Kirghizstan 2010-2011  

Sébastien Peyrouse 
Mise en ligne : septembre 2011

Kourmanbek Bakiev renversé

Le renversement du président Kourmanbek Bakiev a certainement été l’événement le plus important de l’année 2010 pour toute l’Asie centrale. En poste depuis 2005, K. Bakiev n’avait cessé de concentrer le pouvoir politique et économique entre les mains de sa famille, en particulier son fils et ses frères. Début 2010, il avait fait adopter de nouveaux amendements constitutionnels lui accordant des prérogatives étendues qui étaient jusque-là sous la responsabilité du cabinet des ministres. Cette nouvelle mesure, ajoutée à la corruption ouverte de l’appareil administratif et au mécontentement croissant de la population face aux hausses des prix de l’essence et des produits de première nécessité, a mis le feu aux poudres. Lâché par la Russie irritée de voir les prêts récemment accordés en partie détournés par sa famille, K. Bakiev a été renversé le 7 avril et a dû chercher refuge en Biélorussie.

Un gouvernement provisoire dirigé par Roza Otounbaeva, ancienne ministre des Affaires étrangères, s’est engagé à lancer de vastes réformes politiques, économiques et sociales, symbolisées par deux rendez-vous électoraux. En juin 2010, un référendum a approuvé à plus de 90 % des voix une révision constitutionnelle, qui a permis de passer d’un régime présidentialiste à un système parlementaire. En octobre, des élections législatives ont vu les sièges de l’Assemblée partagés entre les cinq partis politiques ayant pu franchir le seuil des 5 % de suffrages : Ata Zhurt (8,89 %), le Parti social-démocrate (8,13 %), Ar Namys (7,74 %), Respublika (7,25 %) et Ata-Meken (5,6 %).

L’autre événement politique du Kirghizstan, imprévu, a été les violents affrontements entre Kirghizes et Ouzbeks survenus en juin 2010 au sud du pays, à Och, et qui ont conduit à la mort de 500 à 2 000 personnes, suivant les données. Du 11 au 14 juin, des Kirghizes ont incendié le bazar d’Och, pillé les magasins et organisé des pogroms à l’encontre des Ouzbeks dans les quartiers où ces derniers étaient majoritaires. Les causes profondes de ces violences étaient multiples : instrumentalisation des identités ethniques, jeux mafieux, concurrences politiques, le tout sur fond de paupérisation massive.

Malgré un calme relatif revenu à la fin de l’année 2010, la difficulté à composer un nouveau gouvernement a témoigné de la difficile stabilisation du pays. Les enjeux liés au contrôle des ressources économiques, en particulier les trafics illégaux – drogue et prostitution –, continuaient de dominer la réalité des rapports de force entre élites. La réorganisation des réseaux du trafic de drogue, jusque-là aux mains de la famille du président déchu Bakiev, risquait de susciter de nouvelles tensions et d’accroître les niches administratives et politiques fonctionnant en collusion avec les milieux criminels.

Alors que les événements politiques de 2010 ont largement paralysé l’économie et les échanges extérieurs, le nouveau gouvernement faisait face à une crise sociale généralisée (chômage, inflation, pénurie d’énergie, accès à la terre de plus en plus restreint face à la croissance démographique, migrations massives de la force de travail, etc.). Par ailleurs, la sécheresse de l’été 2010 en Russie et au Kazakhstan a entraîné une forte augmentation des prix des céréales, et donc du pain et de l’alimentation de base. L’adoption de mesures comme la nationalisation des entreprises qui étaient sous le contrôle de l’ancienne famille présidentielle ne pouvait suffire, et la restauration d’une relation de confiance entre Kirghizes et Ouzbeks serait un travail de longue haleine.

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