Bulgarie 2008-2009  

Nadège  Ragaru 
Mise en ligne : septembre 2009

Omniprésente corruption

L’automne 2008 et le printemps 2009 ont été dominés par la double anticipation des répercussions de la crise financière et économique mondiale, d’une part, des élections européennes (7 juin 2009) et parlementaires (5 juillet 2009), d’autre part. Jusqu’au dernier trimestre 2008, l’économie a relativement bien résisté, enregistrant même une croissance annuelle de 6 % (dopée par la consommation des ménages, elle-même imputable à une hausse sensible des salaires), ainsi qu’un nouvel excédent budgétaire (1,5 %).

L’ampleur préoccupante du déficit des comptes courants (25 % du PNB en 2008), l’arrivée des premiers signes de la récession au printemps 2009 (baisse des investissements étrangers et de la production) ont toutefois convaincu les dirigeants d’adopter un plan de relance centré sur les investissements dans les infrastructures et la construction. L’Union européenne (UE) promettait, en mai, une enveloppe de 400 millions € au titre de la relance européenne. Après avoir connu des déficits sectoriels de main-d’œuvre et un taux de chômage faible (5,9 % en mars 2009), les pouvoirs publics ont commencé à redouter le retour – non concrétisé mi-mai – des Bulgares employés en Espagne, en Grèce ou au Royaume-Uni, très affectés par la crise.

Le bilan économique du gouvernement de coalition dirigé par Sergej Stanisev (Parti socialiste bulgare, BSP) a été terni par la dégradation continue de l’image internationale de la Bulgarie en matière de corruption. Suite à la mise en évidence d’irrégularités dans la gestion des aides européennes au développement rural (Sapard), 220 millions € de fonds européens ont été suspendus en décembre 2008 (112 millions d’aides Ispa aux infrastructures de transport et à l’environnement ont été « dégelés » en mai 2009).

En interne, l’omniprésence de la thématique « corruption » a également contribué à faire chuter la confiance dans le pouvoir. Le rôle du Mouvement des droits et libertés (MDL, centre, qui représente les minorités turques et musulmanes) – au gouvernement depuis 2001 – a été particulièrement critiqué, singulièrement après le « suicide », le 17 octobre 2008, d’Ahmed Emin, chef de cabinet d’Ahmed Dogan, le leader du parti. Dans un contexte politique favorable au développement de rhétoriques populistes et nationalistes, la dénonciation des liens supposés de cadres du MDL avec des acteurs économiques illicites, ainsi que des pratiques électorales telles que l’achat de voix ont acquis une résonance toute particulière.

En vue des législatives du 5 juillet 2009, la loi électorale a été amendée avec l’introduction, dans un mode de scrutin principalement proportionnel, d’une dose de système majoritaire et l’instauration d’un seuil de 8 % pour les coalitions électorales – deux mesures qui devraient favoriser les grands partis. Le maire de Sofia, Boïko Borissov, un ancien garde du corps qui a construit sa carrière sur son franc-parler populaire, volontiers populiste, espérait que son parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, droite) bénéficierait du climat politique délétère pour arriver au pouvoir.

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