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Des confins du Nord-Katanga aux frontières de la République démocratique du Congo (RDC) avec la Centrafrique et le Soudan, les bandes armées ont continué à semer la mort et parfois même à se reproduire sans fin. Qu’il s’agisse des Maï-Maï et des groupes de rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans les deux provinces du Kivu et au Maniema, des combattants ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) toujours actifs en Province Orientale, ou des Forces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU) au Nord-Kivu, l’insécurité a persisté avec son cortège de violences sexuelles, de pillages et d’exactions – sans parler des actes nombreux de banditisme social (meurtres de commerçants, de prêtres, etc.) perpétrés par des « hommes armés non identifiés ».
Face à eux, l’armée nationale congolaise, désorganisée et dont certains éléments étaient compromis dans des exactions et dans l’exploitation illégale des ressources minières qui abondent dans l’Est, restait peu crédible. Depuis le début 2011, et sous la pression internationale, une réorganisation des structures de cette armée a commencé dans les deux Kivu. Des procès à l’encontre de militaires, y compris des hauts gradés, ont commencé à se tenir (dont celui des assassins présumés, gradés de la police nationale, d’un militant célèbre des droits humains, Floribert Chebeya). Quelques opérations (Amani Leo, Opération Ruhenzori) conduites contre les rebelles du FDLR ou ceux de l’ADF/NALU ont connu des résultats positifs. Mais l’armée restait une force sans réelle capacité de dissuasion, que les populations touchées considéraient comme faisant partie du problème sécuritaire : des manifestations locales parfois violentes, des opérations « ville morte », des actes de vindicte populaire ont exprimé le ressentiment de ces populations à l’égard des carences de l’État.
La constitution d’une armée digne de ce nom ne pouvait se situer que dans une perspective de long terme. Ses effectifs (130 000 à 150 000 hommes) constituaient à eux seuls un défi, d’autant qu’aux anciens membres s’étaient joints des dizaines de milliers d’anciens rebelles dont beaucoup, lorsqu’ils avaient effectivement été intégrés aux forces armées congolaises (FARDC) – ce qui n’était pas toujours le cas –, n’avaient pratiquement reçu aucune formation adéquate. La coopération militaire internationale avec la RDC restait très disparate : seules quelques brigades avaient été formées, par des pays et organisations (Belgique, Angola, États-Unis, mission de l’ONU…) aux traditions militaires souvent très différentes. La communauté internationale et la RDC ne se sont pas concentrées ensemble sur un même objectif, à savoir cantonner d’une manière acceptable un maximum de troupes et former quelques forces d’intervention rapide pouvant être déployées sur le terrain.
La RDC devait aussi faire face à un défi politique, avec la tenue de nouvelles élections présidentielle, législatives, provinciales et locales (les dernières n’ayant pas eu lieu comme prévu en 2007) devant s’étaler de fin 2011 à fin 2013. Une nouvelle commission électorale indépendante (CENI), qui s’est substituée à celle qui a supervisé les élections de 2006, la CEI, a finalement vu le jour en février 2011, soit six mois après la loi la constituant. Cette commission, dont le bureau était composé de sept membres réputés « indépendants » (quatre pour la majorité, trois pour l’opposition), était présidée par un pasteur proche du président de la République. Elle devait prendre le relais pour la révision du fichier électoral dans les cinq provinces qui n’avaient pas été touchées par la CEI. À l’instar de son prédécesseur, la CENI se heurtait à de nombreuses difficultés logistiques : absence d’électricité, longues distances à parcourir pour créer les centres d’enrôlement, pannes d’ordinateur, absence d’appui des autorités locales, non-paiement des agents locaux de la commission, etc.
La CENI était aussi tributaire du vote d’une modification de la loi électorale et donc d’un changement dans la Constitution dont le principe a été adopté au pas de charge par le Parlement en février 2011. Une nouvelle loi, dont la première mouture a été proposée par le parti du président Kabila et a été rejetée d’emblée par l’Assemblée nationale en avril, prévoyait une élection à un seul tour pour l’élection présidentielle, ce qui avantageait le président sortant, et une élection de type mixte (majoritaire et proportionnelle) pour les autres élections, ce qui avantageait les grandes formations par rapport aux candidats indépendants ou à ceux de tout petits partis. Ces deux modes de scrutin ont été rejetés par les grands ténors de l’opposition, Étienne Tshisekedi pour l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ; Vital Kamerhe, un dissident de la majorité présidentielle et proche de Joseph Kabila ; ainsi que par le parti de Jean-Pierre Bemba qui, emprisonné à La Haye, attendait la tenue de son procès. Cependant, le projet de loi pourrait en définitive passer, de nombreux parlementaires étant réputés susceptibles de succomber aux appâts « financiers » du pouvoir.
Le calendrier électoral restait largement indéterminé. Fin 2010, la CEI avait prévu le premier tour de l’élection présidentielle et les élections législatives pour la fin novembre 2011 (afin de respecter les délais constitutionnels relatifs à la désignation du nouveau président de la République), tandis que le second tour de la présidentielle et les élections provinciales étaient prévus pour février 2012, les élection locales étant repoussées à 2013. Au mois de mars 2011, il a été question de découpler l’élection présidentielle (à un tour) des élections législatives, un découplage catégoriquement repoussé par l’opposition parlementaire. En plus des difficultés logistiques dans les opérations de révision du fichier électoral, l’obstacle principal semblait financier. Échaudés par les modifications annoncées de la loi électorale, les bailleurs de fonds traînaient à concrétiser leurs engagements (un peu moins de 100 millions de dollars réellement engagés sur les 265 millions prévus), tandis que le gouvernement congolais n’avait déboursé qu’un tiers de la part qu’il avait promise (350 millions de dollars).
En définitive, le calendrier proposé par la CENI a maintenu au 28 novembre la date des élections présidentielle et législatives, le président de la République devant prêter serment un mois plus tard. S’il était plausible que l’enrôlement des électeurs soit achevé dans les temps dans la mesure où la carte d’électeur tenait désormais lieu de carte d’identité, le niveau de la participation électorale restait une inconnue.
En dépit de toutes ces incertitudes, on paraissait se diriger vers un type de pouvoir plus présidentiel qu’auparavant, et ce dans un contexte de survie à tous les étages et de gouvernance formelle où les institutions politiques n’œuvraient qu’à la superficie des choses (votes de lois, ordonnances…) sans percoler véritablement dans une société laissée pour compte et dont beaucoup de segments voteraient sans doute avec leurs pieds.
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