![]() |
Retrouvez nos dernières parutions sur |
La conjoncture politique était incertaine en 2010-2011, marquée par le contraste saisissant entre une volonté de changement exprimée en sourdine dans la population (y compris au sein des élites proches du pouvoir) et la faiblesse du débat politique articulé autour des questions de la légitimité d’Elecam (organe officiellement autonome chargé de l’organisation des élections), des inscriptions sur les listes électorales et des potentielles candidatures au scrutin présidentiel prévu pour novembre 2011.
L’incertitude politique se doublait d’une atonie de l’économie : 3,5 % de croissance pour 2,2 % d’inflation en 2010 ; taux d’investissement de 17 %, contre 25 % en moyenne dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) ; persistance d’une corruption endémique ; lenteurs inexpliquées dans l’engagement de grands investissements structurants (barrages, mines, infrastructures, agro-industries…) pourtant susceptibles de propulser le Cameroun dans la catégorie des pays émergents selon le plan « Vision 2035 » et le « Document de stratégie pour la croissance et l’emploi 2010-2020 » (DSCE).
Le président Paul Biya a lui-même déploré cette inertie en s’étonnant, lors du comice agro-pastoral tenu – après plusieurs années de report – du 17 au 22 janvier 2011 à Ebolowa (Sud), que le Cameroun ait importé pour 500 milliards de francs CFA de blé, de riz et de poisson en 2009, en dépit de la richesse de son potentiel agricole et halieutique.
L’environnement social était lui aussi morose. Le coefficient de Gini (qui mesure l’inégalité des revenus dans un pays) s’établissait à 0,446. La pauvreté affectait 40 % des habitants (avec un revenu de moins de 2 dollars par jour selon la Banque mondiale) malgré l’annulation de la dette connue, dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le chômage réel affectait près de 35 % des jeunes (15-30 ans) disponibles pour un emploi immédiat.
Paradoxalement, ces fragilités n’impactaient pas structurellement la confiance dans le possible décollage économique et social du pays. L’État a ainsi émis pour la première fois des obligations, au taux de 5,6 %, pour un montant de 200 milliards de francs CFA, afin de financer partiellement les grands travaux. Cette émission a totalement été souscrite en décembre 2010, confirmant que le problème camerounais était celui de la gouvernance et non de son potentiel humain et macroéconomique.
Le nouveau rayonnement international de P. Biya s’est confirmé, notamment à l’occasion de la conférence dite « Africa21 » organisée à Yaoundé les 18 et 19 mai 2010 pour marquer le cinquantenaire des indépendances de nombreux pays africains.
Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.