Corée du Sud 2008-2009  

Jean-Raphaël  Chaponnière 
Mise en ligne : septembre 2009

La relance verte

Candidat, Lee Myung-bak promettait la croissance. Arrivé à la présidence, il gérait la récession. Jusqu’à l’automne 2008, la Corée échappait à la crise financière américaine et la Korea Development Bank (KDB) envisageait même d’acquérir une participation au capital de la banque Lehman Brothers. Critiqué par l’autorité financière coréenne (FSA), ce projet fut abandonné quelques jours avant la faillite de la banque d’affaires qui a marqué un tournant de la crise financière en provoquant partout le retrait des capitaux. Alors qu’en 1997 (« la crise du FMI »), ces sorties avaient sanctionné l’aversion au risque coréen, en 2008, elles s’expliquaient cette fois par le besoin de liquidités des investisseurs étrangers. Ces derniers contrôlant la moitié de la capitalisation boursière, leur retrait provoqua la dégringolade de l’indice Kospi et une chute de 40 % de la valeur du won par rapport au dollar. Obéissant aux pressions du ministre de l’Économie, la Banque de Corée décida d’intervenir pour stabiliser la monnaie et les investisseurs profitèrent des périodes d’accalmie sur le marché des changes pour vendre des titres, provoquant de nouvelles baisses. À partir de janvier 2009, la Banque de Corée cessa d’intervenir et le won glissa jusqu’en mars, pour se redresser lentement ensuite.

Une drôle de récession…

Les Japonais furent nombreux à saisir cette opportunité pour faire leurs emplettes de Noël à Séoul ! La dépréciation du won donna un sérieux coup de pouce à la compétitivité de l’industrie coréenne qui dominait la construction navale et occupait de fortes positions sur les marchés de l’électronique, de la sidérurgie et de l’automobile. Ainsi, aux États-Unis, Hyundai fut le seul constructeur automobile à augmenter ses ventes en 2008. Les exportateurs coréens souffraient néanmoins de la baisse brutale des importations américaines et de la chute de leurs ventes en Chine, leur principal débouché. Alors que les exportations baissaient fortement jusqu’en mai, le solde commercial se redressait du fait de l’effondrement des importations dû, entre autres, à la chute du cours des matières premières. Ainsi, après un léger déficit en 2008, la balance des paiements courants dégageait un excédent en 2009.

La chute du won fut un coup dur pour les banques coréennes qui avaient emprunté en devises pour financer l’endettement des ménages : avec une dette équivalente à 150 % de leurs revenus disponibles, ces derniers étaient, en moyenne, plus endettés que les Américains ! À l’origine de cette endettement, la baisse des taux, l’agressivité commerciale des banques et l’accès à la propriété. Ces difficultés obligèrent les banques à limiter leurs crédits, freinant l’investissement alors que la crise provoquait une chute de la consommation.

La chute des exportations, principal moteur de l’économie coréenne, plongea le pays dans la récession. Le PIB se contracta de 3,4 % au quatrième trimestre 2008 par rapport au quatrième trimestre 2007 et de 20 % par rapport au troisième trimestre 2008 ! La Corée avait peut-être touché le fond au premier trimestre 2009 et la contraction devait atteindre 3 % dans l’année. Dans ce contexte, l’inflation n’était plus un sujet d’inquiétude, contrairement à la situation sociale, assez préoccupante.

En hausse de 200 000 entre novembre et mars, le nombre de chômeurs devait atteindre 1 million en juin. Le taux de chômage (3,7 % en mars) ne rendait pas compte de la dégradation sociale : près de 100 000 Coréens se retiraient du marché du travail tandis que l’emploi précaire se développait rapidement. Conscients des dangers qui pesaient sur leur patrie, les Coréens renouèrent avec l’esprit de sacrifice. Des salariés proposèrent une baisse de salaire pour échapper à des licenciements. L’administration et les chaebols (conglomérats d’entreprises) diminuèrent les salaires des cadres pour financer la création de nouveaux postes et, selon la Chambre de commerce, la moitié des grands groupes pratiqua le « partage du travail » tout en réduisant les salaires d’embauche pour augmenter les recrutements.

Forte de plus 200 milliards $ de réserves, la Corée du Sud avait les moyens de faire redémarrer son économie. Le gouvernement engagea deux plans de relance représentant un effort équivalent à 6 % du PIB. Selon la banque HSBC, le plan coréen était le plus « vert » de tous ceux engagés dans le monde. Il accélérait plusieurs programmes de recherche, dont la mise au point d’une voiture équipée d’une batterie au lithium, la construction de digues devant permettre au président de réintroduire le projet de grand canal, abandonné en 2008. En mars 2009, l’État annonça également un plan de formation visant à créer 500 000 emplois. La Corée se préparait à l’après-crise.

La compétitivité coréenne, notamment dans l’automobile, constitua l’un des points d’achoppement des négociations d’un traité de libre-échange avec l’Union européenne (UE), toujours en attente de signature. Le précédent américain démontra que la signature n’était qu’une étape : signé en 2007, le traité avec les États-Unis n’était ratifié par aucune des parties, une question que la secrétaire d’État Hillary Clinton se garda d’évoquer lors de sa visite à Séoul en février 2009. À cette occasion, une enquête du Chicago Council for Global Affairs montra que les États-Unis étaient devenus la nation favorite des Coréens alors que la Chine se voyait rétrogradée au troisième rang.

Le président fit preuve de beaucoup de détermination dans la gestion de la crise : il établit une « war room » à la Maison-Bleue où il organisa des meetings réguliers pour suivre la mise en œuvre du plan de relance. Cette attitude lui valut une légère amélioration de sa cote de popularité.

C’est à propos du traité de libre-échange avec les États-Unis que la classe politique coréenne démontra une nouvelle fois ses limites. La Corée traversait une crise grave, et les parlementaires en venaient aux mains. En décembre, ils transformèrent l’Assemblée nationale en véritable terrain de bataille. Après avoir organisé un sit-in, le Nouveau Parti démocrate unifié (UDP) interdit l’accès de l’Assemblée aux députés de la majorité et empêcha l’adoption de lois autorisant les entreprises à posséder une banque, à entrer sur le marché des médias et à élargir ainsi l’emprise des chaebols. L’UDP souhaitait surtout manifester son opposition à la ratification du traité de libre-échange avec les États-Unis, et ce d’autant plus bruyamment qu’il avait lui-même appuyé l’ouverture des négociations par le gouvernement précédent, provoquant de violentes manifestations des agriculteurs opposés à l’ouverture du marché de la viande. Parmi les autres sujets de dispute au Parlement, figurait l’autorisation du vote des Coréens vivant à l’étranger. Trois millions d’entre eux y possédaient une résidence permanente et le débat porta sur le droit des propriétaires d’une résidence temporaire (1 million), plus jeunes et moins disposés à voter pour le parti du président, le Grand Parti national (GNP).

Au mois de mai, après avoir été interrogé sur les agissements de sa famille, l’ex-président Roh Moo-hyun se donna la mort. Ses obsèques, organisées quelques jours après les essais nucléaires de Pyongyang, démontrèrent que la société était partagée sur la politique à mener vis-à-vis de la Corée du Nord.

Bien loin de la péninsule coréenne, Séoul fut l’un des enjeux du renversement de l’ex-président malgache Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina. Le premier acte du nouveau président fut de dénoncer l’acquisition pour 99 ans de 1 million d’hectares, soit la moitié de la surface agricole utile, par Daewoo Logistics.

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