Belgique 2008-2009  

Richard  Werly 
Mise en ligne : septembre 2009

Plus que jamais en sursis

L’année 2008 a été calamiteuse à tous points de vue. Assommée par la déconfiture de la banque Fortis, démantelée au mois d’octobre, la Belgique pansait ses plaies sans trouver de remède à ses maux politiques, institutionnels, communautaires et économiques. La politique se résumait en 2008 au destin d’un seul homme : l’ex-Premier ministre Yves Leterme. Vainqueur des législatives de juin 2007, le leader chrétien-social flamand avait démontré, durant les six mois de panne politique qui suivirent le scrutin, son incapacité à constituer une coalition viable pour mener à bien la fameuse réforme de l’État belge réclamée en Flandre.

Bis repetita fin 2008 : arrivé finalement au pouvoir le 23 mars grâce à la démission du libéral sortant Guy Verhofstadt, Y. Leterme finit par tomber le 1er décembre sur l’emblématique affaire Fortis. Accusé d’avoir couvert les interventions de son ministre de la Justice pour « tordre le bras » aux petits actionnaires qui devaient approuver la revente du géant financier belge au groupe français BNP Paribas, l’ancien président du gouvernement régional flamand céda la place au président de la Chambre des représentants, le discret Herman Van Rompuy…

Si Y. Leterme s’affirmait au printemps 2009 ouvertement tenté par un autre destin, notamment un poste de commissaire européen, son ombre pesa lourd sur l’avenir politique du royaume, appelé, le 7 juin, à voter pour un scrutin régional à haut risque en même temps que pour les élections européennes. Car derrière Y. Leterme et ses mésaventures se cachait toute l’ambiguïté politique de la prospère Flandre, où la Liste Dedecker, parti créé et conduit par l’ancien entraîneur national de judo Jean-Marie Dedecker, était en passe de devenir la première formation politique. Avec pour leitmotiv la mise au rancart de la « vieille Belgique ». Sans fournir aucune clé pour imaginer une éventuelle refondation du royaume.

Car c’est en Flandre, en 2008-2009, que se jouait toujours le destin du pays. Sans conteste, une majorité d’électeurs flamands voulait déposséder l’État fédéral belge d’une partie supplémentaire de ses attributions. Mais les modalités de ce « délestage » politique étaient loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique. Le cas de Bruxelles, région-capitale bilingue, était à cet égard emblématique. Une bonne partie des Flamands refusent de lui reconnaître un statut similaire à la Wallonie et à la Flandre. D’où l’importance des communes flamandes de la périphérie bruxelloise, véritable ceinture néerlandophone hermétique autour d’une ville à 95 % francophone.

Au vu des candidats en lice pour les européennes de juin 2009, la tentation était plutôt de faire l’autruche. Les deux anciens Premiers ministres Jean-Luc Dehaene (Parti populaire européen- CD&V) et Guy Verhofstadt (Vlaamse Liberalen en Democraten, VLD) étaient l’un et l’autre d’éminents experts dans l’art du compromis « à la belge ». Tandis qu’en Wallonie les caciques du Parti socialiste cherchaient avant tout à limiter la casse dans leurs bastions sinistrés de Charleroi ou de Mons.

Le véritable enjeu était néanmoins de savoir si une « fatigue de la crise » se faisait jour dans un pays où le séisme économique – le ministre des Affaires étrangères Karel de Gucht avait lui-même été accusé d’avoir revendu ses actions en catastrophe – obligeait subitement l’élite politique à changer de focale.

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