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Entre le début de l’année 2008 et le mois d’avril 2009, où s’est tenu le G-20 de Londres en présence du président américain Barack Obama, le paysage politique français a changé de visage. Au feuilleton des hauts et des bas de l’image du président Nicolas Sarkozy et au clivage idéologique entre « libéraux » et « antilibéraux » est venu se superposer le nouveau contexte imposé par la crise économique.
Au début de son mandat, l’image de N. Sarkozy avait traversé une zone de turbulences en raison de la surexposition de sa vie privée et de la difficulté à passer de l’image hyperactive du candidat à celle, plus empreinte de gravité, qui doit être celle d’un président. Au cours du premier semestre 2008, N. Sarkozy a en partie corrigé les excès de sa communication. Son mariage et l’entrée réussie de son épouse dans le rôle de « première dame de France » ont mis fin aux problèmes liés à sa vie privée. Tirant la leçon de certains incidents, comme une altercation avec un visiteur lors du Salon de l’agriculture en janvier 2008, il s’est efforcé de prendre de la hauteur. Il a cependant conservé une certaine tendance à l’agressivité, qui a parfois resurgi comme lorsque, le 22 janvier 2009, recevant à l’Élysée les représentants de la communauté universitaire, il a fait mine de penser qu’ils étaient venus pour profiter du confort d’un endroit où « il y a de la lumière, c’est chauffé ».
Au second semestre 2008, la France accédait à la présidence de l’Union européenne (UE). Dans cette fonction, N. Sarkozy faisait montre du sens du geste politique dont il avait déjà fait preuve en tant que candidat. Alors que la Russie avait envahi une partie de la Géorgie et paraissait menacer de poursuivre son offensive dans l’ensemble du pays, il négociait un accord de paix avec Moscou qui se traduisait finalement par l’évacuation de la Géorgie. En octobre 2008, après les premières manifestations de la crise financière américaine, il prenait l’initiative d’un sommet européen qui débouchait sur un important plan de mesures pour sauvegarder les systèmes bancaires.
Durant toute la période, la politique de réformes a continué. Les réformes de la carte hospitalière et de la carte judiciaire ont été réalisées. La réforme de l’organisation interne de la fonction publique, visant à d’importants regroupements des services et à une baisse des effectifs des fonctionnaires, a été maintenue. Ces réformes, si elles ont provoqué des bouleversements et des protestations dans les services concernés, n’ont pas débouché sur une contestation publique de longue durée. Il n’en a pas été de même des tentatives de réforme touchant au système d’enseignement, tant les réformes sont difficiles dans tout ce qui touche à la jeunesse. La réforme des lycées, qui visait à réduire le volume hebdomadaire d’heures de cours et à réaménager les filières, annoncée en octobre, était abandonnée en décembre. L’année universitaire 2008-2009 connaissait une fronde de grande ampleur des enseignants et des étudiants contre les projets gouvernementaux de réforme de l’université. Les longues semaines de blocage de certaines universités faisaient peser une menace sur le déroulement normal de l’année scolaire et sur l’organisation des examens. Le vent de contestation antilibérale qui soufflait sur la France amenait même certains à demander l’annulation de la loi sur l’autonomie des universités.
Les freins aux réformes sont aussi provenus parfois de la droite. La commission Balladur, sur la réforme des collectivités locales, a ainsi pris soin de ne pas réduire trop drastiquement le nombre des élus locaux. La tentative de généralisation du travail du dimanche a rencontré la résistance de l’électorat de droite, qui compte de nombreux catholiques pour lesquels le dimanche demeure le « jour du Seigneur ».
Dans le domaine des opinions relatives à l’économie, on avait assisté en France, depuis plus de deux décennies, à un double mouvement. D’une part, les gouvernements, de droite comme de gauche, avaient adopté de nombreuses mesures d’inspiration libérale. Le gouvernement de Lionel Jospin, de 1997 à 2002, avait privatisé autant que ses prédécesseurs de droite. Une certaine dynamique en faveur des idées « libérales » s’était manifestée dans les années récentes, y compris chez certains leaders socialistes. D’autre part, les enquêtes d’opinion montraient que, dans le même temps, les opinions libérales, loin de progresser, avaient plutôt régressé, comme si l’application effective des réformes libérales avait réveillé les résistances et rappelé à la population son attachement au modèle social français. La crise économique, dont de nombreux analystes ont, non sans raison, imputé la responsabilité à l’insuffisante régulation du capitalisme américain, n’a pu que redonner vigueur à la composante étatiste de la culture politique française. La dénonciation de l’inégalité des revenus est redevenue un thème éminent chez les opposants à N. Sarkozy, d’Olivier Besancenot à François Bayrou, dans la mesure où l’on pouvait considérer que les errements des détenteurs et des manipulateurs de richesses étaient responsables de la crise.
