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Encore une fois, la vie politique italienne a été marquée par les scandales, qui ont impliqué directement Silvio Berlusconi et des membres de son entourage, et qui ont fortement entamé le crédit politique et moral du président du Conseil. Ils se sont accompagnés d’un net affaiblissement des soutiens dont celui-ci bénéficiait, d’une part dans les milieux sociaux qui, comme le patronat ou une partie du monde catholique, avaient contribué au succès de son parti, le Peuple de la liberté (PDL), aux élections législatives d’avril 2008, d’autre part au sein de sa majorité parlementaire, et même, comme l’ont montré les scrutins locaux de mai 2011, dans son électorat. Au point que son maintien au pouvoir jusqu’aux prochaines élections générales, prévues en 2013, paraît de plus en plus incertain.
Poursuivi depuis plusieurs années dans deux affaires (fraude fiscale et constitution d’une caisse noire, corruption de témoin dans une procédure pénale le concernant), S. Berlusconi était parvenu à échapper aux procès en faisant valoir la loi dite de « l’empêchement légitime », qui autorisait un membre du gouvernement à se soustraire aux convocations de la justice en arguant de ses obligations institutionnelles. L’annulation partielle de cette loi par la Cour constitutionnelle, le 13 janvier 2011, a mis fin à cette situation. Non seulement les procès à son encontre ont repris fin mars, mais cette annulation a encouragé le parquet de Milan à ouvrir, immédiatement après, une enquête dans le cadre de l’« affaire Ruby ». La révélation par le quotidien de gauche La Repubblica, fin octobre 2010, d’une intervention du président du Conseil pour faire libérer une mineure surnommée « Ruby », arrêtée pour vol et qui aurait participé à des soirées libertines tarifées en sa présence, a été l’amorce d’un scandale retentissant. Les récits se sont succédé dans la presse des fêtes de débauche dans la résidence de S. Berlusconi, du rôle peu reluisant joué par certains de ses proches (élus ou célèbres journalistes) dans le recrutement des jeunes filles, des cadeaux qu’il leur offrait et des appartements qu’il mettait à leur disposition. Le président du Conseil a eu beau avancer qu’il s’agissait là de sa vie privée et qu’il ne pouvait lui être reproché d’« aimer la vie et les femmes », l’enquête judiciaire a abouti début février 2011 à son renvoi en jugement immédiat pour abus de pouvoir et prostitution de mineure.
Outre qu’ils font peser le risque d’une condamnation judiciaire qui entraînerait inévitablement une crise de gouvernement, ces scandales ont suscité une vague de réprobation considérable. Dès le déclenchement de l’« affaire Ruby », les partis d’opposition, Parti démocratique (PD) en tête, ont réclamé, sans résultat, la démission du président du Conseil. De nombreux intellectuels ont appelé à « se rebeller » contre la corruption de la vie publique et plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté dans tout le pays, le 13 février 2011, pour protester contre l’« image dégradante de la femme » véhiculée par S. Berlusconi. Mais les critiques sont allées bien au-delà de la seule gauche et des mouvements antiberlusconiens. Les autorités ecclésiastiques ont exprimé leur indignation face à la « baisse de qualité » éthique de la politique et se sont inquiétées ouvertement du « flottement du pays ». Les milieux entrepreneuriaux, par la voix notamment de la présidente de la principale confédération patronale (la Confindustria), ont fait de même, tout en s’élevant contre la « paralysie » et l’« inefficacité » de l’action gouvernementale en matière économique et en dénonçant son absence de projets susceptibles de moderniser le tissu industriel (infrastructures, réformes de l’emploi).
Certes, la politique d’austérité engagée en 2009 par le ministre de l’Économie, Giulio Tremonti, a permis une réduction des déficits publics (5,3 % du PIB en 2010), mais au prix d’un très fort endettement de l’État (1 850 milliards d’euros, soit près de 120 % du PIB) qui, bien que 60 % de cette dette soit détenue par des nationaux, rend l’Italie vulnérable vis-à-vis des marchés financiers. La loi de finances de 2010 a poursuivi une telle politique : réduction importante (10 %) des dépenses de l’État ; gel des recrutements et des salaires dans la fonction publique ; forte baisse des transferts financiers de l’État aux régions. Cependant, en raison notamment de l’absence de réformes structurelles et d’un programme de soutien aux entreprises et à l’emploi en mesure de relancer l’activité, la croissance a été en 2010 peu soutenue (+ 1 %) et le chômage est resté élevé (8,3 % de la population active, 30 % des jeunes entre 18 et 24 ans).
