Mali 2010-2011  

Thomas Hofnung 
Mise en ligne : septembre 2011

Deux chocs extérieurs majeurs

À quelques mois du scrutin présidentiel, prévu en 2012, le Mali affrontait, en mars 2011, une période très délicate. La multiplication dans la région du Sahel des prises d'otages de ressortissants occidentaux, notamment français, avait quasiment interrompu les flux touristiques dans le nord du Mali, une région désertique dépourvue de ressources. Une partie importante du territoire malien était désormais classée en « zone orange » ou en « zone rouge » par les chancelleries occidentales, autrement dit fortement déconseillées pour les touristes.

En juillet 2010, les forces françaises et mauritaniennes avaient lancé une opération armée conjointe en territoire malien pour tenter de libérer l'humanitaire Michel Germaneau, enlevé dans le nord du Niger quelques mois auparavant. Sans succès : quelques jours après ce raid, AQMI annonçait son exécution. En janvier 2011, c'était au tour de deux jeunes Français d'être enlevés à Niamey, la capitale du Niger, par les terroristes. Ils ont été retrouvés morts à la suite d'un assaut des forces spéciales françaises, là encore en territoire malien, contre les ravisseurs.

Les autorités de Bamako s'inquiétaient de la montée en puissance d'AQMI grâce aux rançons versées par d'autres gouvernements occidentaux pour obtenir la libération de leurs ressortissants, et de son pouvoir d'attraction accru sur une jeunesse désœuvrée.

En février 2011, le nord du Mali était à nouveau déstabilisé, cette fois par la guerre qui a éclaté en Libye. Depuis sa prise de pouvoir en 1969 à Tripoli, le colonel Kadhafi avait toujours cherché à exercer son emprise dans la zone sahélienne, encourageant d'une main les mouvements rebelles touaregs, favorisant de l'autre les accords de réconciliation. Surpris par l'insurrection, le régime de Tripoli a réagi en recrutant des combattants étrangers, en particulier parmi les populations touaregs du nord du Mali. Dans l'attente de l'issue de ce conflit, les autorités de Bamako redoutaient le retour de ces combattants armés et stipendiés par Tripoli.

Ces deux chocs sont survenus alors que le Mali était parvenu à redresser une situation économique dégradée par la crise économique mondiale. En 2009, le PIB malien a affiché un taux de croissance de 4,3 %, tandis que l'inflation était contenue à 2,2 %, contre 9,2 % en 2008. Pour 2010, le Fonds monétaire international prévoyait un taux de croissance de l'ordre de 6 % grâce à une relance de la production aurifère et une pluviométrie favorable laissant présager de bonnes récoltes.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.