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Le 7 septembre 2008, le Premier ministre conservateur Stephen Harper demandait à la gouverneure générale, Michaëlle Jean, de dissoudre le Parlement et de convoquer une élection générale pour le 14 octobre. En situation minoritaire depuis sa courte victoire de janvier 2006, S. Harper espérait obtenir un mandat majoritaire ou, à tout le moins, une position renforcée à la Chambre des communes.
Les conservateurs avaient de bonnes raisons d’être optimistes. D’abord, la situation économique demeurait favorable. Des nuages s’amoncelaient à l’horizon, mais le pays semblait épargné. Pendant les trois premiers trimestres de 2008, alors que les États-Unis se trouvaient déjà en récession, le Canada continuait de créer des emplois et affichait une croissance positive. En partie à cause de ces résultats économiques favorables, le Parti conservateur de S. Harper dominait dans les sondages, devançant nettement son plus proche adversaire, le Parti libéral de Stéphane Dion. De plus, le vote du centre et de la gauche se divisait entre le Parti libéral, le Nouveau parti démocratique de Jack Layton (NPD, social-démocrate) et, au Québec, le Bloc québécois de Gilles Duceppe (souverainiste et social-démocrate), à l’avantage des conservateurs, seuls à droite.
Toutefois, la campagne électorale tourna mal pour ces derniers, car il devint clair, après la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers, le 15 septembre, que le Canada n’échapperait pas à une récession, devenue mondiale. En tentant de minimiser une crise dont les manifestations étaient désormais évidentes, le Premier ministre sembla peu honnête et insensible aux répercussions d’un effondrement boursier qui laminait l’épargne des Canadiens.
Lors des deux débats électoraux, en français puis en anglais, le leader conservateur ne réussit pas à convaincre et chuta dans les sondages. Minés par un leadership faible et un projet de « Tournant vert » mal reçu par les électeurs, les libéraux ne surent pas capitaliser sur ce recul, qui profita plus au NPD et au Bloc québécois, mais qui se traduisit surtout par la désaffection des électeurs. Le 14 octobre, moins de 59 % des inscrits avaient voté, le plus faible taux de participation dans l’histoire du pays.
Les conservateurs avaient tout de même repris le pouvoir, mais toujours en position minoritaire, avec 37,7 % des voix et 143 des 308 sièges de la Chambre des communes. Ne récoltant que 26,3 % des suffrages et 77 sièges, les libéraux réalisèrent le pire score de leur histoire, rendant presque inéluctable le départ de leur chef. Le NPD et le Bloc québécois, en revanche, s’en tirèrent plutôt bien, le premier avec 37 sièges, et le second avec 49 des 75 sièges du Québec.
Considérant la faiblesse des libéraux, démoralisés et dirigés par un chef en sursis, S. Harper jugea qu’il avait malgré tout les coudées franches pour gouverner sans compromis pendant au moins un an. C’est ainsi que le 27 novembre son ministre des Finances, Jim Flaherty, présenta un plan économique ouvertement provocateur, qui ne prévoyait rien pour contrer la récession, mais annonçait une stratégie de contrôle des dépenses, comportant notamment un plafond salarial pour les employés fédéraux. Ce plan précisait en outre que ces derniers ne bénéficieraient plus du droit de grève pour motifs salariaux, et ne pourraient plus recourir aux tribunaux pour faire respecter la loi sur l’équité salariale. J. Flaherty proposa par ailleurs d’abolir le financement public des partis politiques, qui accordait à ceux-ci 1,75 $ par vote obtenu.
Cette dernière disposition, en particulier, révolta les partis d’opposition. Les chefs et leurs conseillers se réunirent d’urgence pour discuter d’une coalition capable de faire tomber et de remplacer le gouvernement. En quelques jours, et à la surprise générale, une entente était convenue, en vertu de laquelle les libéraux et le NPD gouverneraient ensemble, en retenant S. Dion comme Premier ministre et avec l’appui du Bloc québécois, qui s’engageait à ne pas faire tomber cette coalition jusqu’à la fin juin 2011. Annoncée le lundi 1er décembre, cette entente devait prendre effet avec un vote de censure, prévu pour le lundi suivant.
Un débat public houleux s’engagea, mettant en cause la légitimité d’une procédure qui aurait octroyé le poste de Premier ministre à un chef de parti n’ayant obtenu que 26 % des suffrages six semaines plus tôt. Furieux, S. Harper dénonça la coalition comme une manipulation antidémocratique et une alliance inacceptable avec les « séparatistes québécois », et menaça de combattre celle-ci « avec tous les moyens à notre disposition ».
Quatre jours plus tard, le vendredi 5 décembre, S. Harper rencontra la gouverneure générale Michaëlle Jean pour lui demander de proroger le Parlement, ce qui mettait fin à la session parlementaire et rendait impossible une motion de censure. Geste sans précédent dans l’histoire parlementaire canadienne ou britannique, cette demande de prorogation en tout début de session, qui permettait au Premier ministre d’éviter de faire face au jugement des parlementaires, fut largement débattue par les constitutionnalistes. Dans une monarchie constitutionnelle, cependant, la représentante de la reine devait respecter les directives du gouvernement élu, ce qu’elle fit.
