Chine 2010-2011  

Dora Chesne 
Mise en ligne : septembre 2011

Consolider le système

Conservatisme politique et effort de réforme socioéconomique

La politique intérieure chinoise était placée sous le signe du volontarisme affiché pour l’amélioration des conditions de vie de la population, et du conservatisme s’agissant de l’attachement du régime à ses fondements. Dans la perspective du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC) prévu en 2012, l’action gouvernementale s’est concentrée sur le soutien à la croissance économique et le maintien de la stabilité, alors que le développement chez les citoyens de la conscience de leurs droits et la montée des tensions sociales constituaient un défi pour le système de parti unique, notamment du fait de l’effet de résonance d’Internet.

Le 30anniversaire de la Zone économique spéciale (ZES) de Shenzhen (15 millions d’habitants) en août 2010 a été l’occasion pour les autorités chinoises de réaffirmer le cap de la politique de réforme et d’ouverture. Les propos du Premier ministre Wen Jiabao soulignant l’importance de la réforme du système politique pour confirmer les résultats des réformes économiques ont attiré l’attention de nombreux observateurs spéculant sur un éventuel signal en faveur d’un aggiornamento politique.

Ces propos ont néanmoins été censurés dans les médias chinois, qui ont rappelé que la « réforme politique » renvoyait pour les autorités du pays à l’objectif de perfectionnement du système de parti unique et non à une progression en termes de démocratie et de droits de l’homme.

Le 5plénum du Comité central du PCC issu du XVIIe congrès en octobre 2010 a fixé les grandes lignes du plan quinquennal 2011-2015, soulignant l’objectif de restructuration du système économique chinois pour promouvoir l’innovation et favoriser l’avènement d’une « société de petite prospérité » d’ici 2020.

Le plénum a également été marqué par la nomination de Xi Jinping, vice-président de la République populaire de Chine, à la vice-présidence de la Commission militaire centrale (CMC). Cette nomination l’a conforté dans son statut de futur numéro 1 du régime à l’échéance de 2012-2013.

La réunion annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN) en mars 2011 a été centrée sur l’adoption du 12plan quinquennal, avec une attention particulière accordée aux attentes de la population sur les questions de maîtrise de l’inflation, d’éducation, de logement, de santé, de charge des impôts et de lutte contre la corruption. L’accent a également été mis sur la volonté de renforcer le contrôle social et les mesures de surveillance de l’Internet, tandis que, à partir de février 2011, une vague de répression sans précédent depuis la fin des années 1990 s’est abattue sur les voix considérées comme dissidentes.

L’attribution du prix Nobel de la paix au dissident Liu Xiaobo en octobre 2010, les soulèvements dans les pays arabes à partir de décembre 2010 et les appels à manifester en Chine sur le modèle du « printemps arabe » lancés en février 2011 sur un site Internet en chinois basé aux États-Unis ont accru la sensibilité des autorités chinoises au risque de déstabilisation du régime en lien avec des forces de l’étranger. Dans ce contexte, les préoccupations relatives aux atteintes aux droits et aux libertés au Tibet et au Xinjiang n’ont pas connu d’apaisement.

Malgré un certain mécontentement social lié à la montée des inégalités, à la corruption, aux abus de pouvoir des cadres locaux et aux dysfonctionnements de la justice, les autorités considéraient que la population était globalement satisfaite grâce à l’amélioration des conditions de vie et privilégiaient les ajustements progressifs.

Les défis de la deuxième économie mondiale

En 2010, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale, derrière les États-Unis et devant le Japon. Sa croissance a atteint 10,3 % selon les statistiques officielles. Ce chiffre, le plus élevé depuis la crise financière internationale de 2008, a confirmé la vigueur de son économie. Pour autant, la Chine restait un pays en développement confronté à de nombreux défis pour asseoir un modèle de croissance durable. Ainsi, avec près de 20 % de la population mondiale et 9,2 % du PIB mondial, la Chine se classait au 125rang mondial pour le PIB par tête (3 650 dollars américains en 2010, selon la Banque mondiale).

L’activité économique a bénéficié du plan de relance de 2009 et de la reprise du commerce extérieur. Les craintes liées à une surchauffe de l’économie (augmentation des prix à la consommation, bulles immobilière et boursière) ont conduit le gouvernement à prendre des mesures restrictives à plusieurs reprises en 2010 et début 2011. La lutte contre l’inflation a été placée en haut de l’agenda politique pour 2011. Les taux d’intérêt et des réserves obligatoires ont été relevés afin de restreindre le crédit. Une série de mesures de refroidissement du secteur immobilier ont été adoptées. L’ancrage de la monnaie chinoise au dollar américain a été suspendu en juin 2010, ce qui a entraîné une appréciation nominale du yuan d’environ 5 % par rapport au billet vert et une dépréciation d’environ 9,5 % face à l’euro entre cette date et mai 2011.

En 2010, la consommation, qui a bénéficié d’une hausse des salaires et de mesures de soutien du gouvernement, a contribué pour 3,9 points à la croissance. L’investissement a, pour sa part, contribué à hauteur de 5,6 points. Le commerce extérieur est resté un moteur relativement important de l’économie chinoise, même si sa contribution à la croissance n’a été que de 0,8 point.

