Kénya 2010-2011  

Hervé Maupeu 
Mise en ligne : septembre 2011

Entrée en vigueur de la nouvelle Constitution

En 2011, le Kénya pansait encore les plaies des violences de 2008. Aux termes de la Constitution adoptée en août 2010, les forts pouvoirs de l’exécutif ont été compensés par les importantes compétences de contrôle du Parlement, et le pouvoir judiciaire était censé être indépendant. Ainsi, la dyarchie (Président et Premier ministre) instaurée après la crise de 2008 a disparu. Cette reconfiguration s’est accompagnée d’une forte décentralisation, avec 47 comtés représentés au niveau national par une seconde chambre, le Sénat. De nombreux analystes craignaient que l’ancienne élite politique évincée lors des élections de 2007 ne reprenne le pouvoir à travers les régions qui leur permettraient de rénover leur système de patronage, certains allant jusqu’à pronostiquer que les cartels de la drogue jouiraient ainsi d’une meilleure protection. D’autres soulignaient la difficulté de faire fonctionner ce système politique avec des partis qui n’étaient encore que des machines électorales faiblement organisées et sans idéologie clairement énoncée.

L’entrée en vigueur de la Constitution se faisait progressivement, selon des modalités de transition devant mener aux élections générales d’août 2012. Cette situation de campagne électorale a rendu la gestion du gouvernement de coalition très agressive, d’autant que les contours des forces politiques ont significativement évolué. En 2009, le Premier ministre Raila Odinga a perdu le soutien de la plupart des députés kalenjin, hostiles à sa position sur la gestion de la forêt Mau. Tandis que R. Odinga demandait l’expulsion des squatteurs, politiciens et notables (dont l’ancien président de la République Daniel arap Moi) qui y accaparaient des terres et les défrichaient depuis une vingtaine d’années, les parlementaires kalenjin exigeaient qu’ils soient indemnisés. Le divorce s’est confirmé lorsque la Cour pénale internationale (CPI) a divulgué le nom de six hauts responsables susceptibles d’être inculpés pour crimes contre l’humanité du fait de leur implication dans les massacres de 2008. Le gouvernement a tenté de sauvegarder leur immunité alors que R. Odinga a soutenu l’action de la CPI, qui a finalement cité les six suspects à comparaître le 7 avril 2011. Le camp présidentiel était lui aussi fragilisé par des divisions : Mwai Kibaki ne pouvant se représenter en 2012, de nombreux prétendants se disputaient sa succession.

Dans le domaine économique, l’agriculture a connu une année correcte, avec des cours du thé et du café plutôt élevés. Le secteur touristique a retrouvé le sourire. Mais le cours de la vie a beaucoup augmenté et les salariés se plaignaient d’une baisse de leur pouvoir d’achat. Dans un pays où les ménages consacrent en moyenne 45 % de leur budget à la nourriture, la forte hausse des prix de l’alimentation a eu des effets dévastateurs. Dans les zones semi-désertiques, la persistance de la sécheresse a donné lieu à des famines que l’administration n’a guère anticipées, confirmant la détérioration de la qualité des services publics.

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