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L’année a été marquée par une montée de la protestation au Sahara occidental. En octobre 2010, un campement a été érigé par des habitants de Laâyoune à une dizaine de kilomètres du chef-lieu de la région. En quelques semaines, des milliers de tentes étaient dressées en signe de contestation contre des conditions économiques difficiles, mais aussi contre la corruption des représentants locaux du pouvoir central. À la base, ces revendications avant tout sociales n’étaient pas directement liées au conflit autour du statut du Sahara occidental, dont la résolution est restée au point mort après l’organisation de trois rencontres en un an entre le Front Polisario, qui plaide pour l’indépendance de la région, et le gouvernement marocain, qui prône une plus grande autonomie de celle-ci, mais sous sa souveraineté.
Le 8 novembre 2010, le démantèlement du camp d’Agdim Izik a dégénéré en affrontements qui se sont étendus jusqu’à Laâyoune et ont fait 13 morts, dont 11 victimes parmi les forces de l’ordre. Une vidéo diffusée par les autorités marocaines le 16 novembre mettait en scène les sévices infligés à certains agents. Elle a suscité une émotion d’autant plus vive qu’elle contredisait les accusations d’un parti espagnol affirmant que les pouvoirs publics marocains s’étaient rendus responsables de violations des droits de l’homme. En réponse, une manifestation d’unité nationale a rassemblé 2 millions de personnes (d’après les chiffres officiels) le 28 novembre à Casablanca. La tension est à nouveau montée dans les relations entre les deux pays suite à l’adoption par les députés espagnols d’une motion demandant au gouvernement marocain de « condamner les incidents violents du 8 novembre ».
Le début de l’année 2011 a constitué un autre moment de montée en puissance des mobilisations, cette fois directement dirigées contre le fonctionnement du régime politique. L’annonce, mi-février, d’une hausse des subventions aux biens de première nécessité (qui a entraîné le quasi-doublement du budget de la Caisse nationale de compensation) n’a pas empêché la cristallisation de la protestation. Dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, un groupe de jeunes blogueurs marocains, regroupés au sein du « Mouvement du 20-février », a organisé une première manifestation à l’échelle nationale le 20 février 2011. Dans un premier temps, les revendications du Mouvement étaient focalisées contre le gouvernement et appelaient à l’instauration d’une véritable monarchie constitutionnelle. Elles semblaient par ailleurs affaiblies par la forte fragmentation du champ politique : 20 partis siégeaient à la Chambre basse du Parlement et seuls deux partis d’extrême gauche (ainsi que des syndicats et des associations de défense des droits politiques) soutenaient le mouvement protestataire à ses débuts. Les revendications ont cependant par la suite ciblé de plus en plus ouvertement les cercles proches du Palais et le roi lui-même, les manifestants réclamant notamment son retrait du monde des affaires.
Dans son discours du 9 mars 2011, le roi a annoncé des réformes importantes, entre autres une réforme constitutionnelle propre à garantir davantage de pouvoir au Premier ministre et au gouvernement, ainsi qu’au Parlement. Mais la violente répression dont ont été victimes des manifestants le 13 mars a largement décrédibilisé les promesses royales, entraînant une radicalisation de la protestation et l’affirmation d’une alliance inédite entre deux courants ayant en commun de chercher à limiter très sensiblement les attributions royales : l’extrême gauche marocaine et l’association Al Adl wal Ihsane (Justice et Bienfaisance), considérée comme le plus important mouvement islamiste au Maroc. Cependant, la complexité des alliances au sein du Mouvement du 20-février et la nature hétéroclite de sa composition, ainsi que l’ambiguïté de la position de l’État à son égard, donnaient à cette vague de protestation un caractère mouvant et insaisissable, tandis que des groupes se formaient sur Facebook pour soutenir le discours royal et organiser une manifestation de fidélité au roi le 10 avril en défendant le projet de réforme annoncé par le souverain. Présenté mi-juin, le projet de réforme constitutionnelle a été approuvé par référendum le 1er juillet 2011.
Sur le plan économique, le pays a persévéré dans sa stratégie d’augmentation des dépenses d’investissement pour attirer les capitaux étrangers à travers la mise en œuvre de politiques publiques notamment axées sur le développement des infrastructures dans le monde rural (plan Maroc vert), la modernisation de la pêche (plan Halieutis) et la construction de logements sociaux. Si le gouvernement a revu à la baisse les objectifs de création d’emplois du plan Émergence II (2009-2015) visant à promouvoir le secteur privé à l’export et à créer de nouvelles plateformes industrielles aux standards internationaux, il a maintenu sa cible de 6 % de croissance annuelle moyenne sur le long terme. Dans le secteur du tourisme, un nouveau plan sur dix ans, Vision 2020, a été lancé. Il a pour objectif de doubler le nombre d’entrées, malgré des résultats moins importants qu’escomptés pour 2010, notamment en raison des retards pris dans la construction des complexes hôteliers du plan Azur.
Pour financer un déficit budgétaire de 4 % du PIB en 2010, le pays a par ailleurs lancé fin septembre 2010 une émission obligataire d’un milliard d’euros sur les marchés financiers internationaux. Avec un taux de 4,5 % sur dix ans, celle-ci a été considérée comme une réussite par le gouvernement et comme la traduction d’une « reconnaissance internationale des efforts de réforme et de développement consentis par le Maroc », d’après les mots du ministre de l’Économie, Salaheddine Mezouar.
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