Bolivie 2008-2009  

Pablo Stefanoni 
Mise en ligne : septembre 2009

Consolidation de l’« evisme »

L’opposition conservatrice – Pouvoir démocratique social (Podemos, droite), et Unité nationale (UN, centre-droit) ou régionaliste sortait très affaiblie de trois années de conflits entre le gouvernement d’Evo Morales Aima (président depuis le 22 janvier 2006) et les élites de la région agro-industrielle de Santa Cruz en quête d’autonomie. Le Président renforçait, lui, son image d’invincibilité et consolidait l’« evisme » comme projet national populaire.

En remportant la bataille sur le terrain démocratique et non par l’emploi de la force, le bloc social et politique au pouvoir fit preuve d’une grande efficacité politique. Après sa victoire au référendum révocatoire du 10 août 2008 (avec près de 67 % des voix), E. Morales remporta (avec plus de 60 % de suffrages) le référendum du 25 janvier 2009 sur la nouvelle Constitution.

La stratégie de conquête brutale des institutions nationales des groupes autonomistes et leurs attaques contre les paysans « officialistas » (alliés du président) durant le second semestre 2008 firent boomerang, légitimant in fine la poigne de La Paz. Ainsi avec la destitution et la détention du gouverneur de Pando, Leopoldo Fernández, dans le cadre de l’état de siège décrété par le gouvernement, suivies par le démantèlement d’un groupe extrémiste dirigé par Eduardo Rózsa-Flores, Bolivien-hongrois ex-dirigeant de la brigade des étrangers qui combattirent du côté croate durant les guerres des Balkans. Lors d’une émission sur une chaîne télévisée hongroise transmise après sa mort, E. Rózsa Flores expliquait qu’il voulait armer des groupes d’autodéfense même pour lutter en faveur de l’indépendance de cette région.

Les adversaires de E. Morales n’avaient toujours pas réussi à exploiter leur dernière planche de salut : l’impact de la crise mondiale. Même quelques économistes libéraux rendirent hommage à sa maîtrise macroéconomique. Les assauts de la « droite fasciste » permirent au pouvoir de mobiliser ses troupes et de reléguer au second plan les difficultés, à commencer par la viabilité de sa politique de nationalisation des hydrocarbures, affaiblie par le puissant réseau de corruption dirigé par Santos Ramírez. L’ex-président de l’entreprise pétrolière d’État (YPFB) et ancien homme fort dans le Mouvement vers le socialisme (MAS) était désormais détenu dans la prison de San Pedro.

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