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Le 2 mai 2011, le Parti conservateur (PCC) de Stephen Harper a été réélu pour la troisième fois, avec suffisamment de députés pour former un gouvernement majoritaire. Minoritaire depuis janvier 2006, S. Harper a finalement obtenu le mandat qu’il recherchait, pour gouverner pendant quatre ans sans avoir à faire de compromis avec les partis d’opposition. En même temps, le paysage politique du pays a été transformé, avec la spectaculaire montée du Nouveau Parti démocratique (NPD, social-démocrate) de Jack Layton, au détriment du Parti libéral (PLC, centre) de Michael Ignatieff et du Bloc québécois (BQ, souverainiste et social-démocrate) de Gilles Duceppe. M. Ignatieff et G. Duceppe ont d’ailleurs été défaits dans leur propre comté, et ils ont presque immédiatement quitté la tête de leurs partis.
Le 25 mars 2011, pour la première fois dans l’histoire canadienne, le gouvernement de S. Harper a été reconnu coupable d’outrage au Parlement pour avoir refusé de lui présenter les estimations de coûts de plusieurs projets de loi, notamment en matière de justice. Les partis d’opposition ont fait tomber le gouvernement, rendant nécessaires des élections. Le PCC détenait alors 143 des 308 sièges de la Chambre des communes, contre 77 pour le PLC, 47 pour le BQ et 36 pour le NPD.
Après une campagne marquée par des mouvements importants dans les intentions de vote, notamment au Québec, les conservateurs et les néodémocrates sont sortis renforcés du scrutin du 2 mai. Avec 39,6 % des suffrages exprimés, le PCC a gagné 166 sièges, un nombre suffisant pour constituer une majorité. Jusque-là quatrième, le NPD a obtenu 30,6 % des voix et 103 sièges, formant dès lors l’opposition officielle. Le PLC a nettement reculé, avec 18,9 % des voix et 34 sièges, et le BQ s’est effondré, ne récoltant que 23,4 % des suffrages exprimés au Québec pour 4 sièges au total. Le Parti vert du Canada a par ailleurs fait son entrée au Parlement en faisant élire sa chef, Elizabeth May.
La progression du NDP de J. Layton et la déroute du BQ de G. Duceppe s’expliquaient par le changement d’allégeance d’un très grand nombre d’électeurs québécois. Au début de la campagne électorale, presque 40 % de ceux-ci envisageaient de voter une nouvelle fois pour le Bloc, qui espérait donc se maintenir et peut-être même améliorer sa position à la Chambre des communes. Ces appuis se sont cependant effrités pendant la campagne, alors que le NPD, qui n’avait qu’un député et une bien faible présence au Québec, grimpait dans les sondages, pour se retrouver le jour du vote avec 43 % des suffrages et 58 des 75 sièges du Québec.
Les succès du NPD au Québec ont d’ailleurs contribué à la marginalisation du PLC, longtemps dominant au Canada. Il a empêché M. Ignatieff de se présenter comme le seul chef en mesure de freiner S. Harper, et a aidé ce dernier à rallier les libéraux plus à droite, en Ontario surtout, qui préféraient encore les conservateurs aux néodémocrates.
Si les observateurs et les spécialistes ont eu du mal à expliquer ce revirement inattendu des allégeances politiques au Québec, ils ont mis en avant l’opposition massive des Québécois au parti de S. Harper, préférant voter pour un parti de centre gauche. Par ailleurs, les électeurs n’ont pas véritablement rejeté l’idée de la souveraineté du Québec, mais ils n’en ont pas non plus fait une priorité, optant à court terme pour un parti pancanadien. Enfin et surtout, ils semblent avoir voulu rebrasser les cartes en favorisant un parti sans assises dans la province et sans véritable chance de prendre le pouvoir. À cet égard, la succession de scandales et d’affaires des années précédentes a probablement joué un rôle, les Québécois se montrant désormais moins confiants et désabusés par la politique et les politiciens.
Quoi qu’il en soit, à l’échelle canadienne, c’est le parti de S. Harper qui a été le grand gagnant. De retour au pouvoir, les conservateurs ont adopté une version à peine modifiée du budget qu’ils avaient présenté sans pouvoir le faire approuver avant la dissolution de la Chambre. Il accordait la priorité à l’élimination du déficit des finances publiques d’ici 2014, par la voie de compressions dans les dépenses plutôt que par une augmentation des taxes et des impôts. Le gouvernement s’est par ailleurs engagé à favoriser la croissance, à mieux soutenir les familles en baissant les impôts, à assurer la sécurité des citoyens, et à mieux équiper et soutenir les forces armées canadiennes.
