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Le leader des socialistes francophones Elio Di Rupo, chargé par le roi Albert II de constituer un gouvernement le 16 mai 2011, est apparu un temps comme l’homme de la dernière chance avant un inévitable retour aux urnes. Depuis les élections législatives du 13 juin 2010, aucun compromis n’avait en effet été trouvé pour former une coalition, du fait de l’opposition entre, d’une part, l’aspiration autonomiste, voire indépendantiste, des partis politiques de la droite flamande majoritaire dans les urnes, et d’autre part la volonté farouche des socialistes francophones de conserver un État fédéral assurant une juste péréquation budgétaire. Si aucune précision n’était apportée sur les sujets qui restaient à dénouer pour convaincre le leader du parti nationaliste Nouvelle Alliance flamande (NVA) Bart De Wever d’intégrer un gouvernement, ce dernier, incontournable dans le paysage politique, avait toutefois annoncé en avril 2011 qu’il était temps de « passer à l’acte ».
Les négociations devaient se concentrer sur trois chapitres clés : la périphérie bilingue de Bruxelles dite « BHV » (Bruxelles Hal Vilvoorde) que les Flamands souhaitaient scinder ; le financement de la région bruxelloise en situation de déficit chronique ; le transfert de compétences entre le niveau fédéral et les régions. Une sorte de consensus s’était établi sur une décentralisation du marché du travail (et des allocations chômage), des soins de santé, des allocations familiales et de la justice. Un début de transfert du pouvoir fiscal fédéral vers les régions, que la NVA revendiquait haut et fort, était aussi évoqué.
Il est à noter, toutefois, que la pression ne venait plus de la rue comme cela avait été le cas dans la foulée des législatives. Après quelques manifestations de mécontentement, la population du royaume, des deux côtés de la frontière linguistique, a semblé prendre ses distances avec la politique.
La NVA ayant finalement rejeté une proposition de compromis, E. Di Rupo a renoncé le 8 juillet 2011 à former un gouvernement, tout en se déclarant opposé à la tenue d’élections anticipées.
Ironie du sort, le Premier ministre chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, en sursis depuis bientôt un an et sévèrement battu dans les urnes en mai 2010, bénéficiait désormais d’une bonne cote de popularité. Après avoir présenté un budget d’austérité en février 2011, son gouvernement « en affaires courantes » a commencé en avril à travailler sur le programme de stabilité pluriannuel désormais exigé par l’Union européenne (UE) dans le cadre de la réforme de la Zone euro. Il prévoyait le retour à l’équilibre budgétaire en 2015, contre un déficit public de 6,1 % en 2010.
Ces mesures de rigueur, accueillies négativement en Flandre où la population était persuadée qu’il lui reviendrait de faire le plus de sacrifices, n’ont toutefois pas relancé le débat sur la légitimité de l’administration intérimaire – pour une raison simple : la peur diffuse d’attaques spéculatives sur la dette belge, comme cela fut le cas pour la Grèce, le Portugal ou l’ Irlande.
Preuve de cette solidité, le gouvernement Leterme – démissionnaire depuis le 26 avril 2010 – a pu confirmer, avec l’accord du Parlement, la participation de la Belgique à l’opération « Protecteur unifié » menée par l’OTAN en Libye à partir de la fin mars 2011. Plusieurs avions de chasse belges participaient ainsi au maintien de la zone d’interdiction aérienne, et des navires belges opéraient en Méditerranée pour assurer l’embargo sur les livraisons d’armes au régime du colonel Kadhafi.
Le second semestre de 2010 a également été marqué par la présidence belge de l’UE : une occasion supplémentaire pour Y. Leterme, homme politique jusque-là très controversé (pour ses prises de position favorables aux nationalistes flamands), d’apparaître comme un Premier ministre travailleur et rigoureux, servi par une administration efficace. La présidence belge de l’UE, aidée il est vrai par le président du Conseil européen, l’ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy, a notamment assumé la lourde tâche de piloter le navire communautaire dans la foulée de l’adoption du plan de sauvetage de la Grèce (mai 2010), et au moment du plan de sauvetage de l’Irlande (décembre 2010). Preuve de la confiance en soi acquise par ce gouvernement « en affaires courantes », le ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere a pris la parole, début mai 2011, pour dénoncer les errements diplomatiques de la Haute Représentante de l’UE Catherine Ashton et les errements de son Service européen pour l’action extérieur.
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