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L’année a été marquée par des inondations sans précédent qui ont débuté fin juillet 2010 dans le nord-ouest du pays et ont affecté le Sind un mois plus tard. Un cinquième du territoire a été submergé, au moins 20 millions de personnes ont été déplacées, 7 millions ont perdu leur domicile et les infrastructures ont été détruites. Les opérations de secours ont été menées par l’armée alors que le gouvernement tardait à réagir et que les appels lancés par les Nations unies se heurtaient à la réticence des donateurs. Plus d’un million de personnes ont passé l’hiver sous des tentes en périphérie des villes où elles ont rejoint les quelque 2 millions de déplacés à cause du conflit dans les Zones tribales.
Le gouvernement de coalition restait fragile et accusé de corruption et de népotisme alors que la situation sécuritaire ne cessait de se dégrader et que l’on assistait à la montée de l’intolérance religieuse. Les partis religieux ont organisé des manifestations de grande ampleur contre un projet d’amendement de la loi sur le blasphème, auquel le gouvernement a renoncé. Le gouverneur du Penjab, Salman Taseer, et le ministre fédéral des Minorités, Shahbaz Bhatti, qui étaient intervenus en faveur d’Asia Bibi, une chrétienne condamnée à mort pour blasphème, ont été assassinés respectivement en janvier et en mars 2011.
Les violences confessionnelles n’ont connu aucun répit. Les attaques, moins nombreuses qu’en 2009, ont été beaucoup plus meurtrières : plus de 500 personnes ont trouvé la mort dans des attentats-suicides revendiqués par des groupes extrémistes sunnites. Des processions chiites ont été prises pour cible en septembre 2010 à Lahore et à Quetta, où 73 personnes ont été tuées et 160 autres blessées, et des attentats-suicides ont été perpétrés contre des sanctuaires soufis au Penjab et à Karachi. 42 personnes ont été tuées et plus de 180 autres blessées en juillet 2010, à la suite d’un attentat-suicide visant le sanctuaire de Data Darbar à Lahore. Un double attentat-suicide perpétré en avril 2011 contre le sanctuaire de Sakhi Sarwar à Dera Ghazi Khan a coûté la vie à plus de 50 personnes.
La situation s’est dégradée au Baloutchistan, où les réformes votées par le Parlement n’ont pas été appliquées. On a recensé 291 enlèvements en 2010 ; des membres de la minorité hindoue figuraient au nombre des victimes. Des centaines de militants baloutches, des étudiants pour la plupart, ont disparu, beaucoup ont été retrouvés morts. Des Penjabis, notamment des enseignants, ont été assassinés.
Les violences ethniques ont fait plus de 1 000 morts en 2010 à Karachi, où les tensions entre le Muttahida Qaumi Movement (MQM, Mouvement national unifié) et l’Awami National Party (ANP, nationaliste pachtoune) se sont exacerbées en raison de l’afflux de réfugiés pachtounes.
Les opérations militaires se sont poursuivies dans les agences tribales d’Orakzai, de Mohmand et de Khyber, entraînant de nouveaux déplacements de populations. Les attaques contre les convois de l’OTAN (99 en 2010) se sont multipliées dans les Zones tribales ainsi qu’à Peshawar et aux abords d’Islamabad en juillet 2010.
On a dénombré 118 tirs de missiles de drones américains en 2010 – soit le double par rapport à l’année précédente – et 21 entre janvier et mars 2011. Ces tirs menés par la CIA avec l’assentiment des autorités pakistanaises ont essentiellement visé les membres du réseau Haqqani, basés au Nord-Waziristan et qui combattaient les forces américaines en Afghanistan. Ils ont fait au moins 900 victimes, des civils pour la plupart. 48 civils, dont des enfants, ont été tués et 50 autres blessés en mars 2011 au Nord-Waziristan, dans l’attaque la plus meurtrière depuis 2004 et qui, fait rare, a été condamnée par le général Kayani, chef d’état-major de l’armée de terre.
