États-Unis 2008-2009  

Ibrahim Warde 
Mise en ligne : septembre 2009

Barack Obama, premier président afro-américain des États-Unis

L’élection de Barack Hussein Obama, le 4 novembre 2008, avec 52,9 % des voix contre 45,6 % à son challenger républicain John McCain, a soulevé une vague d’espoir aux États-Unis et dans le monde. Le nouveau président était apparu sur la scène politique nationale quatre ans plus tôt, lorsqu’il fut élu sénateur de l’Illinois. À 47 ans, il devenait ainsi le premier Africain-Américain à accéder à la tête de l’Union. Cependant, l’héritage laissé par George W. Bush – deux guerres inachevées (en Irak et en Afghanistan), un prestige international au plus bas et une situation économique catastrophique – promettait d’être lourd à gérer.

Ruptures et changements

Dès son entrée en fonction le 20 janvier 2009, le nouveau président entreprenait de mettre en œuvre ses promesses de campagne. Rupture et changement en constituaient, en tout cas en théorie, le fil conducteur. Il imposait un style calme, éloquent, mais aussi habile, prudent et consensuel. Ses principales nominations politiques reflétaient également un centrisme de bon aloi. Il désignait ainsi sa rivale Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État, et conservait le républicain Robert Gates, secrétaire à la Défense de l’administration Bush, à son poste. Dans le domaine économique, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, ancien patron de la Réserve fédérale de New York, et le conseiller économique à la Maison-Blanche Larry Summers, lui-même ancien secrétaire au Trésor et l’un des architectes de la déréglementation financière, avaient en commun leur appartenance à un establishment financier responsable de politiques désastreuses.

Cependant, la rupture avec l’administration précédente était évidente dans d’autres domaines. Sur le plan diplomatique, B. Obama répudiait clairement la doctrine Bush fondée sur l’unilatéralisme, le rejet du dialogue avec « les ennemis », le recours à l’action préventive, la priorité accordée à la guerre contre le terrorisme, et le discours sur la transformation démocratique.

Au contraire de son prédécesseur qui avait négligé les dossiers les plus brûlants (en particulier le conflit israélo-palestinien) et renforcé du coup l’instabilité et les antagonismes, B. Obama mettait l’accent sur la résolution des grands conflits. Peu de temps après son entrée en fonctions, il désignait des personnalités – George Mitchell pour le Proche-Orient, Richard Holbrooke pour l’Afghanistan et le Pakistan et Dennis Ross pour l’Iran – en vue de faire avancer les dossiers brûlants, tandis que le Département d’État adoptait le principe du « smart power », mélange subtil de dissuasion militaire classique et de « soft power » (échanges diplomatiques, culturels, etc.) qui promettait plus de retenue dans l’usage de la force. Le nouveau président donna le ton dans ses rencontres avec ses homologues internationaux en montrant sa capacité d’écoute et de reconnaissance des erreurs et errements passés.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche décidait de tendre la main aux adversaires d’hier. Ainsi, le 19 mars 2009, à l’occasion du nouvel an iranien, il s’adressait directement aux dirigeants de Téhéran, avec lequel les États-Unis n’entretenaient plus de relations diplomatiques depuis près de trente ans. Une semaine plus tard, il les invitait à participer à un nouveau groupe de contact sur l’Afghanistan et le Pakistan. Alors qu’il avait critiqué la thèse du « choc des civilisations » et répété que les États-Unis « ne sont pas et ne seront jamais en guerre avec l’islam », le nouveau président reprenait langue avec la Syrie et multipliait les messages au monde musulman.

B. Obama réserva ainsi son premier entretien télévisé à la chaîne de télévision saoudienne al-Arabiya, au cours duquel il réitéra son respect pour le monde musulman et sa volonté d’améliorer les relations avec cette partie du monde. Lors de son discours au Caire, le 4 juin, il alla plus loin en promettant « un nouveau commencement entre les États-Unis et les musulmans du monde entier », mais aussi en critiquant, comme jamais un président américain ne l’avait fait, la politique israélienne d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens.

Au contraire de son prédécesseur George W. Bush, qui s’alignait systématiquement sur les positions israéliennes, B. Obama avait pris auparavant l’initiative d’inviter à Washington le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (le 18 mai) et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas (le 29 mai). Et il n’avait pas hésité à affirmer ses divergences de vues avec l’allié israélien, insistant en particulier sur la nécessité de suspendre la construction de colonies en Cisjordanie et de créer un État palestinien indépendant. Son discours du Caire n’allait toutefois comporter aucun engagement précis sur le conflit israélo-palestinien, ni d’ailleurs sur l’Irak ou l’Afghanistan.

Décrispation à l’international

Le président Obama entreprenait également de mettre fin à l’unilatéralisme de son prédécesseur et s’engageait à décrisper les rapports entre les États-Unis et le reste du monde. Lors du sommet du G-20 à Londres, le 2 avril, il reconnaissait le poids de nations émergentes comme l’Inde ou le Brésil, et s’attachait à établir de bons rapports personnels avec les dirigeants russe et chinois. À Prague, lors de son premier sommet avec l’Union européenne (UE), le 5 avril 2009, il promettait de « prendre la tête des efforts contre le réchauffement du climat » et de « changer la façon dont nous utilisons l’énergie ». Durant sa rencontre avec les dirigeants d’Amérique latine, il s’excusait des agissements passés de Washington dans la région, desserrait l’étau de l’embargo sur Cuba, et avait même des apartés avec le président vénézuélien Hugo Chavez, pourtant grand pourfendeur de l’Amérique.

