![]() |
Retrouvez nos dernières parutions sur |
À la veille du sommet du G-20 (novembre 2010), le président Lee Myung-bak a déclaré que la Corée intégrait « le groupe de pays qui font les règles, alors que les autres les suivent ». Pour contribuer à résoudre le conflit sur la parité du yuan, il a centré les débats sur les déséquilibres des balances des paiements courants. S’il a évité une confrontation avec Pékin, le sommet n’a pas abouti à un accord.
L’excédent coréen a diminué (de 3,9 % à 2,7 % du PIB en 2010), conséquence du rebond de 2010, « l’année des deux moitiés ». Après la forte reprise du premier semestre, la croissance s’est tassée au second. Toutefois, avec une croissance de 6,2 % sur l’année, la Corée a réalisé sa meilleure performance depuis 2002. Ce rebond a amené la banque centrale à relever à 2,5 % son taux d’intervention, qu’elle avait fortement diminué depuis la fin de 2008. Elle devait continuer dans ce sens en 2011 car l’envolée des cours des matières premières entraînait la hausse des prix à la consommation (+ 2,9 % en 2010). Le tassement de la demande chinoise et la catastrophe de Fukushima risquaient de peser sur la croissance, qui reviendrait sans doute en dessous de 5 % en 2011.
Les ménages ont profité de la baisse des taux pour s’endetter, n’épargnant plus que 3 % de leurs revenus, au lieu de 24 % dix ans plus tôt. Leur niveau d’endettement était supérieur à celui des ménages américains ! Comme ces derniers, ils empruntaient pour acquérir des biens immobiliers mais les banques coréennes faisaient davantage attention que les établissements américains à la solvabilité et leurs prêts ne dépassaient pas 40 % de la valeur du bien.
Grâce à ce rebond, l’économie a créé 323 000 emplois, du jamais vu depuis 2004. Paradoxalement, le chômage a augmenté car, reprise aidant, les Coréens ont été plus nombreux à chercher un emploi. Fin 2010, on recensait 920 000 chômeurs, dont la moitié de jeunes. Cette statistique masquait une situation sociale plus difficile car 28 % des emplois étaient temporaires et la moitié n’étaient pas couverts par des régimes d’assurance.
Le recensement a confirmé que la Corée était le pays qui vieillissait le plus vite en Asie : l’espérance de vie atteignait 80 ans et la fécondité a été ramenée à 1,15 enfant. Il a également signalé une réduction du déséquilibre entre les genres. Les baby-boomers approchant les 55 ans, âge de départ à la retraite de nombreux Coréens, le nombre de seniors allait exploser : un Coréen sur six en 2011, un sur trois vingt ans plus tard. Anticipant les problèmes du vieillissement, le gouvernement a lancé un « plan Alzheimer » ambitieux. Par ailleurs, pour pallier la baisse des actifs, il a cherché à augmenter le taux de participation des femmes mariées, l’un des plus faibles de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en demandant aux entreprises de créer des crèches et de réduire les horaires de travail des femmes élevant leurs enfants.
Déficit démographique et hausse des revenus ont encouragé l’entrée d’immigrés, qui seraient 1,3 million, dont 300 000 clandestins – un sujet de débat dans cette société très homogène. Introduits en 2004, les permis de travail avaient une durée maximum de cinq ans et accordaient les mêmes protections légales qu’aux citoyens. Un rapport d’Amnesty International a montré que la loi n’était pas toujours appliquée et que, soumis à de nombreux abus, les immigrés hésitaient à porter plainte.
Autre conséquence de ce vieillissement, le National Pension System (NPS) était le quatrième fonds de retraite dans le monde et un investisseur de référence sur le marché boursier coréen. Ses participations au capital des entreprises contribuaient à modifier l’attitude des chaebols (conglomérats), qui n’avaient jusqu’alors manifesté que peu d’égards envers les actionnaires minoritaires. Avec 280 milliards de dollars, le tiers de la capitalisation boursière, le NPS était trop important pour la Corée : il devrait donc porter ses investissements à l’étranger à 100 milliards de dollars d’ici 2014. En 2010, il a pris des participations minoritaires dans Chevron et dans l’immobilier en Europe.
