdam depuis octobre 2010. Il a tenté à plusieurs reprises de récuser ses juges, sans succès. Il s’est aussi régulièrement plaint d’un « procès politique », affirmant qu’avec lui « la liberté d’expression de millions de Néerlandais se [retrouvait] à la barre ». Le 23 mai 2011, le tribunal d’Amsterdam a refusé l’abandon des poursuites qui avait été demandé par la défense. Habile face aux caméras, comme toujours, Geert Wilders a profité de chaque audience pour rappeler qu’il n’était pas, contrairement aux dires de la justice néerlandaise, un « homme libre », du fait des contraintes de sécurité qui lui étaient imposées en raison des menaces reçues après la diffusion de son film Fitna, violemment anti-musulman, sur Internet en 2008.
Comme l’on pouvait s’y attendre après les législatives de 2010, la polarisation s’est considérablement accrue aux Pays-Bas, avec la progression symétrique de la gauche libérale du parti D66 (10 députés à la chambre basse), devenu une des formations phares des grandes zones urbaines, et du PVV. Les travaillistes, quant à eux, ont entamé leur reconstruction sous la houlette de l’ancien maire d’Amsterdam, Job Cohen, qui avait réussi à limiter la casse électorale en prenant le leadership du parti. Prenant le contre-pied des politiques d’exclusion prônées par le PVV, il a mis l’accent sur le multiculturalisme, appuyé dans cette démarche par une partie de l’administration néerlandaise, y compris au sein de la police. Le chef de la police d’Amsterdam, Bernard Velten, a ainsi déclenché une polémique à l’automne 2010 en affirmant qu’il n’avait aucunement l’intention de faire arrêter les femmes portant la burqa, dont l’interdiction faisait partie des mesures phares réclamées par Geert Wilders et les siens. Le Premier ministre Mark Rutte, qui en a accepté le principe dans son programme de coalition, n’avait toutefois toujours pas légiféré sur ce sujet sensible début 2011. Il s’est en revanche engagé à embaucher plus de 3 000 policiers supplémentaires, malgré un programme drastique d’économies budgétaires.
Sans surprise, ce raidissement de la droite néerlandaise s’est accompagnée d’une montée du courant eurosceptique et de l’augmentation des récriminations adressées par La Haye à Bruxelles. Les Pays-Bas ont, en 2010 et 2011, été avec l’Allemagne en pointe pour réclamer aux pays défaillants de la Zone euro plus de mesures d’austérité et plus de conditionnalités. Mark Rutte a même repris à son compte plusieurs accusations directes lancées par Geert Wilders contre les aides accordées à la Grèce. « Pas un sou pour les Grecs. Et pas plus pour les Portugais et les Espagnols », scandait un tract du PVV durant la campagne pour les élections provinciales. Le gouvernement dirigé par les libéraux réclamait aussi, comme celui du Royaume-Uni, un plafonnement du budget communautaire de l’Union européenne.
Cette austérité exigée pour les autres était justifiée, selon ses partisans, par les efforts consentis par les Néerlandais eux-mêmes. Le gouvernement Rutte s’est fixé pour objectif d’économiser 18 milliards d’euros d’ici 2015, dont 6,1 milliards en réduisant le train de vie de l’État, avec pour conséquence la suppression de 35 000 postes dans l’administration.
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