Éthiopie 2008-2009  

Roland Marchal 
Mise en ligne : septembre 2009

Vers les élections générales de 2010

Lors des élections locales d’avril 2008, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) raflait pratiquement tous les sièges, l’opposition s’étant abstenue quand elle n’avait pas boycotté en raison des conditions tronquées de compétition. Par ailleurs, le FDRPE recrutait massivement (plus de 4,5 millions de membres en janvier 2009) afin de s’assurer un quadrillage urbain et rural du pays en prévision des prochaines élections. Le Premier ministre Méles Zenawi remania son gouvernement le 30 octobre 2008, sanctionnant les ministres les moins performants et promouvant ses proches. Sans remettre en cause les équilibres entre les différentes composantes du FDRPE, ce remaniement constituait aussi une première réponse aux critiques populaires vis-à-vis de l’équipe gouvernante.

L’opposition malmenée par le régime survivait avec beaucoup de difficultés. La Coalition pour la justice et la démocratie se divisait en plusieurs factions et l’Union pour la démocratie et la justice, son héritière, se formait en juin 2008, trop tard pour participer aux élections locales, et déjà affaiblie par l’emprisonnement à vie de sa dirigeante charismatique, Birtukan Mideksa, condamnée pour les événements consécutifs à la contestation des résultats de mai 2005.

Le plus grand parti de l’opposition légale, les Forces démocratiques éthiopiennes unifiées, boycottait les élections de 2008 et, avant d’annoncer sa participation à celles de 2010, entendait obtenir des garanties sur leur organisation grâce aux pressions occidentales.

Cependant, la répression brutale contre les mouvements insurgés se poursuivait malgré les inquiétudes de Washington sur la radicalisation croissante qui en découlait dans certaines régions du pays. En novembre 2008, alors qu’une nouvelle tentative de médiation semblait déboucher sur un dialogue avec l’opposition oromo, le pouvoir faisait arrêter cent cadres issus de cette mouvance. De la même manière, en Ogaden, la crise humanitaire de 2007 ne s’était pas reproduite en 2008, mais l’armée continuait de réagir sans mesure malgré les multiples critiques des organisations de droits de l’homme.

Sur le plan économique, la croissance du PIB était estimée à 8,8 % en 2008 et devait atteindre 7 % en 2009. L’inflation, de plus de 40 % en 2008, devait en 2009 retomber à un taux plus acceptable (environ 16 %) grâce à une baisse importante du prix des produits alimentaires et pétroliers. Surtout, la communauté internationale s’engageait sur une stratégie d’aide à l’Éthiopie jusqu’en 2011 et devait lui octroyer d’ici à l’été 2009 plus de 600 millions $. Grâce à cette aide internationale massive, le pays restait à flot et pouvait passer le cap le plus difficile de la crise mondiale avec une croissance en baisse (sans doute 6 % en 2010) et un déficit public presque constant grâce à de meilleures rentrées fiscales .

Cependant, la lune de miel politique se terminait avec les grands donateurs. La nouvelle administration américaine laissait augurer un appui plus mesuré. D’autre part, les États-Unis, mais aussi le Conseil de sécurité des Nations unies, n’avaient pas radicalisé leur position vis-à-vis d’Asmara après la dissolution de l’opération onusienne sur la frontière contestée entre Érythrée et Éthiopie en juillet 2008. Les craintes d’une reprise des hostilités entre ces deux pays ne s’étaient heureusement pas matérialisées. En septembre 2008, Washington avait clairement indiqué que la présence militaire éthiopienne en Somalie devait s’achever. Ce fut chose faite en janvier 2009. Malgré les déclarations de victoire à Addis-Abéba, l’armée éthiopienne avait échoué à battre les islamistes et Asmara qui les soutenait à bout de bras. L’élection de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed à la présidence du Gouvernement fédéral transitoire (GFT) en janvier 2009 et le retour à Mogadiscio en avril 2009 de Hassan Dahir Aweys en étaient de cruelles illustrations.

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