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Attendues depuis près de quatre ans, les élections présidentielle et législatives auront lieu le 29 novembre 2009. C’est, en tout cas, ce qu’a annoncé, en mai 2009, le Premier ministre Guillaume Soro, immédiatement approuvé par le président sortant Laurent Gbagbo. La situation devenait ubuesque dans l’ancienne colonie française, coupée en deux depuis l’irruption d’une rébellion en septembre 2002. Alors que le chef de l’État, élu en octobre 2000, devait remettre en jeu son mandat en octobre 2005, le scrutin fut reporté sine die à de multiples reprises. Le représentant spécial du secrétaire général et chef de l’Opération des Nations unies en Côte-d’Ivoire (Onuci), le Sud-Coréen Choi Young-jin, en fut réduit à demander aux autorités locales de bien vouloir fixer une date…
Soulagée de l’éloignement d’une reprise de la guerre, la communauté internationale a longtemps paru résignée au statu quo. Cependant, à bout de patience, la France, désireuse de procéder dès que possible au retrait de ses troupes déployées depuis six ans dans le cadre de l’opération Licorne, réduisit progressivement ses forces à 900 hommes à l’été 2009 (contre 2 000 auparavant). Mais l’armée française, agissant en vertu des résolutions du Conseil de sécurité en soutien des « casques bleus » de l’Onuci, ne pouvait quitter ce théâtre d’opération unilatéralement. Début avril 2009, les États-Unis et la France répétèrent que la tenue du scrutin était « techniquement » possible en Côte-d’Ivoire. Ils ont fini par être entendus.
Les principaux intéressés, les Ivoiriens eux-mêmes, paraissaient étrangement passifs. Certes, le long processus d’identification de la population, prélude à la réactualisation des listes électorales, était en passe d’être bouclé en mai 2008 grâce aux deniers de la communauté internationale (avec un budget de 240 millions $). Près de 7 millions de personnes furent enregistrées sur un total de 8,6 millions. Mais, durant de longs mois, pour les différents acteurs ivoiriens, il fut urgent de ne pas se hâter d’aller devant les électeurs.
Ce surplace sembla convenir à tout le monde, ou presque, dans l’ex-colonie française. Laurent Gbagbo, que les rebelles des Forces nouvelles voulurent déloger du pouvoir en 2002, achevait un second mandat sans avoir été élu. Celui qui voulut le déboulonner, l’ancien leader étudiant Guillaume Soro, dirigeait le gouvernement depuis les accords de Ouagadougou (mars 2007), et profitait des rentes attachées à ce poste. Ses anciens compagnons d’armes continuaient d’administrer la moitié nord du pays, arrondissant leurs comptes en banque à coups de taxes et d’exploitation sauvage des ressources locales (bois, or, cacao). Quant aux deux principaux rivaux de L. Gbagbo, Henri Konan Bédié, ancien président et chef de l’ancien parti unique (Parti démocratique de Côte-d’Ivoire, PDCI), et Alassane Ouattara (ex-Premier ministre, chef du Rassemblement des républicains), ils semblaient prêts à patienter aussi longtemps que nécessaire pour que l’identification la plus complète soit menée, gage selon eux de leur future victoire.
De plus en plus « fatiguée » et résignée à lutter pour sa survie quotidienne, la population semblait ne plus rien espérer des politiques. Selon la Banque mondiale, la moitié des Ivoiriens vivait désormais sous le seuil de pauvreté. Entre 2000 et 2006, le PIB ivoirien avait chuté de 15 %. Malgré l’inertie ambiante, les institutions financières internationales décidèrent néanmoins de reprendre leur coopération avec Abidjan afin d’atténuer les effets de la récession mondiale sur un pays encore fragile politiquement. Après avoir interrompu tous ses programmes en 2003 et délocalisé son siège d’Abidjan à Tunis, la Banque africaine de développement (BAD) reprit notamment ses activités après que le gouvernement ivoirien eut apuré ses arriérés d’un montant de 517 millions $.
Le Fonds monétaire international (FMI) lui accorda également un prêt préférentiel de 565 millions $ sur trois ans dans le cadre de sa Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). Après que le régime de L. Gbagbo a donné des assurances, notamment sur la gestion – jusqu’ici opaque – du pétrole exploité dans le golfe de Guinée, le FMI a indiqué qu’Abidjan avait atteint le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), prélude à l’allègement de sa dette extérieure. Enfin, la Banque mondiale approuva un don de 150 millions $.
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