À plus long terme, le ralentissement de la croissance s’inscrivait dans la ligne du 12plan quinquennal visant à mettre en place un modèle de développement moins quantitatif, mais cette évolution était préemptée par la priorité accordée au maintien des revenus de la croissance et à l’emploi. Pour les autorités, l’ajustement du modèle de développement chinois comportait des défis importants : inégalités croissantes, population vieillissante, chômage des jeunes diplômés, traitement discriminatoire à l’égard des travailleurs migrants, difficulté pour les cadres locaux à promouvoir une croissance moins intensive, plus soucieuse des enjeux écologiques et sociaux. Il imposait en outre la poursuite d’objectifs parfois difficiles à concilier : limiter la prépondérance de l’investissement dans la part du PIB tout en favorisant l’innovation ; préserver l’emploi tout en promouvant la montée en gamme de la chaîne de production et en diminuant le nombre d’industries polluantes ; améliorer les niveaux de revenus tout en luttant contre l’inflation nuisant au pouvoir d’achat des ménages et à la compétitivité du pays à l’exportation ; mettre en place un système de protection sociale efficace afin de favoriser la consommation domestique ; maintenir la position dominante des entreprises publiques dans les secteurs stratégiques sans brider la croissance du secteur privé ; rééquilibrer la balance commerciale de la Chine tout en continuant d’alimenter la croissance par la demande extérieure.

En 2010, le commerce extérieur de la Chine a connu une expansion de 34,7 %, quoique son excédent commercial ait diminué de 6,4 % pour atteindre 183,1 milliards de dollars. Le pays a ainsi continué d’accumuler des réserves de change qui ont atteint 3 045 milliards de dollars en mars 2011. L’Union européenne (UE) restait le premier partenaire commercial de la Chine, devant les États-Unis.

Renforcement prudent de la Chine sur la scène internationale

La crise économique et financière mondiale de 2008-2009 a renforcé la place de la Chine sur la scène internationale, notamment du fait de son soutien à l’économie mondiale. Son rôle central au sein du G-20 pour réformer le système de la gouvernance mondiale a consacré son statut de puissance émergente.

La politique extérieure de la Chine est restée placée sous le signe de la discrétion. Le « développement pacifique », la « non-ingérence » et la défense de ses « intérêts vitaux » (stabilité du régime, défense de la sécurité et de l’intégrité territoriale du pays, s’agissant en particulier de Taïwan, du Tibet et du Xinjiang, développement économique) en étaient les maîtres mots.

Pour autant, la diplomatie de Pékin a été marquée par une nouvelle assertivité liée à un plus grand activisme pour promouvoir ses intérêts nationaux à l’échelle mondiale, à son souci d’apparaître comme une puissance responsable et à son attention croissante portée à la protection des ressortissants chinois à l’étranger. La Chine a développé sa diplomatie économique en Russie, en Asie centrale, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient, et consolidait ses outils d’influence à l’international (instituts Confucius, médias chinois à l’étranger, aide au développement).

Le pays a aussi participé plus activement aux opérations de maintien de la paix ou à la lutte contre la piraterie. Il s’est rallié aux initiatives internationales pour des interventions en Côte-d’Ivoire et en Libye début 2011. Son rôle lors de la crise de l’euro, avec le rachat d’une partie de la dette publique de pays européens, a conforté son poids dans les grandes questions économiques.

Tout en entretenant des relations denses avec les États-Unis et l’UE, la Chine a affirmé plus ouvertement ses divergences avec ses grands partenaires (questions financières et commerciales, climat, droits de l’homme, affaires stratégiques). Se voulant un pont entre le Nord et le Sud, elle a affiché ses convergences avec les autres grands émergents et avec les pays du G-77 à l’ONU.

Cependant, la Chine restait prudente dans l’acceptation des responsabilités qui l’amèneraient à transiger avec la priorité qu’elle accordait à son développement interne : réticences devant la rénovation de la gouvernance mondiale ; freinage de la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU ; position en retrait en Afghanistan ; blocages sur les questions de non-prolifération nucléaire et de désarmement ; entorses aux règles du jeu économique. Elle a soutenu la Corée du Nord après le torpillage de la frégate sud-coréenne Cheonan au printemps 2010. Les tensions intervenues à l’été 2010 autour du différend territorial concernant les îles Diaoyu/Senkaku ont de nouveau mis en relief la crispation de la Chine sur les questions de souveraineté dans son environnement régional.

En 2010, la Chine a ainsi donné l’image d’un pays à la fois plus disposé à contribuer à l’ordre international, mais aussi prêt à une grande fermeté, voire à des positionnements brutaux, pour défendre ses priorités.

Défense : des ambitions de puissance à relativiser, mais un manque continu de transparence

En matière de défense, la Chine a annoncé pour 2011 une hausse de son budget de 12,7 % par rapport à 2010, reprenant son rythme de croissance à double chiffre depuis le début des années 1990. Sur fond de ralentissement de la conjoncture économique, 2010 avait constitué un hiatus à cet égard (7,5 % de hausse). Cette reprise du rythme de croissance du budget de la défense confirmait les ambitions de grande puissance militaire de la Chine et le rôle toujours dévolu à l’armée dans la stabilité du régime.

Les autorités chinoises ont mis en valeur les programmes de modernisation engagés (développement du bombardier furtif J-20 notamment) dans un contexte marqué, de leur point de vue, par le « retour » des États-Unis en Asie, par les nouvelles orientations de la défense japonaise et par la nécessité croissante pour le pays de projeter ses forces afin de venir en aide aux ressortissants chinois à l’étranger comme en Libye en mars 2011. En même temps, elles faisaient valoir les impératifs d’entretien d’une armée pléthorique (2,3 millions de militaires) et ses retards technologiques en comparaison des forces les plus avancées aux États-Unis, en Europe et en Asie. Le Livre blanc sur la défense de mars 2011 a insisté sur le rôle défensif des forces armées. Les orientations stratégiques de la politique militaire chinoise restaient toutefois marquées par le flou, en particulier quant aux objectifs des capacités offensives qui étaient développées, suscitant une certaine préoccupation parmi ses voisins asiatiques.

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