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Alors que des confrontations violentes entre majorité et opposition avaient empêché la tenue des élections législatives de janvier 2007, un quasi-coup d’État soutenu par l’armée portait au pouvoir le gouvernement « intérimaire » de Fakhruddin Ahmed. Ses objectifs principaux : assainir la vie politique en combattant la corruption et en s’efforçant de renouveler le personnel politique, et procéder à des réformes électorales qui garantiraient la légitimité du scrutin.
L’état d’urgence imposé en janvier 2007 a été d’abord assoupli en août 2008 pour organiser des élections municipales dont les résultats ont été favorables à la Ligue Awami (AL). Il a été ensuite totalement levé le 17 décembre 2008 pour les élections générales du 29 décembre. Ces dernières ont confirmé l’avance de l’AL sur son rival, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). L’AL a remporté 230 sièges sur 300 au Parlement, contre seulement 29 pour le BNP, à la tête du gouvernement de 2001 à 2006 mais discrédité pour cause de corruption et de laxisme vis-à-vis des groupes islamistes armés. Le principal parti islamiste, la Jamaat-e-Islami, essuyait une amère défaite en obtenant seulement 2 sièges. Suite à ce scrutin, le cabinet dirigé par Sheikh Hasina Wajed, présidente de l’AL, a été investi le 6 janvier 2009.
Les tentatives du gouvernement intérimaire de lutter efficacement contre la corruption et le népotisme se sont soldées néanmoins par un échec. Sheikh Hasina et Khaleda Zia, présidente du BNP, accusées dans plusieurs affaires de corruption, ont pu sortir de prison, respectivement en juin et septembre 2008. Tareque Rahman, fils de Khaleda Zia, ex-numéro deux dans le précédent gouvernement BNP et dont la réputation était entachée par des affaires d’extorsion, a été libéré en septembre 2008 et a pu quitter le Bangladesh. La démocratisation interne de l’AL et du BNP, censée être un préalable à l’enregistrement de ces partis pour les élections, s’est révélée purement cosmétique. Leurs structures sont restées autoritaires et dominées par les deux dynasties politiques que représentent Hasina (fille de Sheikh Mujibur Rahman, le « père » du Bangladesh assassiné en 1975) et Khaleda (veuve du général-président Zia, éliminé en 1981).
En revanche, les réformes électorales ont permis de garantir la légitimité du scrutin de décembre 2008. Les listes de votants ont été mises à jour, révélant 12 millions d’électeurs fantômes dans les listes élaborées sous le gouvernement BNP en 2006. Cette fois, plus de 80 millions de Bangladais munis de cartes d’identité spécialement créées par la commission électorale se sont rendus aux urnes. Selon les quelque 200 000 observateurs, ces neuvièmes élections législatives ont été les plus libres et les plus transparentes de l’histoire du pays. On ne pouvait en dire autant des élections locales du 22 janvier 2009. Premier scrutin local organisé sous le nouveau gouvernement Hasina, il a été à nouveau le théâtre d’irrégularités et de violences, démontrant la fragilité de la démocratie électorale bangladaise.
Dès le début de son mandat, Hasina a été confrontée à un défi de taille : les 25 et 26 février 2009, lors de la fête annuelle des Bangladesh Rifles (BDR) – force paramilitaire chargée de la défense des frontières –, une mutinerie éclatait au quartier général de Dacca. Les revendications des rebelles concernaient la hausse des salaires, la possibilité de participer aux opérations de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies (ONU) comme les militaires de l’armée régulière, et surtout l’indépendance par rapport à l’armée, institution tutélaire des BDR, dont les officiers étaient accusés de corruption et de mauvais traitements à l’égard des soldats.
Pour cette première crise, la réponse du gouvernement Hasina a oscillé entre démonstration de force et négociation. Mais l’ampleur des violences ne s’est révélée qu’après le cessez-le-feu : ces deux journées sanglantes ont causé 70 morts, dont une cinquantaine d’officiers militaires exécutés de sang-froid. La violence de l’incident ainsi que les contacts entre mutins et personnalités politiques ont fait dire à la commission d’enquête qu’il pouvait s’agir d’un complot visant à déstabiliser le nouveau gouvernement et à fragiliser le soutien de l’armée. En avril 2009, Hasina déclarait que ce groupe paramilitaire allait être totalement réorganisé et dégagé de la tutelle de l’armée.
L’une des premières décisions du nouveau Parlement a été d’exiger la tenue d’un procès des crimes de guerre perpétrés sur la population civile lors de la lutte pour l’indépendance en 1971. Les personnalités suspectées d’avoir collaboré avec l’armée d’occupation pakistanaise dans l’organisation de massacres ont été empêchées de quitter le pays, et une commission judiciaire était mise en place en avril 2009. Au sein de la communauté internationale, les États-Unis et l’ONU promirent de soutenir cette initiative en fournissant experts et informations, mais le Pakistan, principal intéressé, ne montra aucun signe de coopération.
L’arrivée du gouvernement AL a permis un réchauffement des relations avec l’Inde, en matière sécuritaire notamment avec l’extradition de criminels et la lutte contre le terrorisme. En février 2009, les deux voisins ont signé un accord visant à promouvoir les investissements et le commerce bilatéraux. Cet accord arrivait à point nommé : le pays enregistrait un déficit commercial de 2,9 milliards $ fin 2008 dû à la contraction des exportations vers les pays occidentaux, et une prévision de croissance de 3,9 % du PIB pour 2009-2010, en chute d’un point et demi par rapport à 2008. Néanmoins, le ralentissement de l’inflation de 10 % en 2008 à 7 % en 2009, en soulageant la pression sur les produits alimentaires, a permis de réduire l’impact de la crise sur les ménages les plus modestes.
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