Affaibli par les scandales et confronté à une situation économique difficile, S. Berlusconi a été également contesté au sein de son propre camp par l’un de ses principaux alliés depuis son entrée en politique début 1994 : Gianfranco Fini, leader du parti conservateur Alliance nationale jusqu’à la fusion avec le parti créé par S. Berlusconi, Forza Italia, qui a donné naissance au PDL en mars 2009. L’accord a été de courte durée : de plus en plus critique à l’égard du président du Conseil (accusé de césarisme et de mépris de la légalité) et de l’action gouvernementale (en raison notamment de l’influence qu’y joue la Ligue du Nord), G. Fini a abandonné le PDL fin juillet 2010. Suivi par 33 députés et 10 sénateurs, il a créé un groupe parlementaire autonome, Futur et liberté pour l’Italie (FLI, qui s’est constitué en parti politique le 13 février 2011).
Le refus de S. Berlusconi de négocier avec les « finiens » un nouveau contrat de gouvernement qui leur serait plus favorable a conduit à la rupture : le 15 novembre 2010, quatre ministres proches de G. Fini ont quitté le gouvernement ; le 14 décembre, Futur et liberté s’est associé à l’opposition pour voter une motion de censure déposée par le PD. Même si la confiance a été renouvelée lors de ce vote, la très courte majorité à la Chambre des députés (314 voix contre 311) a fragilisé le gouvernement. Les possibilités de trouver de nouveaux alliés institutionnels sont réduites, face au refus des petits partis centristes d’intégrer la majorité parlementaire. Seules les défections individuelles pourraient venir renforcer cette majorité (à l’instar de celles de 8 députés et 2 sénateurs « finiens » en février 2010), à la faveur de tractations suspectes insuffisantes pour garantir sa stabilité durable.
Le resserrement de la majorité parlementaire a renforcé le poids de la Ligue du Nord, devenue le seul partenaire important du PDL au gouvernement. Les positions de ce mouvement xénophobe et ethno-régionaliste ont influé de façon déterminante sur l’agenda gouvernemental. Issu de ses rangs, le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni a été en première ligne dans la dénonciation du « fardeau » que ferait peser sur l’Italie l’afflux d’immigrés illégaux à la suite, notamment, de la révolution tunisienne et des événements en Libye (qui ont rendu caduc l’accord passé en 2008 entre S. Berlusconi et Mouammar Kadhafi, qui prévoyait un contrôle des départs de migrants sur le territoire libyen en échange d’aides financières). Si les arrivées de clandestins sur les côtes italiennes ont crû de manière notable (entre 20 000 et 25 000 de janvier à mai 2011 contre 4 300 sur toute l’année 2010) et poussé le gouvernement à prendre des mesures d’urgence coûteuses (réouverture de centres d’accueil, transferts des réfugiés dans des régions continentales), celui-ci les a également instrumentalisées dans sa dénonciation de la « menace » migratoire et de l’impuissance de l’Union européenne (accusée d’avoir « abandonné » l’Italie) à y faire face.
Reprochant à S. Berlusconi ses faiblesses dans les négociations avec la France et la Commission européenne pour contenir l’immigration et en partager le « fardeau » à l’échelle communautaire, ainsi que la lenteur du gouvernement dans la mise en œuvre du fédéralisme fiscal (destiné à offrir aux riches régions du Nord une autonomie financière accrue), la Ligue pourrait être tentée de renoncer à le soutenir. Certains de ses dirigeants sont d’autant plus favorables à cette ligne que les élections locales partielles de mai 2011 ont été marquées par un net recul de la droite dans toute l’Italie du Nord, qu’ils ont imputé au discrédit du « berlusconisme ». Même dans le cas où la majorité actuelle parviendrait à maintenir sa cohésion et S. Berlusconi à rester au pouvoir jusqu’au terme de la législature, sa succession n’en est pas moins ouverte. Celui-ci a du reste évoqué mi-avril son retrait de la politique active, en déclarant qu’il ne souhaitait pas de « rôle opérationnel » après 2013. La forme que pourrait prendre cette succession reste très incertaine, dans l’attente d’élections législatives qui redessineraient les rapports de forces politiques et, par là, des alliances parlementaires alternatives à celles du berlusconisme finissant.
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