Niger 2010-2011  

Issiaka Mandé 
Mise en ligne : septembre 2011

Retour à une vie constitutionnelle normale

La junte militaire dirigée par Salou Djibo, au pouvoir à Niamey depuis le coup d’État du 18 février 2010 qui avait coupé court à la dérive autoritaire du président Mamadou Tanja, a tenu son pari d’un retour du pays à une vie constitutionnelle normale. Le processus a tout de même nécessité sept scrutins électoraux en un an. L’instauration de structures républicaines a été conduite par un comité consultatif chargé de la rédaction d’une nouvelle Constitution et par un Conseil constitutionnel chargé de la supervision et du contrôle des processus électoraux. Pour faciliter son travail et lever toute équivoque, la junte a déclaré inéligibles les militaires, les paramilitaires et les ministres.

La cohésion des militaires a cependant été mise à mal avec les arrestations en octobre 2010 du numéro 2 de la junte, le colonel Abdoulaye Badié, et d’autres officiers supérieurs soupçonnés de préparer un coup d’État, et qui critiquaient par ailleurs l’implication de la France dans la traque aux terroristes au Niger. L'enlèvement par Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), en septembre 2010, de sept expatriés étrangers (cinq Français, un Togolais et un Malgache) a en effet posé le problème de la sécurité dans le Sahel. En janvier 2011, deux Français ont trouvé la mort dans la course-poursuite entre ravisseurs et militaires qui a suivi leur enlèvement à Niamey. La guerre en Libye et la circulation des armes de guerre issues du pillage des arsenaux ont encore compliqué une situation régionale délétère, et remis en cause les stratégies économiques du pays. Dans ce contexte, l’offre de services des Touaregs pour assurer la sécurité dans le Sahel posait le problème de leur réinsertion sociale, après le désarmement dont ils avaient fait l’objet en 2009.

Seul un État nigérien fort, légitimé par un processus électoral, pourrait contenir les mouvements séditieux et assurer la sécurité sur son espace territorial. Si l’adoption du code électoral a suscité quelques controverses (sur l’obligation pour les candidats à la présidence d’avoir fait au moins trois années d’études supérieures et d’avoir entre 35 et 70 ans ; sur le fait que le Parlement ne pourrait être composé que d’un tiers d’analphabètes), la bonne volonté des civils comme des militaires a permis l’adoption d’un pacte républicain. Le mandat présidentiel a été réduit de cinq à quatre ans, renouvelable une fois. Une amnistie ne pouvant être révisée a été adoptée pour les auteurs du coup d’État. La moralisation de la vie publique et économique a permis la restitution de fonds détournés par les anciens dignitaires du régime. La communauté internationale a salué ces changements de mœurs politiques et a appuyé le processus démocratique. Les aides de l’Union européenne et de la Banque mondiale ont graduellement repris. La sérénité des consultations électorales et l’exercice libre du droit civique ont accéléré la réadmission du Niger dans les institutions régionales, africaines et internationales.

Les consultations électorales se sont achevées le 12 mars 2011 par l’élection à la présidence (avec 57,95 % des voix) de Mahamadou Issoufou, dont le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) est aussi arrivé en tête des élections municipales et législatives. La présidentielle a été marquée par le pacte liant trois candidats (le « trio Oumarou-Amadou-Ousmane ») en vue de soutenir le mieux placé d’entre eux au second tour, stratégie qui a finalement échoué. Quelques heures après sa prestation de serment, M. Issoufou a nommé Premier ministre Brigi Rafini, Touareg d’Agadez dont le parti l’avait soutenu.

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