En politique étrangère, les conservateurs avaient connu un revers important en octobre 2010 en échouant à obtenir un des sièges non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Jamais depuis 1948 le Canada n’avait perdu un tel vote. La position intransigeante du pays en 2009 lors de la conférence de Copenhague sur la lutte contre les changements climatiques expliquerait les réticences de certains pays membres, tout comme l’appui inconditionnel du gouvernement Harper à Israël et la proximité de sa politique étrangère avec celle des États-Unis.
En juillet 2011, le Canada a amorcé son retrait d’Afghanistan, après presque dix ans d’implication militaire, pour ne conserver qu’un rôle modeste de formation auprès de l’armée afghane. La même année, un nouveau front s’est cependant ouvert avec la participation canadienne à l’intervention multilatérale en Libye.
Sur le plan économique, la situation du pays demeurait plutôt favorable. Moins affecté que d’autres par la récession de 2008-2009, le Canada a bien récupéré en 2010, avec un taux de croissance de 3,1 %. Ce dynamisme s’est maintenu et même renforcé au premier trimestre 2011, grâce notamment à la vigueur de la demande intérieure, qui compensait l’effet sur les exportations d’un dollar canadien fort. Début 2011, tous les emplois perdus depuis le début de la récession avaient été retrouvés, un contraste frappant avec la situation prévalant aux États-Unis, où à peine un emploi sur cinq avait été recréé pendant la même période. En mai 2011, le taux de chômage canadien était ainsi descendu à 7,4 %. L’indice des prix à la consommation atteignait cependant 3,7 %, à cause notamment du coût du pétrole et des aliments. Poussé par la forte demande mondiale en énergie et en matières premières, le dollar canadien demeurait par ailleurs fort par rapport à la devise américaine. Le principal souci du gouvernement fédéral concernait le déficit des finances publiques, qui s’était creusé pendant la récession.
La déroute du Bloc québécois lors de l’élection fédérale de mai 2011 ne pouvait pas être sans conséquences pour le parti frère œuvrant à l’échelle provinciale, le Parti québécois (PQ). Au départ, la leader du PQ et chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec, Pauline Marois, a affirmé que les Québécois appuyaient toujours l’objectif premier de son parti, la souveraineté de la province. Mais le parti était ébranlé par les résultats du 2 mai. En juin, un différend autour d’un projet de loi sur la gestion en partenariat d’un nouvel amphithéâtre à Québec a mis le feu aux poudres, aboutissant à la démission de cinq députés. En dépit de l’impopularité du gouvernement libéral de Jean Charest, le PQ, qui était encore en tête dans les sondages au début du printemps, a alors vu ses appuis fondre, au profit notamment d’un ancien ministre péquiste, François Legault, qui envisageait de former un nouveau parti.
Longtemps structurée autour du débat entre fédéralistes et souverainistes, la politique québécoise apparaissait donc très mouvante à la mi-2011, dans un contexte de baisse de confiance généralisée envers les politiciens et les partis en place.
Ailleurs au Canada, la politique provinciale semblait plutôt marquée par la continuité. Le seul changement significatif a été la victoire des conservateurs de David Alward aux dépens du gouvernement libéral de Shawn Graham, au Nouveau-Brunswick en septembre 2010. Mais des élections étaient prévues pour l’automne 2011 en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan, à Terre-Neuve-et-Labrador, à l’île du Prince-Édouard, dans les Territoires du Nord-Ouest et possiblement au Yukon. Les élections ontariennes, en particulier, risquaient d’être significatives, les conservateurs de Tim Hudak ayant une chance réelle de déloger le gouvernement libéral de Dalton McGuinty, au pouvoir depuis 2003.
Le 12 novembre 2010, le gouvernement Harper a enfin donné son appui à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, répondant ainsi à une demande insistante des leaders autochtones du pays. Dans le discours qu’elle a prononcé à l’occasion de son départ en mai 2011, la Vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, notait toutefois la détérioration des conditions de vie de ces derniers, toujours en recul par rapport au reste de la population canadienne. Des pourparlers étaient alors en cours en vue d’un sommet politique sur la question, qui réunirait les leaders autochtones et les gouvernements canadiens avant la fin de l’année 2011.
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