Bosnie-Herzégovine 2010-2011  

Emmanuelle Chaveneau 
Mise en ligne : septembre 2011

Une fin d’année houleuse

Traditionnellement, depuis la fin de la guerre (1992-1995), les élections favorisaient les partis nationalistes. Lors des élections générales d’octobre 2010, cela s’est vérifié dans l’entité serbe du pays (Republika Srpska, RS) : le Parti des sociaux-démocrates indépendants (SNSD) a remporté la majorité des voix et Milorad Dodik est resté président de l’entité. La surprise est venue de l’entité bosno-croate (la « Fédération ») où le Parti social-démocrate (SDP), parti non nationaliste et pour l’union du pays, est passé en tête. Il en a résulté une crise politique majeure, les partis nationalistes croates évincés bloquant les institutions et empêchant le pays de se doter d’un Conseil des ministres et d’une Chambre des représentants – crise qui durait encore début juillet 2011.

Comme les années précédentes, la communauté internationale a choisi de maintenir le pays sous tutelle. Le bureau du Haut Représentant de l’ONU et Représentant spécial de l’Union européenne (UE) a été maintenu jusqu’au 31 décembre 2011. La mission de police de l’UE et les missions des forces militaires européennes (EUFOR-Althéa) ont été prolongées jusqu’à la même date. En janvier 2010, la Bosnie-Herzégovine est par ailleurs devenue membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pour deux ans.

En 2010, dans le cadre de sa préadhésion à l’UE, le pays a reçu 98,3 millions d’euros. Les aides visaient toujours les mêmes domaines : formation des fonctionnaires, renforcement de la société civile, développement des petites et moyennes entreprises et alignement sur les normes communautaires. Dans son rapport annuel, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a estimé que peu de réformes avaient été faites, qui permettraient un rapprochement avec l’UE. Cependant, les citoyens de Bosnie pouvaient, depuis fin 2010, voyager sans visa dans les États de l’espace Schengen.

Quinze ans après la fin de la guerre, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) poursuivait sa tâche et bénéficiait désormais d’une bonne collaboration des institutions bosniennes et des pays tiers, Croatie et Serbie. Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a recensé plus de 100 000 personnes déplacées lors de la guerre qui logeaient toujours dans des lieux « provisoires », ainsi que 9 600 apatrides et plusieurs milliers de réfugiés et demandeurs d’asile.

La situation économique du pays était contrastée. D’un côté, la baisse des investissements directs étrangers (IDE) – entamée en 2009 lors de la crise mondiale – s’est poursuivie. De l’autre, les exportations ont augmenté plus vite que les importations (en valeur), en raison notamment de la vente d’électricité. L’UE restait le principal partenaire économique du pays (deux tiers des importations et des exportations, mais seulement la moitié des IDE). Le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que le pays pourrait entrevoir la fin de la crise en 2011, mais le début de l’année a démenti ces pronostics optimistes. Les Bosniens se débattaient toujours entre chômage (43,2 % en juillet 2010) et augmentation des prix.

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