Cuba 2008-2009  

Janette Habel 
Mise en ligne : septembre 2009

Succès diplomatiques et difficultés économiques

L’année 2009 avait bien commencé pour Raul Castro qui engrangeait de nombreux succès diplomatiques. Outre ses premiers voyages à l’étranger en tant que chef de l’État élu depuis février 2008, il recevait à La Havane de très nombreuses visites de présidents latino-américains. Après le rétablissement par le Costa Rica de ses relations diplomatiques avec Cuba en mars 2009, l’élection du nouveau président de gauche salvadorien Mauricio Funes permettait de prendre la même décision, mettant fin à la rupture intervenue depuis les années 1960 avec l’ensemble des États de l’hémisphère.

Les États-Unis restaient le seul pays à ne pas avoir rétabli des relations officielles avec Cuba, même si la puissante « Section d’intérêts » présente à La Havane faisait office d’ambassade. Les contacts officieux entre les deux pays – notamment entre militaires cubains et leurs homologues américains présents sur la base de Guantanamo – étaient d’ailleurs fréquents. En 2009, un groupe de sept élus démocrates de la Chambre des représentants américaine rencontrait Ricardo Alarcon, président de l’Assemblée nationale cubaine, ainsi que le président Raul Castro. Ce dernier renouvelait sa proposition de dialogue avec Washington sur un pied d’égalité, « avec, comme unique condition, le respect absolu de l’indépendance nationale et du droit inaliénable de chaque peuple à l’autodétermination ». Le président américain annonçait, quant à lui, la levée des restrictions sur les voyages des Cubano-Américains vers l’île et les transferts d’argent.

Lors du sommet des Amériques qui s’est tenu du 17 au 19 avril 2009 dans la capitale de Trinidad et Tobago, tous les intervenants des trente-quatre pays d’Amérique latine avaient plaidé pour que le président Obama mette fin à un embargo vieux de près d’un demi-siècle, testant ainsi l’orientation de la nouvelle administration Obama. Face au refus de celle-ci, le document final ne fut pas adopté. Faisant suite au sommet des Amériques, le sommet du Mouvement des non-alignés se tenait à La Havane, confirmant la fin de l’isolement international de l’île. Enfin, l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA), qui s’est tenue en juin 2009 au Honduras, décidait à l’unanimité d’annuler sa résolution de 1962 excluant le gouvernement de Cuba de l’organisation.

Mais la réintégration de l’île dans l’OEA dépendait de l’accord de La Havane, qui y est hostile. La politique américaine envers Cuba se trouvait désormais dans un processus de « révision stratégique » après la publication du rapport du sénateur républicain Richard Lugar préconisant un changement de politique, notamment concernant l’embargo toujours en vigueur. Le dialogue sur l’émigration interrompu sous l’administration Bush reprenait entre les deux pays. Enfin, l’Union européenne (UE) confirmait la reprise de la coopération et du dialogue politique avec l’île. Une évaluation des relations bilatérales et de la question des droits de l’homme aura lieu en 2010. La décision du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis de développer ses activités à Cuba et d’avoir une « présence stratégique » sur un « marché qui va s’ouvrir » n’était certainement pas étrangère à cette décision.

Assombrissement de l’horizon économique

En dépit de ces nombreux succès diplomatiques, les années 2009-2010 s’annonçaient très difficiles sur le plan économique. Le nouveau ministre de l’Économie et vice-président du gouvernement Marino Alberto Murillo annonçait une hausse du PIB « un peu au-dessus de 2 % », loin derrière les 6 % prévus. Selon l’Office national des statistiques, l’importation de biens (pétrole et aliments) augmentait de 41 % alors que les exportations reculaient de 0,6 %. Le déficit massif de la balance commerciale s’élevait à 10,57 milliards $. Ces déséquilibres, dus en partie aux dégâts (estimés à 10 milliards $) provoqués par trois ouragans, n’ont pas été compensés par les revenus de la vente des services médicaux.

Après la croissance des années 2005 et 2006, la tendance déclinante de l’économie cubaine semblait se confirmer, en particulier dans la production agricole. De nouvelles mesures de réduction de la consommation d’énergie étaient annoncées le 1er juin 2009, risquant d’entraîner la mise au chômage technique de pans entiers de l’économie et des congés forcés massifs en juillet et août. Des coupures de courant étaient planifiées dans le secteur résidentiel afin de réduire la consommation électrique des foyers et de limiter l’usage de la climatisation. La diminution des livraisons de certains aliments et la réduction des portions de repas dans les cantines publiques étaient également annoncées.

Enfin, le potentiel de réserves pétrolières dans le golfe du Mexique restait prometteur, mais leur exploitation demeurait coûteuse et limitait la production. Ces mesures d’austérité rappelaient aux Cubains les mauvais souvenirs de la « période spéciale » alors que les « changements structurels » annoncés par Raul Castro se faisaient attendre.

Remaniement ministériel

L’aggravation de la situation économique limitait les marges de manœuvre du gouvernement et créait des tensions politiques perceptibles. Plus d’une dizaine de ministres étaient remplacés, notamment par des militaires proches de Raul Castro. Des dirigeants de premier plan étaient écartés, dont l’ex-vice-président Carlos Lage (57 ans) et l’ancien chef de la diplomatie Felipe Perez Roque (43 ans). Accusés par Fidel Castro d’avoir joué un « rôle indigne », ils auraient, lors de conversations enregistrées à leur insu, tenu des propos désobligeants sur la vieille génération et mis en cause les compétences de Raul Castro, se faisant l’écho de nombreuses critiques.

En effet, alors que l’on attendait la promotion de Carlos Lage comme numéro deux, c’est un vieux dirigeant du Parti communiste cubain (PCC), Machado Ventura (79 ans), qui était élu en 2008 premier vice-président du Conseil d’État, devenant, en cas de défaillance de Raul Castro (78 ans), le successeur officiel du président, conformément à la Constitution cubaine. Alors que la fracture générationnelle rendait plus difficile la relève politique inévitable de l’après-castrisme, la vieille direction historique n’avait pas suffisamment confiance dans la génération suivante pour lui transmettre, même sous son contrôle, la responsabilité du gouvernement. Elle gardait le pouvoir, consolidant une alliance entre la haute nomenklatura du PCC et des militaires.

Ces dirigeants restaient attachés à la survie de la Révolution mais des personnalités différentes se partageaient le pouvoir dans un jeu d’influences complexes mêlant intérêts matériels, rivalités personnelles et différences idéologiques. Ces conflits étaient autrefois arbitrés par Fidel Castro, toujours incontournable mais loin du cœur du dispositif politique. Ce contexte difficile expliquait sans doute pourquoi le congrès du PCC annoncé pour l’automne 2009 n’était toujours pas convoqué. Fidel Castro en était toujours le premier secrétaire.

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