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Isolée du reste du monde, la Corée du Nord, en état de crise permanente, a vu son niveau de vie diminuer depuis 1989. La conjoncture y était plus sensible aux aléas climatiques qu’aux dérives du capitalisme financier. Après une récolte 2008 abondante, la situation économique se serait néanmoins améliorée, grâce à une embellie du commerce avec la Chine, son premier partenaire commercial. Selon les douanes chinoises, les échanges entre les deux pays auraient augmenté de 40 % en 2008 pour atteindre le chiffre record de 3 milliards $ alors que le commerce entre les deux Corées se stabilisait à 1,8 milliard $. Paradoxalement, l’amélioration de la conjoncture a contribué au raidissement politique. Le gouvernement suspendait ainsi la distribution de l’aide alimentaire alors que 9 millions de Coréens avaient besoin de cet apport.
Au premier semestre 2009, Pyongyang subissait l’impact du ralentissement chinois et de la chute des cours du minerai de fer. Ses mines de charbon étaient affectées par les inondations. La Corée du Nord souffrait également indirectement de l’effondrement du won sud-coréen qui réduisait la compétitivité de la zone industrielle de Kaesong, où les salaires étaient libellés en dollars alors que les entreprises sud-coréennes facturaient leur production en wons. Ces dernières ont réagi en diminuant leurs paiements au gouvernement. L’activité de la zone était en outre interrompue par des coupures d’électricité et le blocage des camions décidé par Pyongyang pour protester contre les exercices conjoints des armées américaine et sud-coréenne.
Le raidissement nord-coréen s’est exacerbé avec la préparation du lancement du missile de longue portée Taepodong-2 qui s’est déroulé début avril 2009. Si la Corée du Nord n’avait pas réussi à placer un satellite en orbite, elle n’en avait pas moins démontré qu’elle possédait une capacité de projection de plusieurs milliers de kilomètres. Cet essai fut condamné par le Conseil de sécurité et Pyongyang réagit en se retirant du « dialogue à six », en exigeant le départ des observateurs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et en reprenant son programme nucléaire. En mai, la Corée du Nord procédait à deux essais nucléaires souterrains et au lancement de plusieurs missiles de moyenne portée. Ces tests, qui démontraient que l’influence de la Chine était limitée, furent condamnés par l’ensemble de la communauté internationale. Séoul réagit en adoptant le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), amenant Pyongyang à dénoncer l’armistice de 1953.
En procédant à ces essais, Kim Jong-il rappelait à Washington que la Corée du Nord était une puissance nucléaire, statut qui fondait la légitimité du régime et constituait sa seule défense. L’attitude nord-coréenne devait également être replacée dans son contexte politique. Kim Jong-il devait donner des gages à l’armée pour qu’elle soutienne son successeur. Alors que Kim Il-sung avait préparé sa succession vingt ans à l’avance, Kim Jong-il, âgé de 67 ans, avait attendu jusqu’à 2008. Après avoir subi une attaque cérébrale, il a rompu avec la tradition confucéenne et désigné le plus jeune de ses trois fils, Kim Jong-un (26 ans).
En mars 2009, Kim Jong-un se présentait aux élections de la 12e Assemblée populaire au cours desquelles un candidat unique s’était présenté par circonscription, les éventuels opposants devant mettre leur bulletin dans une urne spéciale. Élu, Kim Jong-un se voyait propulsé à la tête de la commission des Affaires étrangères du Parti. S’inspirant des citations du quotidien officiel Rodong Sinmun, les analystes sud-coréens évoquaient les « six étoiles » montantes du pays, dont Ri Yong-chol, premier secrétaire du Comité central des jeunes socialistes, Kim Thae-jong, vice-directeur du département international du Comité central, et deux militaires, Kim Il-chol et Ri Myong-su. Le général Pak Jae-kyong aurait déclaré que l’armée défendrait la lignée de Kim Il-sung.
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