Côte-d’Ivoire 2010-2011  

Thomas Hofnung 
Mise en ligne : septembre 2011

Scénario de guerre civile

Après des années d’efforts de la communauté internationale pour favoriser l’organisation d’élections libres et transparentes, les premières en dix ans, le scrutin présidentiel tenu en octobre et novembre 2010 a conduit le pays dans une impasse, malgré une mobilisation exceptionnelle de la population, qui s’est massivement et pacifiquement déplacée jusqu’aux urnes. À l’origine de ce blocage, le camp du président sortant Laurent Gbagbo accusait son rival, Alassane Ouattara, d’avoir fraudé dans la moitié nord du pays, contrôlée par les ex-rebelles des Forces nouvelles.

Tandis que la Commission électorale indépendante (CEI) désignait A. Ouattara vainqueur avec plus de 54 % des voix, le Conseil constitutionnel annulait le vote dans sept départements du nord du pays, soit quelque 600 000 bulletins, créditant ainsi L. Gbagbo d’un peu plus de 51 % des voix. Fait sans précédent en Afrique, le représentant des Nations unies en Côte-d’Ivoire, Choi Young-jin, chargé par la communauté internationale de certifier les élections, est intervenu pour annoncer, à son tour, la victoire de A. Ouattara.

Fort du soutien du commandement militaire, L. Gbagbo a pourtant prêté serment, le 3 décembre 2010, pour un nouveau mandat de cinq ans. Son rival, reconnu comme le vainqueur de l’élection par la quasi-totalité de la communauté internationale, notamment par l’Union africaine (UA) et par la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a dû se réfugier dans un hôtel d’Abidjan, protégé par 800 « casques bleus », l’hôtel du Golf. Il a bientôt été rejoint par l’ancien chef rebelle et ex-Premier ministre de L. Gbagbo, Guillaume Soro.

A. Ouattara a d’abord opté pour une stratégie d’asphyxie financière du camp Gbagbo plutôt que de recourir à la violence. Tandis que la communauté internationale décrétait une série de sanctions financières à l’encontre du régime du président sortant, le camp Ouattara demandait instamment aux opérateurs économiques de suspendre les exportations de cacao, la principale richesse du pays. Mais cette stratégie d’asphyxie, dont pâtissait la population, produisait ses effets lentement. Une partie des adversaires du chef de l’État sortant a alors décidé de s’organiser militairement pour le chasser du pouvoir. En février, un mystérieux « Commando invisible » a infligé de lourdes pertes à Abidjan aux soldats de L. Gbagbo dans le quartier d’Abobo. En guise de représailles, ses troupes n’ont pas hésité à tirer à l’arme lourde en pleine ville, tuant des dizaines de personnes. Alors que des dizaines de milliers de personnes fuyaient Abidjan, les forces pro-Ouattara ont mené une offensive éclair depuis l’ouest et le nord du pays, se livrant au passage à un massacre dans la ville de Duékoué (ouest).

Cette situation a gravement plombé l’économie du pays. Le port d’Abidjan, qui représente 90 % des recettes douanières nationales et 40 000 emplois directs, est resté durant de longues semaines quasiment désert, l’Union européenne (UE) ayant interdit aux navires immatriculés dans l’espace européen d’y faire escale. Les pénuries de médicaments et d’essence sont apparues dans la capitale économique. Le coût de la vie a plus que doublé en quelques semaines. La situation était devenue intenable pour la population et la situation sanitaire menaçait de devenir incontrôlable quand L. Gbagbo a finalement été arrêté, le 11 avril 2011, par les forces loyales à son rival et assigné à résidence à Korhogo (nord). Sa capture est intervenue après d’intenses bombardements menés principalement par la France, ainsi que par les forces de l’ONU en vertu de la résolution 1975 autorisant le recours à la force pour détruire les armes lourdes à Abidjan. Cette opération a constitué l’épilogue de la crise postélectorale.

Investi officiellement le 21 mai 2011 à Yamoussoukro, A. Ouattara a chargé G. Soro de former un gouvernement et s’est donné comme priorité de rétablir les services de base (eau et électricité) et de relancer l’activité économique. Les banques ont rouvert et les fonctionnaires ont touché deux mois de salaire. L’Agence française de développement (AFP) a consenti une aide de 400 millions d’euros à la Côte-d’Ivoire et l’UE a débloqué 44 millions d’euros. Le nouveau président affichait aussi sa volonté de rétablir la sécurité sur tout le territoire et un système judiciaire impartial. Il a nommé une commission « Vérité, réconciliation et dialogue » présidée par l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny. Selon les autorités d’Abidjan, la crise postélectorale a fait plus de 3 000 morts et un million de déplacés en Côte-d’Ivoire. Fin mai 2011, des rapports d’Amnesty International et de l’ONU ont affirmé que les deux camps étaient coupables d’exactions et d’exécutions.

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