Mozambique 2010-2011  

Marianne Séverin 
Mise en ligne : septembre 2011

Entre une « supposée » stabilité politique et une crise socio-économique sans précédent

Conforté par sa victoire écrasante (75 %) lors des dernières échéances électorales de 2009, le président Armando Guebuza a opté pour une politique de centralisation du pouvoir. Alors qu’habituellement le Comité politique du Front de libération du Mozambique (Frelimo) était consulté afin de maintenir un équilibre entre les factions au sein du parti, cette « coutume » a été abandonnée au profit de nominations gouvernementales s’appuyant sur la loyauté au chef de l’État. La sphère économique n’échappait aucunement à cette tendance, puisque de grandes figures politiques du Frelimo ou certains membres de leurs familles étaient très actifs dans l’économie du pays, créant ainsi des conflits d’intérêts et une propension à la corruption.

Parallèlement à cette centralisation du pouvoir, les deux principales forces d’opposition du pays, la Résistance nationale mozambicaine (Renamo) et le Mouvement démocratique du Mozambique (MDM), se trouvaient régulièrement dans l’incapacité d’exercer leur rôle de contre-pouvoir à l’Assemblée nationale. Harcelée par les forces de sécurité, la Renamo voyait ses réunions politiques illégalement interrompues et ses membres détenus. Le jeune MDM était, quant à lui, limité dans ses interventions au Parlement par le nombre restreint de ses représentants, ne lui donnant pas le droit de proposer des lois – le gouvernement considérant que seuls les parlementaires du Frelimo avaient la légitimité de légiférer.

Cette nouvelle donne politique a ainsi eu pour conséquence, en mars 2010, de provoquer le mécontentement des bailleurs de fonds, qui ont appelé à la suspension des aides accordées au gouvernement mozambicain depuis la fin de la guerre civile en 1992. Ils ont jugé que le « processus politique démocratique et libre » n’était pas été respecté, les réformes de fond du système politique et judiciaire et les lois anticorruption n’étant elles-mêmes pas mises en place.

Au niveau économique, alors que le Mozambique avait un taux de croissance exceptionnel de 6,5 % du PIB en 2010, il a subi de plein fouet une hausse des prix des denrées alimentaire de base (due à la spéculation sur les matières premières), provoquant une augmentation du coût de la vie. Cette nouvelle conjoncture économique a plongé plus encore dans la misère les 65 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, d’autant plus que le gouvernement supprimait méthodiquement les subventions qu’il avait lui-même mises en place en vue des élections de 2009. Face à cette flambée des prix, des émeutes contre la vie chère se sont déclenchées dans le pays en septembre 2010. En réponse à ces émeutes, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles, tuant sept personnes et en blessant quatre cent quarante. Dans un but d’apaisement, le gouvernement a proposé un gel des prix et, surtout, le président a annoncé qu’il ne se représenterait pas pour un troisième mandat.

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