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L’ancien ministre de la Défense Juan Manuel Santos a succédé à un chef d’État charismatique, qui avait quitté la présidence avec une cote de popularité de 75 % mais un bilan contrasté. Alvaro Uribe a laissé un pays plus sûr et plus riche, mais plus corrompu et plus inégal ; de nombreux scandales ont jalonné son deuxième mandat (affaire de la « parapolitique », affaire des interceptions téléphoniques de l’Agence de sécurité intérieure (DAS), scandale des « faux résultats positifs » de l’armée). À l’issue de ses premiers mois au pouvoir, J. Santos s’est adroitement et progressivement distancé de A. Uribe. Il a incarné une manière différente de faire de la politique. L’« accord d'unité nationale » lui a garanti l'appui de plus de 70 % des parlementaires et 65 % des gouverneurs départementaux. Il a su s’entourer d’une équipe de professionnels talentueux et expérimentés et intégrer des personnalités de différentes tendances politiques. Surtout, il s’est attaqué aux principaux défis économiques et sociaux, à la question de la réforme agraire et des réparations aux victimes des groupes paramilitaires.
Grâce à la taille de son marché, à l’ampleur de ses ressources naturelles (émeraudes, café, pétrole, charbon notamment) et à une réputation historique de débiteur exemplaire, la Colombie a longtemps connu une croissance forte malgré le conflit interne et s’est dotée de solides fondamentaux macroéconomiques. L’impact de la crise mondiale n’a pourtant pas été négligeable. La croissance a fortement ralenti (passant de 7,5 % en 2007 à 0,5 % en 2009, et estimée à 2,5 % en 2010). L’adoption de politiques contracycliques adaptées (dont l’accélération des investissements publics) a toutefois permis d’en limiter les effets.
Le pays a pâti des graves tensions persistantes avec le Vénézuela, qui ont provoqué un quasi-arrêt des importations vénézuéliennes, traditionnellement très élevées, de produits colombiens. Il s’avérait aussi tributaire de la santé de ses autres principaux partenaires commerciaux (États-Unis, Équateur) et de la baisse des cours internationaux des principaux produits d’exportation (pétrole, charbon, etc.). Parallèlement, le déficit chronique des finances publiques constituait un point faible de l’économie colombienne.
Les politiques sociales, très insuffisantes, n’ont pas réussi à réduire sensiblement le niveau de pauvreté (45 %) ni celui de l’indigence (17,5 %). Les programmes sociaux étaient trop limités pour avoir des effets visibles à court terme. La persistance du conflit interne, malgré le recul des guérillas, avait pour conséquence l’existence de populations déplacées, toujours estimées à plus de 3 millions de personnes, particulièrement touchées par la pauvreté. Le taux de chômage structurellement élevé en Colombie (12 %) et l’emploi informel, concernant plus de 40 % de la population active, constituaient des freins importants au recul de la pauvreté.
C’est pourquoi J. Santos, tout en promettant de poursuivre comme son prédécesseur une lutte sans merci contre les groupes armés illégaux, a également mis l’accent sur un recentrage social de l’action de son gouvernement en proposant une liste de réformes vaste et ambitieuse dans les domaines de l’emploi, de la santé, du déficit fiscal, de la pauvreté, du secteur informel, de la justice et de la redistribution des terres.
Sur le plan de la politique extérieure, la Colombie était depuis plusieurs années le principal allié des États-Unis dans la région : ils lui accordaient, depuis 2000, près de 500 millions de dollars par an d’aide militaire. La nouvelle administration américaine a confirmé l’engagement de Washington aux côtés de Bogota. L’accord de coopération militaire signé par les deux pays le 30 octobre 2009 (permettant aux forces américaines d’utiliser sept bases militaires colombiennes en vue d’accroître la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme) a suscité des réactions critiques, voire franchement hostiles, d’une partie des États voisins. Le Vénézuela ayant décidé un « gel » des relations diplomatiques le 28 juillet 2009 et l’arrêt des importations de Colombie, les incidents à la frontière entre les deux pays se sont multipliés pendant plusieurs mois et l’on a pu craindre une escalade mais, même si la tension restait vive, un calme relatif était revenu avec l’élection de J. Santos. Ce dernier a exprimé sa volonté de développer une diplomatie plus active, après des années pendant lesquelles la Colombie, en raison de ses problèmes internes, était plutôt sur la défensive.
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