En principe, ce n’était que partie remise, jusqu’à la reprise des travaux parlementaires, prévue pour le 26 janvier 2009. L’équilibre fragile trouvé par la coalition fut cependant vite rompu, à la suite notamment d’un discours télévisé raté de S. Dion, le soir de la prorogation.
Dès le lendemain, les tractations commencèrent au sein du Parti libéral, afin d’en remplacer le chef sans même attendre le prochain congrès du parti. En quelques jours, les députés et les dirigeants du parti s’entendirent pour appuyer Michael Ignatieff, qui avait été en tête de la précédente course au leadership presque jusqu’à la fin. Jugeant alors utile de prendre du temps pour rebâtir son parti, celui-ci se montra beaucoup plus tiède face à l’idée d’une coalition qui suscitait beaucoup d’opposition au Canada anglais. En janvier, les conservateurs ont donc pu obtenir l’appui des libéraux pour gouverner, dans un contexte que chacun jugeait peu propice à de nouvelles élections.
La situation économique, en effet, s’était sérieusement détériorée, avec des taux de croissance négatifs à partir du dernier trimestre de 2008. Le taux de chômage continua de croître, pour atteindre 8 % en avril 2009, son niveau le plus élevé depuis sept ans. Bénéficiant jusqu’alors de surplus budgétaires, le gouvernement fédéral se retrouva avec un déficit important, conséquence de revenus à la baisse et de dépenses en hausse, en lien notamment avec des réductions d’impôt déjà annoncées et un plan de relance relativement ambitieux.
En politique étrangère, le principal enjeu demeurait la guerre en Afghanistan, dont le Canada ne savait pas trop, à l’instar d’autres pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), comment se sortir sans trop de dommages. Dans une déclaration surprenante à la chaîne CNN en mars 2009, S. Harper admettait que « nous ne remporterons pas cette guerre en restant simplement là-bas » et que « mon propre jugement, très franchement, c’est que nous ne battrons jamais cette insurrection ». L’engagement du nouveau président Barack Obama à déplacer les efforts militaires américains de l’Irak vers l’Afghanistan rendait plus envisageable, cependant, un retrait ordonné des troupes canadiennes, prévu pour 2011.
Sur d’autres plans, l’arrivée d’Obama représentait un défi pour le gouvernement Harper, politiquement proche de George W. Bush et des républicains. Dans le domaine de l’environnement, par exemple, le Canada risquait d’être plus isolé que jamais dans son opposition au protocole de Kyoto. La visite d’Obama à Ottawa en février 2009 contribua cependant à aplanir les difficultés. Insistant sur l’amitié indéfectible entre les deux pays, le nouveau président confirma l’engagement des États-Unis envers le libre-échange nord-américain et ouvrit la porte à une approche continentale commune pour lutter contre le réchauffement climatique.
En parallèle, au Québec, des élections générales eurent lieu le 8 décembre 2008. À certains égards, la situation de départ ressemblait à celle prévalant sur la scène fédérale. Le gouvernement du Parti libéral de Jean Charest était en position minoritaire depuis l’élection de mars 2007, face à une opposition divisée entre l’Action démocratique (ADQ) de Mario Dumont et le Parti québécois (PQ) de Pauline Marois, et, compte tenu des sondages, J. Charest estimait avoir des chances d’obtenir une majorité.
Avec la « tempête économique » qui s’annonçait, expliqua-t-il, les Québécois devaient se donner un gouvernement stable, avec un Premier ministre qui puisse avoir « les deux mains sur le volant ». Mais la campagne électorale ne leva jamais. Les Québécois sortaient à peine d’une campagne fédérale, ils avaient les yeux rivés sur l’élection présidentielle américaine du 4 novembre, et s’inquiétaient surtout des soubresauts de la crise économique. Puis, dans la semaine précédant le vote, la crise parlementaire à Ottawa monopolisa toute l’attention.
À peine plus de 57 % des électeurs votèrent donc le 8 décembre, le plus faible taux de participation depuis 1927. Mais J. Charest gagna son pari, en obtenant 42 % des votes et une majorité de 66 sièges sur les 125 de l’Assemblée nationale. Le PQ était malgré tout satisfait, puisqu’il formait de nouveau l’opposition officielle, avec 35 % des suffrages et 51 sièges, contre seulement 16 % et 7 sièges pour l’ADQ, qui redevenait un tiers parti. Dépité par ce recul, Dumont annonça sa démission le soir même. Québec solidaire, un nouveau parti souverainiste de gauche, fit par ailleurs son entrée à l’Assemblée, avec l’élection d’un député à Montréal, Amir Khadir.
Le 12 mai, des élections en Colombie-Britannique reportaient pour une troisième fois au pouvoir le gouvernement libéral de Gordon Campbell. Le 9 juin, en Nouvelle-Écosse, le Nouveau parti démocratique de Darrell Dexter obtenait également un mandat majoritaire, pour former le premier gouvernement néo-démocrate dans l’histoire de la province.
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