Mais dans le domaine de la « guerre contre le terrorisme », l’administration Obama décevait ceux qui s’attendaient à des changements radicaux. S’il annonça la fermeture de la prison de Guantanamo (dans un délai d’un an) et le départ des troupes américaines d’Irak (avant 2012), B. Obama assortit ces promesses de conditions qui lui laissaient une certaine liberté d’action.

De fait, la diminution des troupes basées en Irak (où les pertes américaines avaient baissé même si l’accalmie n’avait pas permis la réconciliation nationale escomptée) s’accompagnait d’une augmentation des troupes affectées à l’Afghanistan. Car c’était désormais « l’Afpak », le front Afghanistan-Pakistan où les talibans avaient gagné du terrain, qui constituait le front central de la lutte antiterroriste. Dans le budget de la Défense, en progression de 4 % par rapport à 2008, le président accorda une importance croissante à la lutte contre les insurrections aux dépens des techniques de guerre classique.

La marge de manœuvre de l’administration était réduite suite aux attaques répétées de certains républicains et en particulier de l’ancien vice-président Dick Cheney qui n’a cessé de l’accuser d’« apaiser les terroristes » et de mettre en danger le pays. S’il tenait bon au sujet de l’interdiction de la torture, B. Obama faisait néanmoins marche arrière sur l’établissement de tribunaux militaires ou sur l’interdiction de publier des photos des exactions commises par les soldats américains dans la prison irakienne d’Abou Ghraïb, sous prétexte que cela nuirait au moral des troupes.

Une crise économique aux répercussions mondiales

Pendant que le nouveau président jonglait avec ces dossiers de politique extérieure et de sécurité nationale, il devait répondre aux attentes du public en matière économique. Le mandat de George W. Bush avait pris fin avec l’apparition d’une crise économique considérée par le Fonds monétaire international (FMI) comme « la plus importante depuis 1929 » : le système financier américain était exsangue et les marchés du crédit gelés, les prix de l’immobilier plongeaient, la dette publique dérapait dangereusement, alors même que la crise faisait fondre à toute allure les recettes de l’État. L’administration républicaine avait entamé dans l’urgence un plan de sauvetage du système financier sans grande cohérence, car elle avait, sans se départir de son idéologie, nationalisé les géants du crédit hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, et procédé à des injections massives de fonds dans le secteur bancaire et dans le géant de l’assurance AIG.

Mais beaucoup restait à faire : le PIB s’était rétracté de 6,3 % au quatrième trimestre 2008, puis de 6,1 % au premier trimestre 2009. Le chômage avait atteint 9,4 % en juin 2009 (contre 5,5 % un an plus tôt). Fait nouveau : la colère publique, car les contribuables américains devaient essuyer des pertes dont ils n’étaient pas responsables alors même que les dirigeants d’entreprises financières en déconfiture (celles-là même que le gouvernement renflouait) continuaient de s’octroyer des primes faramineuses. On put retrouver la prudence et l’esprit de compromis évoqués plus haut, car B. Obama sut relayer la grogne populaire sans pour autant se mettre à dos les milieux d’affaires.

S’inspirant sans doute du précédent de Franklin D. Roosevelt en 1933, le nouveau président avait pourtant pris les devants. De conférences de presse en réunions publiques, il cherchait à rassurer le public et à expliquer un programme qui rompait avec près de trente ans de désengagement des pouvoirs publics : d’abord stabiliser les marchés financiers et immobiliers, puis relancer la croissance sur des bases plus saines.

Le 17 février 2009, lorsqu’il signa un gigantesque plan de relance de 787 milliards $, il déclara que ce plan, destiné à poser les fondations d’« un changement réel et durable pour les générations à venir », représentait le « début de la fin » de la profonde crise économique. Après le sauvetage des banques vint celui du secteur automobile : suite au dépôt de bilan de Chrysler puis de General Motors (qui fut longtemps la plus grande entreprise industrielle du monde…), le gouvernement injecta les fonds nécessaires à la restauration d’un secteur automobile « viable et compétitif ».

Restait à savoir quelle serait la marge de manœuvre de l’administration. Pour le budget 2009-2010, le Congrès votait un texte de compromis à 3 400 milliards $ (150 milliards $ de moins que ce que souhaitait la Maison-Blanche), portant le déficit à 1 700 milliards $, soit 12 % du PIB. Le président entamait également le démantèlement de l’héritage fiscal laissé par l’administration précédente : retour à des taux d’imposition plus élevés pour les plus hauts revenus et fin des privilèges fiscaux accordés à des secteurs comme l’énergie, légère baisse d’impôts pour les classes moyennes. Restaient encore d’autres grands chantiers promis par le candidat Obama, tels l’investissement dans les énergies renouvelables et l’environnement ou la refonte du système de santé.

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