Bosnie-Herzégovine 2008-2009  

Emmanuelle Chaveneau 
Mise en ligne : septembre 2009

Immobilisme

Les résultats des élections générales de 2006 avaient fait espérer un renforcement des forces unificatrices du pays, voire à terme un dépassement de la profonde division ethnique héritée de la guerre civile et internationale de 1992-1995. En définitive, il n’en a rien été. En 2008-2009, la vie politique bosnienne s’était articulée autour de l’opposition entre le Serbe Milorad Dodik, Premier ministre de la Republika Srpska (République serbe de Bosnie, RS), et le Bosniaque Haris Silajdzic, président fédéral. Jouant l’affaiblissement de l’État central, le premier avait notamment réussi à faire accepter une réforme de la police vide de toute substance : la communauté internationale voulait une réunification, l’accord final prévoyait deux polices distinctes (une par entité) et de vagues éléments de coopération. L’indépendance du Kosovo, intervenue au début de l’année 2008, lui servit d’exemple repoussoir pour effrayer les Européens. Haris Silajdzic, au contraire, souhaitait affaiblir les entités, au profit de l’État fédéral. Très peu mobilisés lors des élections municipales du 6 octobre 2008 – les quatrièmes depuis la fin de la guerre en 1995 –, les habitants accordèrent de nouveau leurs voix aux partis nationalistes. De surcroît, le 26 janvier 2009, les dirigeants des trois principaux partis esquissèrent une nouvelle organisation territoriale renforçant la division du pays en trois entités à base ethnique plus un district fédéral autour de la capitale.

Inquiète de cette situation politique, la communauté internationale avait choisi de maintenir le pays sous sa tutelle. Le Bureau du représentant spécial de l’Union européenne (UE), qui devait fermer début 2007, restera ouvert (mais sans financement propre). Les missions et l’organisation des forces militaires européennes, l’Eufor-Althéa (force multinationale de stabilisation), devaient également rester inchangées, au moins jusqu’à fin 2009, quand bien même l’UE envisagerait d’arrêter les actions purement militaires pour passer à des projets d’accompagnement de la société civile. Cependant, l’UE signa, le 16 juin 2008, un Accord de stabilisation et d’association (ASA), prélude à une future adhésion, ceci dans l’espoir d’amener les hommes politiques bosniens à s’approprier les réformes une fois que le cap était fixé.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) progressa notablement, grâce à la coopération de la police de Serbie, qui arrêta à Belgrade deux fugitifs très recherchés : Stojan Zupljanin, ancien responsable de la police serbe durant la guerre, accusé de crimes de guerre, et Radovan Karadzic, recherché depuis treize ans pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité (notamment comme responsable du « nettoyage ethnique » et du massacre de Srebrenica). Parallèlement, le Tribunal des crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine multiplia les jugements. Le président du TPIY envisagea de proroger le mandat de ce tribunal au-delà de 2012, avec l’espoir de juger Ratko Mladic, encore en fuite.

Au plan économique, la situation restait très mauvaise. Le taux de chômage avait légèrement baissé (environ 29 %), mais les investissements étrangers s’étaient fait attendre tandis que les privatisations des entreprises publiques avançaient lentement. La crise économique mondiale affectait très lourdement ce pays à l’économie trop fragile, notamment à cause des emprunts internationaux déjà souscrits. Ainsi, la Banque mondiale prévoyait au mieux une croissance nulle pour 2009. La Commission européenne estimait de surcroît que la corruption et le crime organisé gangrenaient le monde des affaires et la sphère politique.

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