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Dans ce pays à majorité musulmane multipliant les normes de moralité et pratiquant la censure, la relève du chef du gouvernement s’effectua dans un climat malsain dû à une insolite affaire de mœurs, et à un assassinat pouvant impliquer de hautes personnalités.
Peu après avoir été de nouveau accusé de sodomie, le dirigeant de l’opposition Anwar Ibrahim remporta une victoire éclatante, le 26 août 2008, dans le district de Permatang Pauh (Penang) avec 31 195 voix sur 47 000. La mise en accusation relevait du même motif qu’en 1998, lorsque ce leader charismatique, chef de l’Alliance populaire (coalition de trois partis), fut emprisonné pendant six ans avant d’être finalement acquitté. Sa cote de popularité profita de ces deux attaques personnelles et son retour au Parlement, après dix ans d’interdiction, constitua une menace directe pour la formation au pouvoir, le Front national (Barisan Nasional).
Le changement de garde eut lieu le 2 avril 2009 lorsque le Premier ministre Adbullah Ahmad Badawi (au pouvoir depuis octobre 2003) remit sa démission au roi après avoir été tenu responsable de la déroute électorale de l’Organisation nationale des Malais unis (UMNO), en mars 2008. La coalition au pouvoir perdait, pour la première fois depuis l’indépendance de la Fédération, sa majorité des deux tiers au Parlement.
L’économiste Najib Tun Razak, politicien expérimenté, fils et neveu de deux anciens Premiers ministres, prit la tête du gouvernement. Après avoir prêté serment, il intensifia les hostilités envers Anwar Ibrahim, qui lui reprochait non seulement son rôle dans cette deuxième accusation de sodomie, mais aussi son implication dans une affaire de meurtre remontant à octobre 2006. Une interprète mongole de 28 ans, Altantuya Shaaribuu, qui accompagnait de hautes personnalités en Europe pour l’achat d’armements, fut assassinée et sa dépouille détruite à l’explosif. Or la victime fréquentait des proches de Najib Tun Razak et rencontra ce dernier. La presse de Kuala Lumpur ne put enquêter sur l’affaire, mais des blogueurs prirent le relais, non sans conséquences : Raja Petra Kamaruddin (dit « RPK » sur son blog, très lu) fut arrêté en septembre 2008, puis détenu sans jugement pendant deux mois, en vertu de la loi sur la sécurité intérieure.
L’économie de la Fédération dépendait fortement du secteur manufacturier et de ses exportations. Pour pallier un grave ralentissement des activités, le nouveau Premier ministre, également ministre des Finances, proposa en mars 2009 un plan de redressement de 16,2 milliards $ : création d’emplois, allègements fiscaux, facilités de crédit et projets d’infrastructure. Pour attirer les investisseurs étrangers, la limite de participation fut relevée de 49 à 70 %. Les prévisions du taux de croissance du PIB passèrent de 3,5 % à un maximum de 1 % pour 2009.
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