Des attentats ont été perpétrés à titre de représailles par le Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP, Mouvement des talibans du Pakistan) dans les villes du Penjab. Comme les années précédentes, les locaux de l’Inter-Services Intelligence (ISI, service de renseignement de l’armée pakistanaise) ont été la cible d’attentats à la voiture piégée, notamment à Faisalabad, ville industrielle jusque-là épargnée, où un attentat a fait 25 morts et plus de 130 blessés en mars 2011. D’autres attaques ont visé des civils. Une cinquantaine de personnes ont été tuées et une centaine d’autres blessées en décembre 2010 à la suite d’un attentat-suicide commis par une femme contre un centre de distribution d’aide du Programme alimentaire mondial (PAM) dans l’agence tribale de Bajaur. Le mois précédent, un attentat contre une mosquée de Dera Adam Khel (Khyber-Pakhtunkhwa) a coûté la vie à 67 personnes au moins ; plus de 100 autres ont été blessées.
Les relations avec les États-Unis se sont tendues en décembre 2010, lorsque le chef de poste de la CIA a dû quitter le Pakistan, son identité ayant été révélée dans une procédure intentée par les proches de victimes d’un tir de drone au Nord-Waziristan. Les États-Unis ont accusé l’ISI d’avoir divulgué son nom à titre de représailles peu après que le général Shuja Pasha, directeur de l’ISI, eut été désigné dans une procédure civile engagée aux États-Unis par la famille d’un rabbin victime des attentats de Mumbai en novembre 2008. Le sentiment anti-américain de la population s’est considérablement renforcé après l’arrestation, le 27 janvier 2011 à Lahore, de Raymond Davis, un supplétif de la CIA qui avait tué deux hommes, apparemment des agents de l’ISI. Le Pakistan, qui avait refusé de lui reconnaître l’immunité diplomatique, l’a finalement remis en liberté le 16 mars, après le versement par les autorités pakistanaises d’une somme de 2,3 millions de dollars (au titre du prix du sang) aux familles des victimes. La tension s’est exacerbée en mai 2011 après l’opération américaine à Abbottabad au cours de laquelle Oussama Ben Laden a été tué. Le Pakistan, qui a dénoncé une violation de sa souveraineté, a une fois de plus été accusé de mener un double jeu et l’armée s’est trouvée dans une situation embarrassante. La relation avec les États-Unis était plus que jamais caractérisée par la méfiance réciproque.
L’Inde et le Pakistan ont annoncé en février 2011 la reprise du dialogue qui avait été suspendu après les attentats de Mumbai en 2008. À la suite d’une rencontre des ministres de l’Intérieur des deux pays en mars, le Pakistan a accepté la visite d’une mission indienne dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Mumbai, pour lesquels sept suspects liés au Lashkar-e Taiba (LeT, Armée des purs), un groupe djihadiste pakistanais actif au Cachemire, étaient en instance de jugement au Pakistan. La « diplomatie du cricket » a fait renaître l’espoir d’une normalisation, le Premier ministre Yusuf Raza Gilani s’étant rendu en Inde le 30 mars 2011 pour assister à un match entre l’Inde et le Pakistan.
Le Pakistan, soucieux de jouer un rôle dans le règlement négocié du conflit afghan, s’est efforcé d’améliorer ses relations avec l’Afghanistan dans la perspective du début du retrait des forces américaines en juillet 2011.
La situation économique a continué de se dégrader. L’inflation a atteint 15 %. La pénurie d’énergie s’est aggravée et les coupures d’électricité et de gaz ont affecté l’industrie textile, déjà confrontée à une baisse de la production de coton après les inondations. Les transferts de fonds des travailleurs émigrés ont atteint 7 milliards de dollars entre juillet 2010 et février 2011, soit 20 % de plus que l’année précédente.
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