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Après une offensive militaire menée à partir de fin août 1998 dans ses deux bastions dans les territoires de Masisi et de Rutshuru par l’ex-général Laurent Nkunda, président du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le Rwanda, suspecté d’apporter son soutien logistique et militaire au chef rebelle tutsi congolais, a préparé, dès le début décembre 2008, une opération conjointe avec l’armée congolaise, théoriquement pour venir à bout des rebelles hutus congolais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans le Nord-Kivu.
Cette offensive, qui ne devait durer qu’un mois, a été organisée de concert par le chef d’état-major rwandais, James Kabarehe, et le général de la police congolaise, John Numbi, un officier katangais proche du président Joseph Kabila. Elle a paradoxalement abouti, non pas à l’éradication des bandes armées des FDLR, mais à l’arrestation de L. Nkunda à Gisenyi, laquelle pouvait être interprétée comme une exfiltration d’un « chef de guerre » devenu encombrant pour le président rwandais Paul Kagame.
Ce dernier, mis sous pression par les États-Unis, le Royaume-Uni ou des pays comme la Suède et les Pays-Bas, qui avaient suspendu leur aide au Rwanda, ne souhaitait en effet plus apparaître comme un responsable de la déstabilisation dans l’est du Congo. En outre, il est probable que certains importants hommes d’affaires tutsis congolais de Goma commençaient à se fatiguer de l’« impôt révolutionnaire » imposé par les troupes de L. Nkunda.
Enfin, le CNDP était marqué par une sourde rivalité entre L. Nkunda, qui entendait désormais « chasser Kabila » du pouvoir à Kinshasa, et son chef d’état-major, Bosco Ntaganda, inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre commis en 2003 dans le district voisin de l’Ituri. Quoi qu’il en soit, quelques semaines avant le début de l’offensive conjointe, B. Ntaganda, qui avait sans doute reçu de Kinshasa des garanties pour ne pas être transféré au siège de la CPI, a proclamé la destitution de L. Nkunda pour « corruption » et « mauvaise gouvernance ».
Alors que l’offensive conjointe a réussi à démanteler le CNDP, devenu depuis lors un parti politique, elle n’a donné que très peu de résultats en matière d’éradication des FDLR. Certains commandants ont été tués ou capturés, mais la plupart d’entre eux se sont réfugiés dans les forêts. Par ailleurs, l’offensive ne concernait pas le Sud-Kivu et l’ouest du Nord-Kivu, où les FDLR pouvaient continuer à se livrer en toute quiétude à leurs activités commerciales (taxation ou exploitation du coltan, de la cassitérite et de l’or, activités de transport, etc.). La Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUC) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) devaient en principe poursuivre l’opération rwando-congolaise, même si la force onusienne n’était pas engagée sur le front des combats.
À Kinshasa, l’offensive rwando-congolaise a créé un profond malaise. Il est en effet apparu que le nouveau chef d’état-major de l’armée congolaise (FARDC), Didier Etumba, n’avait pas été impliqué dans la préparation de l’offensive, tandis que la MONUC déclarait qu’elle ne l’avait pas été non plus, contrairement à ce qui avait été prévu dans la dernière résolution du Conseil de sécurité. Au Parlement, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a fait savoir que son institution n’avait pas été informée au préalable par le gouvernement et que cette offensive conjointe, qui paraissait surtout être menée par l’armée rwandaise, était mal perçue par les populations, marquées par l’occupation rwandaise du Kivu entre 1998 et 2002. Si le chef d’état-major des FARDC a fini par approuver l’opération rwando-congolaise, le président de l’Assemblée a finalement été contraint à la démission sous la pression d’une large fraction de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), dont il était membre.
Bien qu’elle ait pris tout le monde de court, l’offensive conjointe a conforté finalement le président J. Kabila dans son image de « faiseur de paix », et surtout renforcé sa mainmise sur les institutions politiques de la IIIe République (instaurée en 2006), malgré la vigilance de l’opposition parlementaire, restée active dans le contrôle des actes de l’exécutif. Le pouvoir comme l’opposition ont dû toutefois faire face à l’incapacité de l’appareil d’État à s’imposer du fait de la culture de l’impunité et de la survie, installée en haut et en bas de l’échelle sociale, ainsi qu’à la dégradation continue de la situation économique, aggravée par la crise financière internationale. L’armée, premier outil de la souveraineté nationale, est restée gangrenée par les privilèges de certains, l’absence d’une véritable hiérarchie de commandement et le problème de soldes insuffisantes et très irrégulièrement payées, même si de légers progrès ont pu être enregistrés dans le domaine de son recensement par le biais de procédés biométriques.
Dans le domaine financier et économique, le Congo (-Kinshasa) a subi de plein fouet les conséquences de la crise financière internationale, qui a porté un coup sérieux aux investissements dans le secteur minier, principale ressource du pays. La Banque centrale n’a disposé que de réserves monétaires limitées. Des grèves dans l’enseignement, les transports et les hôpitaux ont traduit le mécontentement des populations, qui avaient l’impression de ne pas avoir bénéficié des « dividendes de la réconciliation nationale » et d’une paix longue à venir aussi bien dans l’est que dans le nord du pays, où une autre offensive conjointe, menée par les forces congolaises (FARDC) et l’armée ougandaise, n’est pas venue à bout des petites bandes armées de la Lord’s Resistance Army (LRA) ougandaise.
Enfin, les relations entre les institutions financières internationales et le Congo (-Kinshasa) sont restées ambiguës, même si le FMI et la Banque mondiale ont accepté de fournir des aides d’urgence d’un montant de plus de 300 millions $. Des progrès substantiels ont certes été enregistrés dans la révision de contrats miniers, qui étaient dans le collimateur des deux institutions. Toutefois, il est resté la question du fameux prêt chinois de 9 milliards $ (soit l’équivalent approximatif de la dette congolaise), qui était destiné à financer la reconstruction des infrastructures et devrait être remboursé partiellement en titres miniers. Tant les institutions financières de Bretton Woods que les bailleurs de fonds traditionnels ont vu d’un très mauvais œil ce deal qui devrait alourdir la dette du pays, tout en marquant à coup sûr la méfiance de l’Occident par rapport à une pénétration multiforme, et jugée peu orthodoxe, de la Chine en Afrique
En ce qui concerne les relations diplomatiques, on a vu également le retour à la normalisation des relations entre la Belgique et le Congo (-Kinshasa) après une quasi-rupture de plus de huit mois suite aux propos malencontreux du ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, sur la « corruption » rampante régnant au Congo.
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