Chili 2010-2011  

Cecilia Baeza 
Mise en ligne : septembre 2011

Les défis de la reconstruction : au-delà de la « bonne image » du pays

Le 11 mars 2011, le gouvernement du président Sebastián Piñera a célébré sa première année d’exercice. Après vingt ans de domination ininterrompue des partis de centre gauche, c’était la première fois depuis 1958 qu’un gouvernement de droite démocratiquement élu était au pouvoir.

Le mandat de S. Piñera a débuté sous le signe de la reconstruction, suite au tremblement de terre et au tsunami du 27 février 2010. Sur le plan des infrastructures, le bilan a été positif : les routes, ponts et aéroports ont tous été reconstruits ; 1 250 000 enfants dont les écoles avaient été endommagées ont pu retourner en classe à peine 45 jours après la catastrophe. Sur le plan de l’habitat en revanche, la situation est restée critique : alors que 220 000 logements avaient été détruits, les acteurs publics et privés (assurances, promoteurs, constructeurs et propriétaires) ont tendu à se renvoyer les responsabilités.

Selon les chiffres de l’enquête publiée par les ministères de la Planification et du Logement en janvier 2011, la catastrophe naturelle a provoqué une hausse de 3 % de l’indice de pauvreté (soit 500 000 personnes en plus) ; celle-ci touchait désormais 19,4 % de la population totale. Quant au nombre d’indigents, il s’est accru de 80 000 pour atteindre un total de 700 000 personnes. Cette dégradation s’est en revanche moins fait sentir sur le plan économique : le séisme a certes coûté près de 18 % du PIB selon les chiffres officiels, mais le Chili a connu en 2010 une forte croissance (+ 5,2 %) et a affiché pour le trimestre décembre 2010-février 2011 un taux de chômage en baisse (7,3 % de la population active).

Les conséquences du séisme ont été un temps déplacées dans l’actualité chilienne par l’épisode des mineurs, lequel a mobilisé l’attention mondiale des médias entre le 5 août et le 13 octobre 2010. Trente-trois mineurs sont en effet restés bloqués sous terre en raison d’un accident dans la mine de cuivre et d’or de San José à Copiapó, donnant lieu à la plus grande opération de sauvetage de l’histoire minière. Le plan a été conçu par des ingénieurs de l’entreprise chilienne Codelco, géant public de l’extraction du cuivre, et réalisé avec l’aide d’entreprises américaines. Après plus d’un mois de forage, les mineurs sont remontés un à un à la surface grâce à une étroite capsule baptisée « Phénix ». Le retentissement médiatique a été immense, permettant au Chili de se présenter aux yeux de l’opinion publique mondiale comme un exemple de réussite et de solidarité.

À l’échelle nationale, l’épisode a surtout permis au président Piñera de redorer une image un peu écornée par la lenteur de la reconstruction : sa cote de popularité après le sauvetage des mineurs a bondi à 61 %, tandis que son ministre des Mines, Laurence Golborne, s’est converti en la figure du gouvernement préférée des Chiliens. Le gouvernement s’est engagé à renforcer la sécurité du secteur et a ratifié la convention 176 du Bureau international du travail (BIT) sur la sécurité et la santé des travailleurs des mines. L’« admiration » suscitée par l’épopée des trente-trois mineurs a été soulignée par Barack Obama lors de sa visite en mars 2011 au Chili, pays choisi, à côté du Brésil et du Salvador, pour la tournée du président des États-Unis en Amérique latine.

Le moment d’« union sacrée » passé, la question de la reconstruction est cependant revenue au premier plan. Un scandale important a été déclenché en février 2011 par Jacqueline Van Rysselberghe, Intendante nommée par le président Piñera pour la région du Biobío (la plus affectée par le séisme) : celle-ci a en effet admis avoir sciemment instrumentalisé le thème du tremblement de terre pour avantager certains des habitants de la zone qui n’avaient pourtant pas été directement affectés. Ce cas de clientélisme a beaucoup décrédibilisé un gouvernement dont un des slogans de campagne était précisément la « bonne gouvernance » et la lutte contre la corruption.

Le souvenir du séisme a par ailleurs été ravivé par le tremblement de terre survenu au Japon le 11 mars 2011. Alors que le Japon connaissait une grave crise nucléaire, la signature, le 19 mars 2011, d’un accord de coopération entre le Chili et les États-Unis sur l’énergie nucléaire a ainsi provoqué une vive polémique, aussi bien dans l’opinion publique que dans les rangs de la coalition au pouvoir.

Le gouvernement a dû faire face à un mouvement social sur l’île de Pâques, déclenché en juillet 2010. Située à 3 700 km des côtes chiliennes en Polynésie, l’île est habitée à 60 % par les Rapanui, population autochtone qui réclame la récupération de ses terres ancestrales. Fortement réprimé, le mouvement social indigène a porté sa cause devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme.

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