Dans ce contexte, N. Sarkozy était amené à repenser son positionnement idéologique. Dès le début de son quinquennat, il avait commencé une opération de « recentrage », sachant qu’il ne conserverait pas éternellement les voix des électeurs d’extrême droite conquises en 2007. En outre, la hausse des prix des matières premières, et notamment du pétrole, survenue au début de l’année 2008 avait déjà mis à mal sa ligne politique fondée sur le slogan « travailler plus pour gagner plus ». L’éclatement de la bulle financière en septembre 2008, puis la brutale montée du chômage à partir du début 2009 allaient l’obliger à repenser fondamentalement son logiciel idéologique. Aussi, à côté de mesures ou d’annonces visant à satisfaire son électorat de droite, comme l’annonce de la suppression de la taxe professionnelle ou la réduction du taux de TVA pour les cafetiers et restaurateurs, tenait-il à afficher certaines mesures sociales. Le RSA (revenu de solidarité active), remplaçant le RMI, était ainsi présenté comme un moyen de favoriser le retour au travail des personnes sans emploi. En janvier 2009, il convoquait spectaculairement à l’Élysée les dirigeants des banques ayant bénéficié d’aides de l’État et les obligeait à renoncer à leurs bonus.
Du côté des opposants, le grand événement de l’année 2008 a été le congrès du Parti socialiste à Reims en novembre 2008. Celui-ci a vu la défaite d’un des prétendants à la direction du parti, Bertrand Delanoë, qui n’a pas réussi à convertir en vote des militants la popularité qu’il avait acquise dans l’opinion. La gauche du parti, portée par le contexte économique et emmenée par la nouvelle figure d’un orateur de talent, Benoît Hamon, a obtenu un excellent résultat. Le rassemblement des opposants à Ségolène Royal, qui réunissait les partisans de Martine Aubry, ceux de Laurent Fabius et un certain nombre de ceux de Dominique Strauss-Kahn, a réussi, en s’alliant avec le courant de gauche et avec celui de B. Delanoë, à obtenir les deux tiers des voix des motions et à placer son leader, M. Aubry, au poste de premier secrétaire, à la suite d’un duel remporté d’extrême justesse face à S. Royal. Le PS s’est ainsi donné l’image d’un parti coupé en deux : d’un côté, une courte majorité peu cohérente qui s’est rendue maîtresse de l’appareil partisan ; de l’autre, une leader charismatique, qui a réussi à réunir à elle seule sur son nom la moitié des suffrages des militants, mais qui était néanmoins en baisse par rapport à son score de 2007.
Deux autres figures d’opposants ont émergé. À l’extrême gauche, O. Besancenot, dont la thématique correspondait à la situation de crise économique, a acquis une forte popularité. Au centre, F. Bayrou, à l’écart des responsabilités depuis plusieurs années, a su se donner l’image d’un homme neuf pouvant servir de recours et prétendre arriver au second tour de l’élection présidentielle de 2012, en cas d’impopularité grave du président sortant ou de faiblesse du candidat socialiste.
La contestation à l’égard du pouvoir politique et de la politique de réformes prenait un tour plus radical, comme si la crise économique avait miné la légitimité des dirigeants. Les actes de violence, ou aux marges de la légalité, tendaient à se multiplier. Après la campagne passionnée de l’élection présidentielle de 2007, on pouvait se demander si l’on n’assistait pas à un retour à une attitude de scepticisme et de défiance.
En juin 2009, les élections européennes donnaient cependant des résultats inattendus : le parti du président Sarkozy obtenait un excellent score ; le PS affichait un des plus mauvais résultats de son histoire, ses électeurs s’étant déplacés en masse sur les listes d’Europe-Écologie animées par Daniel Cohn-Bendit. François Bayrou s’effondrait et voyait son image se dégrader ; l’extrême gauche ne progressait que modérément. Globalement, la gauche recueillait 45 % des voix et la droite 42 %.
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