Colombie 2008-2009  

Sophie Daviaud 
Mise en ligne : septembre 2009

Une campagne présidentielle atypique

La Colombie se préparait à vivre une des campagnes électorales les plus atypiques de son histoire. Et ce pour une raison fondamentale : elle allait se dérouler dans des circonstances paradoxales. La personne qui avait le plus de chances de l’emporter ne pouvait en effet constitutionnellement prétendre à un troisième mandat consécutif sans modifier à nouveau la Constitution et faire approuver par référendum le principe d’une deuxième réélection. Dès lors, on ignorait si Alvaro Uribe Vélez pourrait être à nouveau candidat.

Pourtant, la plupart des Colombiens y étaient favorables. Le président A. Uribe avait entretenu l’ambiguïté en gardant le silence, même si tout indiquait qu’il voulait se voir pour quatre années supplémentaires au Palais de Nariño. Cette situation avait contribué à « congeler » la campagne et à polariser, encore un peu plus, le pays politique divisé entre uribistes et anti-uribistes. Les principaux candidats dans le camp uribiste, notamment Juan Manuel Santos, ex-ministre de la Défense, se présentaient comme des continuateurs de la « politique de sécurité démocratique » et se voyaient contraints à faire campagne sans se déclarer officiellement. Quant à l’opposition réunie dans le parti Pôle démocratique mais surtout représentée par une série de candidats indépendants, sa stratégie restait très hésitante.

Deux principaux scénarios se dessinaient. Si A. Uribe se lançait dans une course à la présidence, l’Assemblée législative devait d’abord approuver une loi appelant à un référendum constitutionnel, cette dernière devait être contrôlée par la Cour constitutionnelle et enfin approuvée par référendum par plus de 7 millions de Colombiens. Ce panorama demeurait donc incertain et permettait d’envisager un deuxième type de situation : des élections normales. Un sondage réalisé un an avant le premier tour des élections révélait que le candidat le mieux placé était Juan Manuel Santos (19 % des intentions de vote). En deuxième et troisième position figuraient l’ex-maire de Medellín, Sergio Fajardo (6 %), et le président du Pôle démocratique, Carlos Gaviria (5 %). Autrement dit, sans alliances, il ne pouvait y avoir de second tour. La même enquête montrait que, si le président A. Uribe participait aux élections, il serait réélu avec plus de 57 % des voix.

Le scandale de la « parapolitique »

La cote de popularité dont bénéficiait le président ne manquait pas de surprendre. Le scandale de la « parapolitique » qui avait révélé l’existence de liens entre des hommes politiques locaux et nationaux avec les groupes paramilitaires avait atteint des proportions effrayantes. Les enquêtes concernaient un tiers des 102 sénateurs élus en 2006 (33 %), 25 des 168 députés (15 %). Outre les 59 députés jugés, 253 fonctionnaires – élus ou membres des forces armées – étaient également jugés pour liens avec les paramilitaires. Les enquêtes montraient que le phénomène n’avait pas été limité à la côte nord de la Colombie, et qu’il n’avait épargné aucune région.

Près de 75 % des sénateurs et députés accusés de liens avec les paramilitaires appartenaient à des mouvements ou partis officiels et beaucoup étaient des personnes de confiance du président. Pourtant, les Colombiens continuaient à voter pour les partis politiques les plus impliqués dans la « parapolitique » et à exprimer leur soutien au président. La timidité de la réforme politique approuvée en mai 2009 n’incitait guère à l’optimisme. Censée sanctionner les partis dont les membres s’étaient alliés aux groupes armés illégaux, elle n’établissait quasiment aucune sanction explicite pour cette conduite. L’explication centrale résidait sans doute dans les résultats obtenus par le gouvernement Uribe dans le combat contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et dans le rétablissement partiel de la sécurité.

Le phénomène de « décélération » économique dû à la crise financière internationale n’a pas épargné la Colombie. On s’attendait à ce que la croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2009 soit de 3 %. La crise avait atteint les principaux partenaires commerciaux du pays : les États-Unis, le Vénézuela et l’Équateur. La population s’apprêtait à vivre des temps difficiles mais comptait également sur les ressources de l’économie colombienne pour affronter la crise. En tout état de cause, cette dernière ne semblait pas toucher le gouvernement Uribe qui résistait à toutes les épreuves.

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