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Le 25 janvier 2011, des dizaines de milliers d’Égyptiens envahirent les rues du Caire, d’Alexandrie, de Suez, en réponse à l’appel de mouvements pro-démocratie à manifester contre le régime en ce jour de « fête de la police ». C’était le début d’un soulèvement populaire tel que l’Égypte n’en avait plus connu depuis la révolution de 1919 contre les Britanniques. Pendant dix-huit jours, les manifestants occupèrent la place Tahrir, dans le centre du Caire, pour exiger le départ du président Hosni Moubarak, 82 ans, dont vingt-neuf à la tête du pays. Le pouvoir alterna tentatives de négociation et répression. Au moins 846 personnes furent tuées et plus de 6 000 blessées dans les affrontements qui opposèrent les protestataires aux forces de l’ordre ou aux hommes de main payés par le régime. Le 11 février, le raïs abandonna et confia le pouvoir au Conseil suprême des forces armées (CSFA), une haute institution militaire qui promettait d’opérer le changement démocratique réclamé par le peuple – promesse qui restait à confirmer en juillet 2011.
Les causes profondes de la « révolution du 25 janvier » étaient multiples : chômage endémique (officiellement 9,7 % de la population active en 2010, deux fois plus d’après les analystes), notamment chez les jeunes ; corruption généralisée ; aggravation de la pauvreté (près de 40 % de la population vivant avec moins de 1,50 euro par jour, d’après la Banque mondiale). Et ce malgré un fort taux de croissance (4,7 % en 2009). Le pouvoir d’achat de millions d’Égyptiens s’est réduit sous les coups d’une inflation chronique (10,5 % en glissement annuel en mai 2010). Les grèves et mouvements sociaux étaient réguliers.
À ces problèmes économiques s’ajoutaient les abus permanents du régime. Le 6 juin 2010, le jeune Khaled Saïd était battu à mort dans une rue d’Alexandrie par des policiers en civil. La photo de son visage tuméfié a rapidement circulé sur Internet et son cas, emblématique des violences policières, a poussé certains jeunes à s’engager dans l’opposition au régime. La page Facebook « Nous sommes tous Khaled Saïd » a rassemblé des centaines de milliers de membres en quelques semaines.
Un autre événement a provoqué la colère de nombreux Égyptiens : en décembre 2010, le Parti national démocratique (PND), au pouvoir, a remporté 81 % des sièges de l’Assemblée du Peuple lors d’un scrutin législatif marqué par des fraudes sans précédent – un simulacre de démocratie que la classe moyenne avait de plus en plus de mal à accepter.
Dans ce contexte, les mouvements qui réclament un changement de régime, comme les « Jeunes du 6-Avril », créé en 2008, gagnent en influence auprès de la jeunesse éduquée, du moins sur Internet car dans la rue, ils ne rassemblent pas plus de quelques centaines de personnes, bravant l’interdiction de manifester. L’étincelle est venue de l’extérieur : le soulèvement tunisien, qui a chassé le président Zine El-Abidine Ben Ali du pouvoir le 14 janvier 2011, a été décisif pour briser le mur de la peur.
Au lendemain de la chute de Moubarak, le pouvoir militaire dissout le Parlement et nomme Essam Charaf, un homme politique apprécié des manifestants, à la tête d’un nouveau gouvernement. Le 19 mars 2011, les Égyptiens approuvent par référendum (77 % de « oui ») des amendements constitutionnels, notamment pour limiter les pouvoirs du président de la République. Mais le 30 mars, le CSFA rend publique une déclaration constitutionnelle établissant les conditions de la transition démocratique.
Des élections législatives devaient avoir lieu fin septembre 2011, et une élection présidentielle deux mois plus tard – pour laquelle l’ancien chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, partait favori. Du nouveau Parlement devait être issue une Assemblée constituante chargée de rédiger la nouvelle Constitution.
De nombreux activistes politiques craignaient, au printemps 2011, que le parti de la Liberté et de la Justice, issu du mouvement islamiste des Frères musulmans et officialisé en mai 2011, bénéficie d’une longueur d’avance lors des législatives. Il était en effet le seul, avec l’ancien PND, à jouir d’une assise locale dans tout le pays.
Parallèlement, la situation sécuritaire restait instable. Plus de 23 000 détenus s’étaient évadés pendant le soulèvement. La présence policière était moins importante et la criminalité augmentait. Les violences entre musulmans et chrétiens coptes (près de 10 % de la population), régulières en Égypte depuis vingt ans, ont repris avec plus d’intensité après le départ de Moubarak. À Imbaba, un quartier pauvre du Caire, deux églises ont été attaquées le 8 mai 2011, provoquant des affrontements qui ont fait 15 morts et plus de 200 blessés. Déjà, l’attentat contre l’église Al-Qidissine à Alexandrie (23 victimes), le 1er janvier 2011, avait marqué un tournant dans le niveau des violences confessionnelles dans le pays. L’activité politique nouvelle des salafistes inquiétait aussi beaucoup d’Égyptiens.
Dans le même temps, l’économie tournait au ralenti. La fréquentation touristique a accusé une baisse de 45,3 % entre janvier et avril 2011, par rapport à 2010. Avec les revenus du canal de Suez, le tourisme est l’un des piliers de l’économie égyptienne, fournissant environ 10 % des emplois. La croissance économique pourrait ne pas dépasser 3 % en 2011.
Sur le plan diplomatique, le nouveau pouvoir a affirmé qu’il respecterait les traités internationaux, mais semblait vouloir se démarquer de l’ère Moubarak. La conclusion de l’accord entre le Hamas et le Fatah et la réouverture partielle de la frontière avec la bande de Gaza en mai 2011 traduisaient un soutien plus ferme à la cause palestinienne. La tentative de rapprochement avec l’Iran a aussi montré que la nouvelle Égypte n’avait plus l’intention d’aligner aveuglément sa politique étrangère sur Washington. Sa marge de manœuvre était cependant réduite, à un moment où l’aide financière américaine était plus vitale que jamais.
Quant à H. Moubarak, en convalescence dans un hôpital de Charm El-Cheikh, son procès était supposé s’ouvrir le 3 août 2011. Comme ses deux fils, il était accusé de corruption et du meurtre de manifestants pendant le soulèvement.
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