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En 2010, la violence est restée au centre de l’agenda mexicain, et la stratégie du gouvernement de Felipe Calderón a rencontré des difficultés. La lutte frontale contre les cartels de la drogue a conduit à l’arrestation et à la mort de nombreux capos du narcotrafic, sans pour autant diminuer la puissance des cartels dans leur ensemble : les chefs ont été remplacés, de nouveaux cartels sont apparus, de nouvelles alliances entre groupes ont été tissées et le cartel du Sinaloa a consolidé sa position dominante. Les homicides liés à la criminalité organisée ont atteint en 2010 le record de 15 273, dont 50 % dans le Chihuahua, le Sinaloa et le Tamaulipas. Les fusillades et les découvertes de charniers récurrentes ont culminé avec la découverte, en avril 2011, de plus de 180 cadavres dans des fosses situées dans la municipalité de San Fernando (Tamaulipas), et de 220 corps dans des charniers dans le Durango. Les chiffres des homicides n’incluent d’ailleurs pas les disparitions, dont l’augmentation n’a pas reçu de la part des autorités une attention à la mesure du phénomène.
L’exécution de 72 Centre- et Sud-Américains en août 2010 a jeté une lumière crue sur la condition des migrants passant par le Mexique : extorsion, enlèvements, violences commises par la criminalité organisée, les autorités et la population. La mobilisation de la société a abouti à l’adoption, fin avril 2011, d’une loi reconnaissant une série de droits, dont celui à la justice, pour les migrants en situation irrégulière.
Les violences extrêmes ont généré trois grands courants d’opinion, à commencer par le mouvement de reconnaissance et de réhabilitation des victimes qui a donné lieu à la loi sur l’accès des femmes à une vie libre de violence, à la loi anti-enlèvements ou à la loi migratoire déjà mentionnée. D’autres prônaient une « justice sommaire » contre les délinquants, position qu’assumaient désormais publiquement certains responsables de la sécurité. Enfin, une partie de la société mexicaine, et celle de gauche en particulier, répudiait la stratégie de « guerre » contre le narcotrafic : en mai et juin 2011, une « marche nationale pour la paix et la justice » a demandé « sécurité citoyenne » et respect des droits de l’homme au gouvernement. En revanche, les voix appelant l’avènement d’un État de droit disposaient d’un espace politique réduit, comme en témoignait l’« affaire Florence Cassez ». La Française, jugée et emprisonnée pour enlèvement, s’est ainsi trouvée à la croisée des tendances évoquées ci-dessus : hypermédiatisation de l’action des forces de l’ordre, respect approximatif du processus légal, opinion publique demandeuse de fermeté face à la grande criminalité.
Une série de tensions avec les États-Unis s’est développée sur ce fond de violence. Les deux gouvernements s’étaient pourtant rapprochés suite à l’opposition du président Obama à la loi SB 1070 votée dans l’Arizona, qui durcissait considérablement le contrôle et les sanctions à l’égard des immigrés clandestins. Mais, si l’application des mesures les plus controversées de cette loi a été judiciairement suspendue, d’autres États américains ont préparé des projets similaires.
Des tensions majeures sont apparues dans le champ de la sécurité, thème pourtant crucial dans la relation bilatérale depuis la signature de l’initiative de Mérida en 2008 (programme de coopération visant à renforcer les capacités mexicaines de sécurisation de son territoire). Après les propos de la secrétaire d’État Hillary Clinton selon lesquels la situation du Mexique était comparable à celle de la Colombie dans les années 1990, les déclarations de hauts responsables américains sur la dangerosité de la situation mexicaine se sont succédé. Un autre palier a été franchi avec la publication par WikiLeaks de la correspondance de l’ambassadeur américain au Mexique, dans laquelle il mettait en doute la capacité du gouvernement mexicain à lutter contre le narcotrafic. Après des mois de malaise, il a été rappelé à Washington. Enfin, l’assassinat de deux agents américains au Mexique en février 2011 a porté les tensions à leur comble, les États-Unis faisant pression sur Mexico pour que les responsables soient arrêtés. L’événement a surtout révélé au public l’opération secrète américaine consistant à écouler des milliers d’armes, dont une partie vers le Mexique, pour en suivre la trace.
La commémoration en 2010 de deux événements fondateurs du Mexique moderne, l’indépendance et la révolution, a été l’occasion pour le président Calderón d’appeler à l’« unité nationale ». Mais, depuis 2006, la préparation de ces événements a fait apparaître les clivages politiques et mémoriels de la société politique mexicaine. La célébration de la révolution de 1910, référence nationaliste par excellence, était d’autant plus malaisée pour le Parti d’action nationale (PAN) au pouvoir que ses opposants, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti de la révolution démocratique (PRD), s’en réclamaient les héritiers. Le programme des festivités a finalement misé sur des inaugurations et des spectacles à gros budget, mettant en scène allégories et représentations folkloriques.
Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, les élections gouvernatoriales ont révélé les rapports de forces entre les partis et leurs stratégies pour conquérir le pouvoir. En juillet 2010, même si le PRI a remporté la victoire dans neuf des douze États concernés, des coalitions entre le PAN (droite, au pouvoir) et le PRD (gauche, dans l’opposition) ont permis de lui ravir trois États qu’il avait toujours gouvernés, dont l’« enclave autoritaire » de l’Oaxaca. La poursuite de ces « alliances électorales des extrêmes » pour les nouvelles élections gouvernatoriales de juillet 2011 a été fortement contestée au sein du PRD. Dans l’État de Mexico, dont les élections étaient considérées comme annonciatrices du scrutin de 2012 du fait de l’importance de sa population et de la projection qu’elles donneraient à son gouverneur, Enrique Peña Nieto (PRI), le PAN et le PRD ne se sont pas alliés, après moult controverses. Dans le jeu des alliances pour le scrutin présidentiel, la puissante dirigeante du syndicat de l’Éducation, Elba Esther Gordillo, allait être, comme elle l’était depuis quinze ans, un acteur décisif dans la stratégie des candidats à l’élection.
Après la chute brutale du PIB en 2009 (– 6,6 %), l’année 2010 a été marquée par une reprise de l’activité économique, avec une croissance de 5,5 %. Plus que par la consommation intérieure, la croissance a été relancée par les exportations, en particulier de l’industrie manufacturière (secteur des transports et de l’automobile à destination des États-Unis). La hausse des prix du pétrole a également contribué à la reprise, même si la production de brut par l’entreprise Pemex (Pétroles mexicains) a diminué pour la sixième année consécutive. La balance commerciale est toutefois restée déficitaire, de 3,6 milliards de dollars à la fin de l’année 2010 (principalement au bénéfice des États-Unis).
Malgré des finances publiques saines (dette publique correspondant à 34,8 % du PIB, déficit public de 1,6 % du PIB), le gouvernement cherchait depuis plusieurs années à promouvoir une réforme fiscale dans la perspective de l’épuisement de l’économie pétrolière. Le consensus politique nécessaire à une telle réforme n’a pas été trouvé en 2010, notamment du fait des divisions du PRI à ce sujet.
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