Madagascar 2010-2011  

Francis Soler 
Mise en ligne : septembre 2011

Une transition qui traîne en longueur

Deux ans après avoir renversé Marc Ravalomanana (mars 2009), le président de la Haute Autorité de transition (HAT) Andry Rajoelina, dit « TGV », était toujours en fonction, après avoir réussi à déjouer les pressions internationales aussi bien que la contestation de ses opposants intérieurs. La période de transition vers de nouvelles élections s’éternisait, contribuant peu à peu à enfoncer le pays dans le marasme économique et la crise sociale.

La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui s’opposait au début frontalement à Rajoelina, a mis de l’eau dans son vin : son médiateur, l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano, a élaboré une feuille de route pour sortir de la crise malgache reconnaissant à TGV le rôle de chef de la transition et acceptant que l’ancien président Ravalomanana ne soit pas autorisé à rentrer dans son pays avant les prochaines élections. Cette feuille de route, rejetée par l’opposition malgache, devait être soumise à l’approbation d’un sommet extraordinaire des chefs d’État de la SADC, prévu pour mai 2011. Si elle était avalisée à cette occasion, TGV pourrait alors compter sur une certaine reconnaissance internationale et sur une reprise partielle de l’aide en vue de la tenue d’élections législatives et présidentielle fin 2011 ou début 2012. Mais, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre quelques mois plus tôt pour donner des gages de neutralité à la communauté internationale, il se préparait à se présenter au prochain scrutin présidentiel. Dans ce but, il a fait adopter en 2010 une nouvelle Constitution abaissant l’âge légal pour pouvoir être candidat à un tel scrutin.

Fin mars 2011, TGV a également opéré un remaniement ministériel, reconduisant Camille Vital, qui n’avait pas d’ambition présidentielle, au poste de Premier ministre et intégrant dans sa nouvelle équipe des dissidents du parti Tiako i Madagasikara (TIM, le parti de Ravalomanana) et des personnalités comme l’ancien vice-Premier ministre Pierrot Rajaonarivelo.

Du fait de cette crise politique, l’aide internationale s’est à nouveau raréfiée, ce qui a poussé TGV à faire feu de tout bois pour essayer d’obtenir des financements. C’est ainsi que les entreprises chinoises ont pu faire une percée dans le secteur minier, avec l’attribution d’un permis d’exploitation du fer de Soalala à la compagnie Wisco, en contrepartie du paiement de 100 millions de dollars au gouvernement malgache. La HAT s’est aussi engagée dans un bras de fer avec la société Madagascar Oil, afin de lui retirer certains permis pétroliers convoités par la société China International Fund (CIF). Ainsi s’accentuait une tendance perceptible depuis 2009, lorsque la Chine s’était classée au premier rang des fournisseurs de Madagascar (près de 30 % des investissements étrangers).

Bien qu’en augmentation (de 180 à 255 millions dollars entre 2008 et 2010), l’assistance internationale aux projets sociaux (eau, éducation, etc.) était trop fragmentée pour être efficace. De plus, elle était surtout distribuée à des acteurs non gouvernementaux et ne pouvait donc empêcher les services sociaux de l’État de se dégrader à toute allure. L’effondrement du BTP et des entreprises textiles de la zone franche, sinistrés à cause du tarissement des aides internationales et des sanctions contre le gouvernement de TGV, engendrait sous-emploi et chômage. Bilan : le pouvoir d’achat des ménages était au plus bas, les inégalités se creusaient et l’insécurité s’accroissait, rappelant que la Grande Île était un des pays les plus pauvres de la planète.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.