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Depuis le 30 mars 2011, la Birmanie n’était plus une dictature militaire – du moins officiellement. Le généralissime Than Shwe a annoncé la dissolution de la junte qui dirigeait le pays depuis 1988 et le transfert du pouvoir au gouvernement issu des élections parlementaires du 7 novembre 2010.
L’armée conservait néanmoins une emprise quasi totale sur la démocratie présidentielle mise en place par la Constitution de 2008. Le président Thein Sein était ainsi un général à la retraite et l’ancien Premier ministre de la junte. Avec le commandant en chef des armées, il dirigeait le Conseil national de sécurité et de défense, autorisé à décréter l’état d’urgence en cas de menace à la sûreté de l’État. Il semblerait que Than Shwe ait formé un Conseil d’État suprême, non prévu par la Constitution, d’où il continuerait à diriger l’exécutif.
Les deux chambres du Parlement étaient également dominées par les élus du mouvement de l’armée, le Parti pour la solidarité et le développement de l’Union (PSDU), auxquels s’ajoutaient les 25 % de sièges réservés à des officiers d’active. Quant aux juges de la Cour suprême, c’étaient également des fidèles de l’armée ayant fait leurs preuves sous le précédent régime.
Remise en liberté le 13 novembre 2010, la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi était néanmoins marginalisée par le nouveau système. Le refus de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), de participer aux élections législatives du 7 novembre 2010 a certes préservé son assise morale mais l’a privé d’une base légale, le gouvernement ayant subséquemment annoncé sa dissolution.
En dépit de nombreuses restrictions dans les procédures d’enregistrement et lors de la campagne électorale, ainsi que d’importantes fraudes le jour du scrutin, les partis d’opposition qui ont opté pour la voie de la contestation à l’intérieur du système constitutionnel imposé par la junte ont remporté 20 % de l’ensemble des sièges en jeu.
Ce score était supérieur dans les assemblées provinciales de plusieurs États peuplés de minorités ethniques. Il restait à voir dans quelle mesure la décentralisation de certaines prérogatives (éducation, santé et agriculture notamment) prévue par la Constitution serait mise en œuvre, les institutions provinciales étant sous la coupe de gouverneurs membres du PSDU.
Issu d’une scission de la LND, la Force nationale pour la démocratie (FND), principal parti d’opposition et représentant la majorité ethnique bamar, n’a pas rencontré le succès attendu, avec seulement 16 sièges remportés. Cela ne l’a pas empêché d’être particulièrement actif pendant la première session parlementaire, tenue en février-mars 2011. Des sujets aussi sensibles que la corruption ou le conflit de basse intensité qui opposait l’armée à la guérilla karen ont ainsi été abordés dans les médias birmans.
À ce sujet, les combats ont repris le long de la frontière thaïlando-birmane après qu’un groupe karen a attaqué la ville frontière de Myawaddy le jour des élections. Un face-à-face tendu se poursuivait dans le nord du pays, le long de la frontière sino-birmane, avec les groupes wa et kachin, qui avaient signé des accords de cessez-le-feu avec la junte dans les années 1990 mais refusaient d’intégrer leurs troupes dans l’armée nationale birmane. Les élections n’ont pas eu lieu dans les zones contrôlées par ces groupes, dont le statut restait incertain.
En janvier 2011, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est asiatique (ANSEA) a appelé à la révision des sanctions occidentales suite aux élections de novembre 2010. Les partis d’opposition ethniques et bamar qui avaient participé au processus électoral ont aussi fait une déclaration en ce sens le mois suivant. Cependant, la LND a dénoncé des changements cosmétiques qui ne méritaient pas un amendement des sanctions imposées par les États-Unis, l’Union européenne, le Canada et l’Australie contre la Birmanie depuis les années 1990. Ces pays ont soutenu la position du parti d’Aung San Suu Kyi et, tout en appelant au dialogue entre le nouveau régime et la LND, ont maintenu leurs mesures restrictives d’ordre diplomatique et économique.
Le gouvernement birman était marginalement atteint par ces sanctions que les nations asiatiques rejetaient. La Chine a poursuivi la construction d’un oléoduc et d’un gazoduc sur le territoire de la Birmanie, tandis qu’une entreprise thaïlandaise initiait un port en eau profonde assorti d’une zone industrielle sur la face birmane de l’isthme de Kra.
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