Corée du Nord 2010-2011  

Jean-Raphaël Chaponnière 
Mise en ligne : septembre 2011

L’année des provocations

L’économie ne s’est pas remise de la dévaluation décidée en novembre 2009 qui a désorganisé les marchés. L’économie se serait contractée en 2010 et, entre novembre 2010 et février 2011, le won nord-coréen aurait perdu près de la moitié de sa valeur au marché noir, tandis que l’envol des prix faisait craindre une dégradation de la situation alimentaire en 2011.

En dépit des tensions sur la péninsule, la zone industrielle de Kaesong s’est agrandie. Une centaine d’entreprises sud-coréennes y employaient 44 000 Nord-Coréens. Mais les échanges avec le Sud restaient très faibles comparés au commerce avec la Chine, qui a augmenté de 50 % en 2010. Ces échanges étaient la bouée de sauvetage du régime de Pyongyang, qui en allait en avoir besoin en 2012 : pour célébrer le 100anniversaire de la naissance de son père, Kim Jong-il a promis d’« ajouter du riz à la soupe à la viande sur chaque table ». Du fait de la détérioration économique, le nombre d’émigrés nord-coréens a doublé en deux ans (ils seraient 20 000). Leurs témoignages faisaient état d’un très grand ressentiment à l’encontre de Kim Jong-il, sans que cela se traduise par des manifestations. Le pouvoir nord-coréen allait être confronté au défi des nouvelles technologies, des ONG sud-coréennes ayant réussi à distribuer des téléphones portables au Nord.

Sur le plan international, 2010 a été l’année des provocations. Huit mois après le torpillage du destroyer Cheonan, l’artillerie nord-coréenne a procédé à des tirs sur l’île de Yeonpyeong (23 novembre) qui ont fait quatre victimes. Auparavant, à l’occasion d’une visite de la centrale nucléaire en construction à Yongbyon, un spécialiste américain a découvert l’existence d’une unité d’enrichissement d’uranium équipée de 2 000 centrifugeuses ; les deux installations devaient être achevées en 2012.

L’attaque sur Yeonpyeong aurait été suivie du limogeage du ministre de la Défense, du chef d’état-major et du commandement de la défense nucléaire – une épuration à replacer dans le contexte de la succession de Kim Jong-il, tout comme sa visite surprise (la seconde de l’année) à Changchun dans la province chinoise de Jilin (octobre 2010), où, probablement accompagné de son troisième fils Kim Jong-un, il a rencontré Hun Jintao. Un mois plus tard, annonçant sa promotion au grade de général de l’Armée populaire, l’agence de presse nord-coréenne a pour la première fois cité le nom du troisième fils, désigné jusqu’alors comme « le jeune capitaine » ou « CNC » (« Computer Numerical Control », pour souligner son modernisme). Tout aussi dépourvue d’expérience militaire que son neveu, la sœur de Kim Jong-il a également été promue au titre de général. Elle est l’épouse de Jang Song-thaek, considéré comme le numéro 2 du régime : l’après-Kim Jong-il pourrait commencer par une période de « régence » collégiale confiée à Jang Song-thaek et son épouse. Ces promotions ont précédé le congrès du Parti des travailleurs (septembre 2010), le premier depuis 1980, qui a intronisé la troisième génération des Kim. Dénoncée publiquement par le premier fils de Kim Jong-il résidant à Macao, cette nomination aurait aussi été critiquée par le vice-maréchal Ri Yong-ho, âgé de 80 ans.

Selon WikiLeaks, les autorités chinoises ne seraient pas opposées à la réunification de la péninsule coréenne. Ces révélations ont étonné les observateurs de la Chine, sa position vis-à-vis de la Corée du Nord étant tout autant une question de politique extérieure qu’un enjeu de politique intérieure, à quelque mois du changement de direction chinoise. Xi Jinping, successeur désigné de Hu Jintao, a ainsi participé aux célébrations du 60anniversaire de l’intervention chinoise dans la guerre de Corée.

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