Deux ans après la faillite de Lehman Brothers, les capitaux revenaient. Le won a retrouvé en avril 2011 sa parité de septembre 2008 vis-à-vis du dollar. Pour freiner cette appréciation, le gouvernement a imposé une taxe sur les achats d’obligations d’État par les investisseurs étrangers. Si elle attirait les capitaux, la Corée séduisait assez peu les investissements directs étrangers (IDE) et les Coréens investissaient davantage à l’étranger que les étrangers n’investissaient en Corée. Avec 293 milliards de dollars de réserves, la Corée avait les moyens de ses ambitions. L’État a créé une cagnotte de 12 milliards de dollars dans laquelle les entreprises publiques puisaient pour financer des projets visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières. Ainsi, en 2010, elles ont acquis des droits d’exploration de pétrole (Kazakhstan et Canada) et se sont engagées dans l’exploitation de minerai de fer en Sibérie. Pour sécuriser ses importations de lithium, la Corée, fabriquant un cinquième des piles dans le monde, a invité le président bolivien. De leur côté, les chaebols ont poursuivi leur internationalisation et étaient attirés par l’Inde. En 2010, Posco a obtenu le feu vert du ministère indien de l’Environnement pour la construction d’un complexe sidérurgique dans l’État de l’Orissa.
Depuis que la Corée a fait de la croissance verte sa priorité, les chaebols se sont engagés dans les énergies renouvelables : Hyundai a commencé à fabriquer des voitures hybrides et des turbines éoliennes. Kepco, qui pourrait profiter des revers de l’industrie japonaise dans le nucléaire, a construit un champ d’éoliennes et de panneaux solaires au Canada. Les Coréens développaient aussi le solaire au Mozambique.
Nouvelle puissance industrielle, la Corée commençait à percer dans les services et bénéficiait de la « Korean Wave », l’engouement asiatique pour les feuilletons et les chanteurs coréens : illustration de cette transition, les recettes des films d’animation auraient dépassé celles de la construction navale, en partie délocalisée en Chine.
Le traité de libre-échange avec les États-Unis n’était pas encore ratifié. Le 7 décembre 2010, dans un rare moment de consensus, l’opposition et le parti du président ont exigé des excuses du ministre du Commerce, auquel ils reprochaient d’avoir cédé aux pressions américaines. Washington a en effet obtenu que l’industrie automobile coréenne, contrôlant 8 % du marché américain, échappe à l’accord. Si elle a conditionné la ratification du traité de libre-échange par le Congrès américain, cette révision pourrait le faire capoter côté coréen. De son côté, le Parlement européen a voté en février 2011 le traité de libre-échange avec la Corée.
En janvier 2011, reprenant un souhait du président Lee Myung-bak, le Parlement a adopté un impôt pour préparer la réunification (2 % de l’impôt sur le revenu, 0,5 % de l’impôt sur les sociétés et 5 % de l’impôt sur les successions). Le gouvernement a lancé la réalisation d’un dictionnaire « Nord-Sud » car le coréen n’a pas évolué de la même façon de part et d’autre du 38e parallèle, le Sud ayant emprunté des mots anglais lorsque le Nord a conçu des néologismes.
Ces initiatives étaient d’autant plus étonnantes que l’on assistait à une montée des tensions. En novembre 2010, les quatre victimes des tirs de l’artillerie nord-coréenne sur l’île de Yeonpyeong ont plus choqué l’opinion sud-coréenne que le torpillage de la corvette Cheonan (46 victimes) huit mois plutôt. Ces attaques ont renforcé les liens avec les États-Unis, rapprochement favorisé par les relations de confiance entre les deux présidents. Les sondages signalaient un revirement de l’opinion coréenne, qui souhaitait un renforcement des liens avec les États-Unis. L’attitude de Pékin, qui n’a pas condamné Pyongyang pour le torpillage du Cheonan, a choqué les Coréens car « si les Coréens du Nord n’étaient pas les agresseurs, alors c’étaient les Martiens ». Fin décembre 2010, bravant les vociférations de Pyongyang, l’armée sud-coréenne a participé à des manœuvres avec l’armée américaine. Au même moment, la marine est intervenue au large des côtes somaliennes pour délivrer l’équipage d’un cargo battant pavillon sud-coréen qui avait été pris d’assaut par des pirates. En partenariat avec New Delhi, Séoul prévoyait de renforcer sa présence militaire dans l’océan Indien.
Les élections partielles organisées le 27 avril 2011, qui avaient valeur de test pour la présidentielle de fin 2012 et les législatives de 2013, ont envoyé un signal inquiétant au Grand Parti national (GPN) au pouvoir en donnant une nette victoire à la coalition d’opposition conduite par le Parti démocrate (centriste). Prenant acte de ces résultats, Lee Myung-bak a procédé à un remaniement le 6 mai 2011.
Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.