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Reconduit dans ses fonctions après la victoire du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) aux élections législatives du 9 mars 2008, le président du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero pouvait envisager sereinement le début de son deuxième mandat. À nouveau battu, et empêtré dans des rivalités internes et des affaires de corruption en cascade, le Parti populaire (PP, droite) ne pouvait plus attribuer sa défaite aux circonstances exceptionnelles des élections du 14 mars 2004, qui s’étaient tenues trois jours après les attentats islamistes de Madrid (11 mars 2004). Sans que cela joue un rôle dans la campagne électorale, l’horizon économique s’était certes assombri avant les élections : la croissance durant le premier trimestre de l’année avait été la plus faible depuis 1995. Mais le 31 mai 2008, le ministre de l’Économie, Pedro Solbes, déclarait : « Parler de crise est très exagéré. » La suite allait radicalement démentir cet optimisme et mettre fin à quinze années de forte croissance.
Alors que le taux de croissance du PIB culminait à 3,7 % en 2007 – l’un des plus élevés de l’Union européenne (UE) –, il s’est élevé en 2008 à 1,2 %. En avril 2009, le FMI prévoyait une chute du PIB espagnol de 3 % pour 2009, une récession d’une ampleur inédite depuis un demi-siècle. Le chômage devait par conséquent augmenter de manière vertigineuse. Alors qu’il avait atteint, au milieu de l’année 2007, son niveau le plus bas depuis 1978 (7,9 %), il s’élevait fin mars 2009 à 17,4 %, plus du double de la moyenne des pays de la Zone euro (8,9 %), le nombre de chômeurs (plus de 4 millions) ayant été multiplié par deux en une seule année. La crise a frappé davantage la façade méditerranéenne, fragilisée par l’effondrement de la construction immobilière. La chute des recettes fiscales et l’effort de relance gouvernemental (l’un des plus importants des pays de l’OCDE en termes relatifs) ont également mis fin à l’État vertueux : le solde excédentaire des comptes publics en 2007 (+ 2,2 % du PIB) s’est transformé en solde déficitaire en 2008 (- 3,8 % du PIB), la Commission européenne anticipant début mai un déficit de 8,6 % pour 2009. La seule bonne nouvelle de l’année aura été la fin de la sécheresse, des pluies abondantes ayant reconstitué les réserves en eau, sauf en Andalousie.
La récession aura également marqué la conduite des affaires étrangères. Le gouvernement espagnol s’était engagé aux côtés de la France dans l’élaboration du Pacte européen sur l’immigration et l’asile, adopté par le Conseil européen des 15 et 16 octobre 2008. Ce changement de cap, par rapport à la régularisation massive des immigrés en situation irrégulière décidée en 2005 par le premier gouvernement Zapatero et durement critiquée alors par la France, avait été motivé par la montée en flèche du chômage qui avait inspiré au gouvernement une quasi-fermeture de l’immigration de travail et une politique d’« aide au retour », guère efficace au vu des premiers résultats. Par ailleurs, l’Espagne avait obtenu la confirmation de Barcelone comme siège de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Mais, ne faisant pas partie du G-20, elle était menacée de marginalisation diplomatique par la gouvernance internationale de la crise qui avait revalorisé le rôle du forum économique mondial. Avec l’appui de la France, elle a finalement été invitée aux sommets du G-20 du 15 novembre 2008 puis du 2 avril 2009 et incluse parmi les membres du nouveau Conseil de stabilité financière. L’Espagne a toutefois irrité ses partenaires de l’OTAN en annonçant le 19 mars 2009, par la voix de la ministre de la Défense Carme Chacón, le retrait des troupes espagnoles de la mission de la KFOR au Kosovo, dont le gouvernement espagnol avait refusé jusque-là de reconnaître l’indépendance.
Dans un tel contexte, les protestations liées à la crise économique sont restées discrètes jusqu’au printemps 2009. Mais les mouvements d’opinion et mobilisations collectives qui ont marqué l’agenda politique en 2008 et au début 2009 ont été aussi nombreux que variés. L’année du 30e anniversaire de la Constitution de 1978 a également été celle de l’ébranlement d’une des clés de voûte de la transition démocratique après la mort de Franco (20 novembre 1975) : l’« oubli » volontaire des crimes du franquisme. Après plusieurs années de discussion, la « loi sur la mémoire historique », qui honore les victimes du franquisme, a été adoptée en janvier 2008 sans satisfaire ceux qui ont milité pour un engagement plus actif de l’État afin de retrouver la trace des disparus et, surtout, mettre en accusation le régime franquiste et ses acteurs. Tandis que le gouvernement refusait de remettre en cause l’amnistie décidée en 1977, le juge Baltasar Garzón tentait sans succès, malgré l’appui de nombreuses associations et de certaines formations politiques, d’ouvrir en octobre 2008 une procédure judiciaire contre les responsables du soulèvement franquiste pour « crimes contre l’humanité ». Le gouvernement a dû aussi affronter le mécontentement collectif des magistrats pour des motifs purement professionnels : condamnée par la plupart des partis politiques, l’inédite grève des juges du 18 février 2008 rencontrait un réel succès.
Dans un tout autre registre, l’Espagne a fait l’expérience nouvelle en 2008, et toujours en cours début 2009, d’une agitation estudiantine de grande ampleur, particulièrement active à Barcelone, contre la réforme des cursus universitaires dans le cadre de la normalisation européenne du Processus de Bologne. Si les relations du gouvernement socialiste avec l’Église se sont fortement apaisées après les élections législatives de mars 2008, l’annonce de projets de loi relatifs au suicide assisté et, surtout, à l’avortement mobilisait à nouveau les milieux catholiques conservateurs, toutefois assez peu soutenus par le Parti populaire, contrairement à ce qui s’était passé avant les élections de 2008.
Les relations entre l’État central et les Communautés autonomes, et entre ces Communautés elles-mêmes, n’ont guère évolué en 2008, faute de parvenir à un accord sur la réforme du mode de « financement autonomique » engagée sous la pression du gouvernement catalan et reportée à plusieurs reprises. Dotée d’un régime financier spécifique, la Communauté autonome basque (Euskadi) n’était pas concernée par cet interminable chantier. Mais c’est bien au Pays basque que se sont produits les événements les plus marquants. Le 11 septembre 2008, le Tribunal constitutionnel déclarait inconstitutionnel le projet de référendum sur la souveraineté du gouvernement basque dirigé par le Parti nationaliste basque (PNV, centre). Le 17 septembre 2008, la justice prononçait la dissolution de l’Action nationaliste basque (ANV), formation de la gauche indépendantiste radicale favorable à la lutte armée d’ETA (Euskadi Ta Askatasuna, « Pays basque et liberté »). Début janvier 2009, le lehendakari (président du gouvernement) Juan José Ibarretxe (PNV) convoquait des élections anticipées pour le 1er mars 2009. Le résultat de ces élections a ouvert la voie à un changement spectaculaire. Le PNV a maintenu son audience électorale, mais l’effondrement de ses alliés habituels ne lui a pas permis de reconduire la précédente coalition gouvernementale. En très nette progression, le Parti socialiste d’Euskadi (PSE, affilié au PSOE) a décidé de chercher un accord avec la branche basque du Parti populaire afin d’assurer la stabilité d’un gouvernement socialiste minoritaire dirigé par Patxi López. Rivaux sur la scène politique de l’État central, socialistes et « populaires » se sont donc alliés au Pays basque pour déloger du pouvoir, pour la première fois depuis la création de la Communauté autonome basque (1980), les nationalistes du PNV.
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