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Les tensions politiques nées en Iran après l’élection de Mahmoud Ahmadinedjad en juin 2009 ne se sont pas atténuées. Certes, la forte répression qui s’est traduite par de nombreuses arrestations et condamnations de sympathisants du Mouvement vert a mis fin en 2010 aux manifestations de masse.
Pourtant, loin d’être annihilé, le Mouvement vert s’est définitivement installé dans une situation d’opposition. Le site Kaleme, proche de Mir Hossein Moussavi, a ainsi développé une critique quasi quotidienne des actions du régime et de l’ensemble des politiques menées, bien au-delà de la dénonciation de la répression. Le Mouvement vert a notamment critiqué les orientations économiques du gouvernement, pour élargir sa base sociale en insistant sur les nombreuses difficultés de l’industrie iranienne et sur la dégradation des conditions de vie de la classe ouvrière. Par ailleurs, l’opposition iranienne a montré qu’elle gardait une capacité de mobilisation à l’occasion des manifestations de soutien aux révolutions en Tunisie et en Égypte organisées à la mi-février 2011.
Le Mouvement vert s’est retrouvé au centre des luttes politiques. Hachemi Rafsandjani, ancien président de la République, qui l’avait soutenu, a continué d’être fortement attaqué en 2010. M. Ahmadinedjad a ainsi essayé de prendre le contrôle de la puissante université Azad-Eslami, dont H. Rafsandjani présidait le conseil d’administration, en demandant une modification du conseil de direction. Cette tentative a toutefois échoué : une loi en interdisant toute modification a été votée en juin 2010 par le Parlement, où H. Rafsandjani restait très influent. Ce dernier a cependant décidé en mars 2011, du fait probablement de pressions de religieux proches du Guide Ali Khamenei, de ne pas renouveler sa candidature au poste de secrétaire général de l’Assemblée des experts, l’institution chargée de contrôler l’activité du Guide et de nommer son successeur : c’est l’ayatollah Reza Madavi Kani, proche de Khamenei, qui a été élu.
Parallèlement, les tensions ont été très fortes au sein du régime. Les relations se sont profondément dégradées entre le Parlement dirigé par Ali Laridjani, un conservateur proche du Guide, et le président Ahmadinedjad. Le Parlement, pourtant à majorité conservatrice, s’est montré de plus en plus agressif face au manque de considération du gouvernement pour tous les contre-pouvoirs. En septembre 2010, M. Ahmadinedjad déclarait ainsi que c’était au président, et non au Parlement, que la Constitution attribuait la charge de diriger le pays. En novembre, des députés estimaient que le manque de transparence du gouvernement devant le Parlement, en matière budgétaire notamment, et ses nombreuses violations de la loi « nuisaient au régime ». En janvier 2011, M. Ahmadinedjad accusait à nouveau le Parlement, la Justice et le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime (chargé de régler les différends entre le Parlement et le Conseil des gardiens de la Constitution qui valide le caractère « islamique » des lois votées) de ne pas respecter la Constitution en intervenant de manière excessive dans les affaires gouvernementales. Le Parlement a réfuté cette attaque et la guerre intestine entre les deux pouvoirs a continué.
C’est dans ce contexte que des tensions sont apparues entre le président et le Guide. Ce dernier a refusé en avril 2011 le renvoi du ministre des Renseignements, Heydar Moslehi, par M. Ahmadinedjad. La volonté du président de rassembler tous les pouvoirs et le sentiment qu’un certain nombre de ses proches, notamment son premier conseiller Esfandiar Rahim Mashâi, voulaient « écarter » les religieux du pouvoir pouvaient expliquer cette prise de position du Guide.
