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Jusqu’en septembre 2008, le Brésil affichait une confiance résolue en l’avenir avec une croissance de plus de 6 % en rythme annuel, une appréciation de sa monnaie, un recul du chômage et de l’emploi informel et des records de ventes de voitures. Certes, il restait des ombres au tableau : des tensions inflationnistes dues à la surchauffe de l’économie et une politique de taux d’intérêt élevés pour les contenir, un secteur agroalimentaire vulnérable aux aléas climatiques, ou encore un manque de main-d’œuvre qualifiée pour moderniser l’industrie et les services.
Mais, de l’avis général, le Brésil cheminait sur la voie d’un développement durable après avoir assaini ses finances et mené des réformes socialement douloureuses. Une majorité d’économistes soutenait d’ailleurs qu’il se trouvait enfin à l’abri des turbulences de l’économie internationale, qui l’avait plusieurs fois précipité dans la tourmente.
La faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, mit fin à la croyance que les économies émergentes seraient déconnectées de celles des pays anciennement industrialisés. En quelques semaines, l’administration Lula (Luis Inacio « Lula » da Silva) se rendit à l’évidence : loin d’être épargné, le Brésil s’apprêtait à revivre les affres d’une économie dépendante de son environnement extérieur.
Fin mars 2009, on prévoyait une récession de 0,3 % pour l’année, un chiffre inférieur à ceux annoncés pour beaucoup de pays, mais annonciateur de problèmes sociaux qui paraissaient pourtant en voie de résolution. Les perspectives d’emploi des jeunes étaient réduites, les licenciements touchaient les classes moyennes, persuadées d’avoir échappé au déclassement. Peu de catégories sociales échappaient du reste à la baisse du pouvoir d’achat, malgré la frénésie de consommation alimentée par la stabilisation de l’économie et un large accès au crédit des secteurs défavorisés.
La détérioration soudaine des finances publiques obligea les acteurs gouvernementaux à renoncer à des travaux d’infrastructure et à des mesures d’action sociale qui, depuis fin 2003, contribuaient à une amélioration significative des conditions de vie des Brésiliens les plus modestes.
Au tout début du deuxième semestre 2009, le gouvernement paraissait avoir limité les effets de la crise, à la différence de la Chine et de la Russie, autres grands pays émergents sévèrement touchés. Le ministère des Finances avait partiellement freiné une trop forte chute de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises par différentes mesures fiscales. L’intervention de la Banque centrale permettait également de limiter la dépréciation du real (25 % entre le 10 septembre 2008 et début avril 2009) et de sauver de nombreuses banques locales de la banqueroute.
Certes, les effets à terme de la crise demeuraient imprévisibles, mais le Brésil possédait des marges d’action qui lui avaient longtemps manqué, et pouvait donc retrouver rapidement le chemin d’une croissance soutenue. Si tel était le cas, sa position au sein du G-20, que le gouvernement souhaitait voir remplacer le G-7, ne pouvait que se renforcer et lui permettre d’être mieux représenté au Fonds monétaire international (FMI), des évolutions qui renforceraient son statut de puissance, en particulier en Amérique latine.
Le ralentissement abrupt de l’économie avait, début avril 2009, peu affecté la popularité de Lula, encore très élevée, notamment au sein des couches populaires, près de six ans et demi après son accession au pouvoir. Cette popularité tenait pour l’essentiel à la croissance des dernières années et aux mesures sociales de son gouvernement. Le style du président comptait aussi pour beaucoup dans sa légitimité auprès du plus grand nombre.
La Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat consécutif, sa succession – qui se décidera lors des élections générales d’octobre 2010, qui choisiront également les gouverneurs des États, les députés fédéraux, les deux tiers des sénateurs et les députés régionaux – dominait la vie politique en avril 2009, reléguant les problèmes économiques au second plan.
Les élections municipales d’octobre 2008 révélèrent en revanche des supports avec lesquels, à l’échelon local, les candidats à la présidentielle devront tisser des alliances pour mobiliser les électeurs. À cet égard, les présidences de Lula ont peu modifié le fonctionnement de la politique brésilienne, où les forces en présence devaient composer et où quasiment tous les types de regroupements étaient possibles. Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) s’imposait une nouvelle fois en emportant plus de 20 % des municipalités, loin devant le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), le parti Democratas (DEM, ancien PFL) et le Parti des travailleurs (PT), la formation du président.
L’évaluation des rapports de forces issus de ces élections fit l’objet d’appréciations contrastées. Si le PT avait perdu dans trois capitales majeures (São Paulo, Porto Alegre et Salvador de Bahia), il gagnait dans six autres capitales et quinze villes de plus de 200 000 électeurs. Le décompte final indiquait du reste que le nombre total de villes administrées par ce parti avait augmenté de plus d’un tiers depuis les dernières municipales de 2004, notamment en raison de la réélection de candidats issus de ses rangs. Rien n’indiquait toutefois que le président parviendrait à faire élire à son poste un candidat du PT. Dilma Rousseff, ministre de la Maison civile (un poste combinant des fonctions de Premier ministre et de secrétaire général de la présidence), avait ses faveurs, mais n’était aucunement assurée de capter sa popularité dans les urnes. Deux figures du PSDB, José Serra (gouverneur de São Paulo) et Aécio Neves (gouverneur du Minas Gerais), en lice et en concurrence depuis la réélection de Lula, paraissaient aussi bien placées.
Beaucoup dépendra en réalité des soutiens qu’ils obtiendront. José Serra pouvait compter sur le poids électoral de São Paulo, sur son passage remarqué au ministère de la Santé (1998-2002) et une première candidature à la présidence en 2006. Quant à Aécio Neves, il avait pour lui d’être le petit-fils de Tancredo Neves (ancien président élu aux lendemains du régime militaire mais décédé avant son entrée en fonction) et de pouvoir être investi par le PMDB qui, s’il n’avait pas de candidat capable de l’emporter, entendait, comme à son habitude, rester au pouvoir en pesant sur les nominations aux postes clés.
Les années Lula approchant de leur terme, il n’était, en mars 2009, guère d’analystes politiques qui ne reconnaissent un tant soit peu sa réussite à son poste, alors que la plupart d’entre eux prédisaient qu’il échouerait au soir de sa première victoire, en octobre 2002. Le président a su assurément capitaliser le fruit des réformes de son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso, sans payer le coût politique de leurs conséquences sociales. Sa présence sur la scène internationale lui a aussi fourni des images savamment médiatisées alimentant sa popularité.
Pourtant, le changement sociopolitique est resté bien en deçà de ce qu’il avait annoncé. La réforme du système politique n’a pas eu lieu et le bien public pâtissait toujours de jeux clientélistes et de pratiques patrimoniales. Même réduites, les inégalités socioéconomiques et sociales restaient colossales. Les autorités demeuraient toujours incapables d’endiguer la criminalité et, en particulier, le trafic de stupéfiants. Les exactions des forces de l’ordre n’ont pas diminué et ont rarement donné lieu à sanction, entretenant leur discrédit dans la population. La justice pénale restait de même passablement déconsidérée pour son inefficacité. Indépendamment des conséquences de la crise financière internationale, il fallait donc attendre encore pour savoir ce que la présidence Lula représenterait véritablement dans l’histoire du Brésil démocratique.
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