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En mai 2010, la victoire écrasante aux élections parlementaires du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE), au pouvoir depuis 1991, a signifié une réduction drastique de l’espace politique en Éthiopie. Les États-Unis et l’Union européenne ont pourtant repris leur coopération. Le rapport de Human Rights Watch publié en octobre 2010 sur la manipulation de l’aide internationale par le régime pour contrôler ses populations a été condamné par les diplomates occidentaux – à commencer par l’ambassadeur de France. On était, il est vrai, quelques mois en avance sur le soulèvement populaire en Tunisie, dont le gouvernement éthiopien a anticipé les risques de contagion par une politique encore plus musclée de contrôle des médias et d’intimidation de l’opposition.
L’impressionnante croissance économique de l’Éthiopie (plus de 11 % entre 2005 et 2010, classant le pays au 3e rang continental) expliquait en partie cette posture occidentale. Un nouveau plan quinquennal 2010-2015 misait sur le développement des infrastructures, l’industrialisation, l’expansion de l’agriculture commerciale et les petites entreprises.
De fait, la structure des échanges évoluait : aux exportations traditionnelles (café en tout premier lieu, animaux sur pied, khat, peaux et cuir) se sont ajoutées celles de fleurs et d’or. En 2010, pour la première fois, l’or a fourni les revenus les plus importants après le café. La Chine était la première à tirer profit de cette évolution minière.
Malgré ces progrès, l’économie maintenait des fragilités importantes. Le monde rural demeurait exclu des améliorations visibles en ville et dépendant du prix de l’énergie et des aléas climatiques (une sécheresse frappait le sud du pays depuis octobre 2010). En réponse, le régime a proposé la construction d’un gigantesque barrage (Gilgel Gibe 3) capable de fournir 1 900 MW. Ce projet suscitait un mouvement d’opposition nationale (notamment dans la vallée du fleuve Omo) et internationale (notamment à cause de ses conséquences potentielles sur l’hydrologie du lac Turkana), faute de véritable étude d’impact.
Ce projet soulignait la volonté éthiopienne, affirmée dès le début 2010, d’obtenir un nouveau partage des eaux du Nil afin de construire notamment le Grand Barrage du Millénaire sur la rivière Abay, dans l'État régional de Benishangul-Gumuz (Nord-Ouest). Les deux grands perdants immédiats de cette politique étaient l’Égypte et le Nord-Soudan, qui devaient faire face à d’autres projets de moindre ampleur d’autres pays riverains (Burundi, Ouganda).
La situation régionale de l’Éthiopie restait compliquée, d’abord par ses propres soulèvements internes. En août 2010, une fraction du Front national de libération de l’Ogaden (longtemps installé en Somalie) a signé un accord de paix. Bien que très minoritaire, le retour de ce groupe soulignait le lien avec le conflit en Somalie. Addis-Abéba, ayant perdu son influence au sein du Gouvernement fédéral transitoire (GFT) de Somalie avec la nomination d’un nouveau Premier ministre en octobre 2010, s’efforçait de consolider les milices « soufies » du mouvement Ahlu Sunnah wal Jaamah sur sa frontière et manifestait son appui au président du Parlement somalien contre le président du GFT. Rien dans ces initiatives ne permettait la construction d’une paix viable.
Le grand problème de l’Éthiopie demeurait l’Érythrée, accusée de tous les maux (notamment d’avoir voulu organiser un attentat contre le sommet de l’Union africaine en janvier 2011 et de soutenir les insurgés islamistes en Somalie). Addis-Abéba a annoncé en mars 2011 vouloir renverser le régime à Asmara si les sanctions internationales décidées en décembre 2009 n’étaient pas appliquées dans toute leur rigueur.
Le plus grand défi à moyen terme était l’émergence d’un Sud-Soudan indépendant miné par de nombreux conflits internes qui débordaient sur sa frontière avec l’Éthiopie, et incertain sur ses relations avec Asmara et Addis-Abéba.
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