Ces tensions politiques ont été nourries par des préoccupations économiques. Le gouvernement a inscrit dans son projet de budget 2010-2011 la suppression pour cinq ans de toutes les subventions (représentant 30 % du PIB). L’objectif était de diminuer les dépenses de l’État, de réduire la consommation d’énergie très élevée des Iraniens, et de réorienter la politique de protection sociale car ces subventions (sur l’essence, le gaz naturel, l’électricité, l’eau et les aliments de base) bénéficiaient à tous sans distinction de revenus. Les économies ainsi réalisées devaient ensuite être réparties en versements aux classes les plus défavorisées (50 %), en aides aux entreprises (30 %) et en revenus pour le gouvernement afin de faire face aux hausses de prix (20 %). Les autorités n’ont commencé à appliquer ce plan que durant les trois derniers mois de l’année iranienne (décembre 2010 à février 2011). Parallèlement, tous les Iraniens (et pas seulement les plus nécessiteux) ont reçu des versements en liquide (400 000 rials par mois).
Les informations disponibles semblaient montrer que l’exécution de ce plan a été plutôt un succès. Face aux très fortes hausses de prix, les Iraniens ont diminué leur consommation d’énergie. L’inflation a nettement accéléré, passant de 12,8 % en novembre 2010 à près de 20 % en mars 2011, sans devenir totalement incontrôlable. Ce plan est intervenu dans environnement marqué par une croissance ralentie depuis 2007, située en 2010 autour de 2 %. Cette faiblesse de l’activité a entraîné une augmentation du taux de chômage (de 11,4 % en juillet 2009 à 14,6 % en mars 2010).
L’économie iranienne a certes bénéficié de la hausse des prix du pétrole (ses exportations pétrolières se sont chiffrées à 70 milliards de dollars en 2010 contre 53 milliards en 2009), mais elle a été affectée par les sanctions prises du fait du programme nucléaire développé par Téhéran. En juillet 2010, le Conseil de sécurité des Nations unies a ainsi voté de nouvelles sanctions, imposant notamment des restrictions à des entreprises iraniennes impliquées dans ce programme. Le même mois, le gouvernement américain a mis en place un train de mesures visant en particulier à établir un embargo sur les importations d’essence de l’Iran et à pénaliser les banques travaillant avec des organisations iraniennes dites « sensibles ». Enfin, en septembre 2010, l’Union européenne a voté d’importantes sanctions contre les secteurs bancaire, de l’énergie et des transports. Ces mesures, notamment financières, ont eu un pour effet de rendre plus difficiles les importations, ce qui a pesé sur la production. Toutefois, elles n’ont pas conduit à un isolement de l’économie du pays, dont les douanes ont estimé que les Émirats arabes unis étaient restés, pour le marché iranien, une voie d’accès privilégié. L’Iran commerçait aussi plus avec la Chine et surtout avec la Turquie. Ses exportations non pétrolières ont d’ailleurs atteint un niveau record de 26 milliards de dollars en 2010, l’Irak devenant notamment un important marché (17 % des exportations).
La question du nucléaire occupait toujours une place importante dans les relations internationales de l’Iran, qui n’a pas donné suite à la proposition des « six » (les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne), avancée à Genève en septembre 2009, de faire enrichir son uranium à un niveau supérieur en Russie et en France pour alimenter un réacteur à Téhéran utilisé à des fins médicales. La principale raison de ce refus était que l’Iran n’envisageait pas de se placer en situation de dépendance en confiant son stock d’uranium à l’étranger. Mais, à la surprise générale, Téhéran a signé en mai 2010 un accord similaire avec le Brésil et la Turquie, cette dernière devenant le pays garant du stock d’uranium iranien faiblement enrichi. Les pays occidentaux ont ignoré cet accord, préférant accentuer leur politique de sanctions.
Les révoltes du monde arabe ont été suivies de près par Téhéran, avec une certaine ambivalence. En février 2011, la chute de Moubarak, ennemi déclaré de la République islamique, a été saluée et pourrait conduire à une alliance stratégique avec l’Égypte. Mais ces révoltes renvoyaient également aux problèmes internes de l’Iran.
Par ailleurs, les autorités iraniennes ont vivement protesté après l’intervention militaire de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pour faire cesser, en mars 2011, le mouvement de révolte à Bahreïn (où 70 % de la population est chiite), mais les médias officiels (excepté les sites de l’opposition « verte ») sont restés silencieux face à la répression menée en Syrie, seul allié arabe de Téhéran.
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